
Les journalistes de NPR ont découvert que des jeunes enfants squattaient la section commentaire de leur podcast pour s’échanger des messages.
Tout a commencé par d’étranges phrases découvertes dans la section commentaire Spotify du podcast Wild Card With Rachel Martin produit par la radio publique américaine NPR. Cette émission, nommée l’un des 10 meilleurs podcasts de 2024 par le New York Times, est centrée autour d’une interview menée par Rachel Martin, une voix bien connue de NPR qui propose à ses invités de tirer des cartes contenant des questions existentielles. Or sous chaque épisode, les journalistes chargés d’éditer et modérer le contenu découvrent des échanges qui semblent absurdes : « ah, okay, MH. », « Gilgamesh quit and I’m crying. », « Last Friday I broke up with my GF. » Le tout est truffé d’emojis ou d’abréviations, ce qui donne l’impression au producteur de l’émission Dave Blanchard que des bots un peu déglingués laissent ces commentaires par accident. Après les avoir effacés une première fois, un des comptes publie un autre message : « Du coup, ma conversation a été supprimée. »
Les enfants, ces squatteurs numériques
Copiés-collés sur le Slack de la radio, ces échanges sont incompris par la plupart des journalistes. Seule une personne, Hannah Chin, producteur·ice sur le podcast de science Short Wave et par ailleurs suffisamment jeune pour comprendre les codes du web, relève que ces échanges sont sans doute le fait… de collégiens. Trop jeunes pour se connecter sur les plateformes sociales classiques, ces enfants de 11 ou 12 ans ont profité d’un espace de discussions relativement calme et peu fréquenté pour le transformer en salle de chat pour un petit groupe d’amis. De quoi faire mal à l’ego de certains journalistes.
L’anecdote est amusante, mais ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène se produit. En 2025, un article de TechDirt rapportait qu’une autre émission de NPR, How To Do Everything, connaissait le même phénomène. Des bandes de gamins prenaient les espaces commentaires des vieux épisodes et les utilisaient comme espaces d’échanges non surveillés, un peu à la manière de squatteurs qui découvrent une maison abandonnée et décident d’en faire un salon de discussions ou plutôt un tiers-lieu numérique. La méthode est d’ailleurs dérivée d’une pratique remontant quant à elle à 2019, date à laquelle la généralisation de l’usage d’ordinateurs scolaires configurés pour interdire l’accès aux plateformes sociales a poussé une génération de gamins à investir Google Docs comme un espace de partage et d’échanges.
Retour aux sources
Ces multiples exemples semblent montrer à quel point il est illusoire de vouloir fermer le web aux plus jeunes. Que ce soit les contrôles intégrés aux appareils ou la mise en place de lois restrictives, comme l’interdiction d’accéder aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans en Australie, rien n’empêche vraiment les plus jeunes de contourner ces dispositifs pour communiquer ensemble. C’est d’ailleurs un angle mort qu’il faut peut-être retenir. Face à ces restrictions, les collégiens ne cherchent pas forcément à recréer des espaces au design addictif comme le scroll infini d’un TikTok, mais plus un endroit où ils peuvent discuter sans contrainte. En fin de compte, ils reviennent à la fonction la plus basique du web : la conversation.




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