
Chiens et chats sont devenus les nouveaux chouchous du tourisme mondial. Hôtels et compagnies aériennes rivalisent d'attentions pour eux, parfois au détriment des familles.
De plus en plus, nous traitons nos animaux comme des humains à part entière, et le secteur du voyage commence à en tirer toutes les conséquences. Dans son rapport de tendances Travel Trends 2026, la plateforme technologique Amadeus a même baptisé ce phénomène « Pawprint Economy » (l'économie de la trace de patte), illustrant à quel point nos compagnons à quatre pattes marquent de leurs empreintes les stratégies du secteur hôtelier et aérien.
Socle démographique
C'est que le socle démographique devient massif : 56% des habitants de la planète possèdent un animal, selon le Mars Global Pet Parent Study (octobre 2024). Et l'industrie « pet » derrière eux pèse très lourd : en 2023, Bloomberg Intelligence prévoyait une croissance de 45% du marché, le portant à près de 500 milliards de dollars en 2030. Cette croissance est portée par l'augmentation du nombre d'animaux domestiques dans le monde, ainsi que par la montée en gamme de l'alimentation et des services – parmi lesquels les voyages.
Concrètement, les règles du jeu changent vite. En Italie, ITA Airways autorise désormais les chiens jusqu'à 30 kg en cabine, sans caisse de transport, sur certaines lignes domestiques. La Chine a testé des trajets pet-friendly sur sa ligne ferroviaire Pékin-Shanghai, et le Royaume-Uni prévoit de réintroduire le passeport animalier, pour en finir avec les contraignants certificats sanitaires imposés depuis le Brexit. Côté hôtellerie, Marriott a doté sa marque boutique Aloft d'un programme baptisé Arf (Animals Are Fun), qui accueille chiens, chats, oiseaux et même poissons. À Singapour, Amara Resorts va plus loin avec « Pampered Paws » et « Pampered Meows » (pampered signifiant chouchouter), deux forfaits incluant un menu sur-mesure pour animaux — et bientôt une randonnée pet-friendly, actuellement en préparation.
Le phénomène n'a rien de local. Aux États-Unis, 75% des hôtels se disent désormais pet-friendly, toutes catégories confondues, selon une étude Hepper. En Europe, les recherches pet-friendly sur Booking.com ont bondi à 7,7 millions en un an, un tiers des Français choisissant leur destination selon son caractère dog-friendly. En Asie-Pacifique, le nombre d'annonces d'hébergements pet-friendly a grimpé de 87% en Inde et de plus de 100% en Corée du Sud sur un an, la Thaïlande s'imposant comme la destination régionale la plus demandée.
« Pets in, Kids out »
Revers de la médaille : à mesure que les hôtels et compagnies aériennes se transforment en paradis pour animaux, ils durcissent leurs politiques envers les familles avec enfants (frais, restrictions de chambres, multiplication des hôtels « adults-only » ). Dans un papier nommé Pets In, Kids Out, publié sur le site pro Skift, cette double stratégie suit une logique strictement économique : dans un contexte de natalité en berne, la clientèle sans enfants affiche une rentabilité supérieure pour les établissements. Même chez les « pet parents ».
Un glissement du « pet-friendly » au « pet-first », qu'illustre parfaitement BARK Air. Lancé par BarkBox, le service d'abonnement de jouets et friandises pour chiens très populaire aux États-Unis, ce charter incarne une logique entièrement dog centric : les chiens voyagent en cabine principale, sans cage, chacun avec son propre passeport canin, pour plusieurs milliers de dollars l'aller simple.



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