Etudiants chinois avec animaux de compagnie

En Chine, des universités autorisent les animaux de compagnie. Pet-friendly is the new babyfoot ?

Cet été, plusieurs universités chinoises ont annoncé à leurs étudiants qu’ils pouvaient venir avec leurs compagnons. Une nouvelle norme pour une nouvelle attente ?

« Votre animal de compagnie peut désormais s'inscrire à l'école avec vous. » Le 23 août 2026, l'Université des sciences et technologies de Chongqing a annoncé le lancement officiel de son programme « Campus accueillant les animaux de compagnie » . Et Chongqing n’est pas seule.

« C'est ça la vraie vie étudiante ! »

L’annonce a fait son petit effet. C’est le Kunming City College qui a été le premier à déclarer que, dès la rentrée prochaine, son campus deviendrait « Pet-friendly », à traduire par ami des animaux de compagnie. Sur WeChat, l'école y détaillait douze mesures : ouverture de tout le campus aux animaux à l'exception des cantines, création d'une « crèche de garde », mise à disposition de sacs à déjections, de points d'eau et d'aires de jeux clôturées... La procédure de candidature ouverte en ligne exige des justificatifs de vaccination et n'admet que chats, chiens, lapins, hamsters et quelques animaux exotiques autorisés par la loi. En revanche, les chiens d’attaque, de garde ou de défense ainsi que les animaux présentant des risques restent exclus. Adieu Pit-bulls, Rottweiler ou Dogue de Bordeaux... on pense ici à des races plus portatives, genre Chihuahua, Teckel nain ou Bichon Maltais.

Une dizaine d'universités ont suivi ce mouvement, dont sept appartiennent au même groupe et toutes à la catégorie des universités privées. La publication du Kunming City College a recueilli d'emblée 29 000 vues et suscité l'enthousiasme de nombreux jeunes : « Enfin, je n'ai plus besoin de faire des appels vidéo avec mon chat tous les jours, c'est ça la vraie vie étudiante ! » se réjouissait l'un d'entre eux. D'autres exprimaient leurs réserves sur des mesures qu'ils jugeaient hautement calculées : « Ces universités de troisième rang n'ont jamais eu pour vocation de former des talents, elles ont toujours d'autres moyens de se faire de l'argent », poursuivait un commentateur, ajoutant qu'il ne serait pas surpris de les voir un de ces jour gérer des boîtes de nuit sur le campus ou proposer des services de nettoyage d'oreille en position allongée (un must do chinois).

« Lui, il se fiche de savoir si je réussis ou non »

Mais si quelques doyens ont ajoutés cette offre aux panels des services de leurs fac, c’est que les signaux sont puissants. Selon le Livre blanc 2026 sur l'industrie chinoise des animaux de compagnie, le marché des chiens et des chats en milieu urbain a atteint 312,6 milliards de yuans en 2025, en hausse de 4,1 % sur un an, et devrait dépasser les 400 milliards de yuans d'ici 2028. Ce sont surtout les jeunes qui portent cette dynamique. Plus des trois quarts des membres de la génération Z, nés entre 1995 et 2009, possèdent aujourd'hui un animal, contre moins de deux tiers il y a encore quelques années. Mais Médor enchainé à sa niche et Félix assigné à chasser les rats… c’est fini. Le motif dominant que les propriétaires avancent n'est plus l'utilité mais l'affect : plus de la moitié d'entre eux considèrent désormais leur animal comme un membre de la famille à part entière, et près de quatre sur dix disent posséder un animal pour répondre directement à un besoin affectif. « J'ai toujours cru que je prenais soin de lui, mais en réalité, c'est lui qui me soignait. » ; « Quand je rentre chez moi, épuisée, une silhouette poilue m'attend toujours à la porte. » ; « Lui, il se fiche de savoir si je réussis ou non. Offrez-lui un foyer, et il vous le rendra au centuple, avec toute votre confiance et votre dépendance. » … peut on lire sur les réseaux sociaux.

L’international du chaton et du chien mignon

Ce mouvement ne concerne pas que la Chine. Aux États-Unis, la génération Z porte à elle seule la croissance du marché animalier. Selon l'American Pet Products Association, 18,8 millions de foyers Z possédaient un animal en 2024, une hausse de 43,5 % en un an, la plus forte progression de toutes les générations. Le rapport à l'animal y prend, là encore, une tournure ouvertement filiale : un sondage Talker Research mené sur 500 jeunes Z relève que 48 % d'entre eux ne font aucune différence entre un animal et un enfant, et 18 % iraient jusqu'à vendre un organe pour le sauver. En France, l'intensité du lien vire aussi au sacrifice. Pour les 18-24 ans, 50 % se disent prêts à changer de travail si celui-ci n'était pas compatible avec le bien-être de leur animal, 75 % affirment que leurs loisirs, sorties et vacances sont directement conditionnés par sa présence, et 45 % partagent leur lit avec lui. L'attachement va jusqu'à la sphère amoureuse. Selon une étude Ifop, plus d'un tiers des 18-24 ans déclarent avoir déjà rompu une relation en raison d'une mésentente entre leur partenaire et leur animal.

La voix de son maitre

Les universités chinoises qui ont lancé cette offre pet-friendly sont-elles aux avant poste d’un mouvement de fond ? Elles répondent à une demande qui, sans être explicitement formulée, traverse toute une génération, bien au-delà du campus. En Europe, une étude Mars menée en 2026 auprès de 16 000 salariés confirme le glissement : 55 % des actifs européens envisageraient de changer d'emploi pour un poste où ils pourraient amener leur animal, et près d'un jeune actif sur deux en fait un critère de recherche d'emploi actif, loin devant les plus de 55 ans. L'étude range le babyfoot et les snacks gratuits dans des arguments dépassés. Le campus chinois et le bureau européen font un constat identique : la génération qui vient ne veut plus laisser une part d'elle-même à la porte.

Béatrice Sutter

Directrice de la rédaction de L'ADN

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