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Paname : le jeu vidéo qui vous plonge dans une réplique de la capitale, version low poly

© Paname via Steam

Créée par un développeur de jeu indépendant, cette simulation de marche remplie de références à la culture web dans un Paris aux graphismes de Playstation 1 est devenu un petit phénomène viral sur TikTok.

« J'ai la certitude absolue que le monde dans lequel nous vivons n'est pas réel. » En face d'une modélisation approximative de la tour Montparnasse, des personnages ressemblant plus ou moins à Alain Chabat et Jonathan Cohen discutent du fait d'être dans une simulation. Et non, ce n'est pas un extrait du film Le Vertige de Quentin Dupieux, sorti en juin dernier, mais une vidéo TikTok produite par Yann, un créateur de jeu vidéo indépendant qui travaille sur un projet devenu viral : une modélisation de la ville de Paris avec des graphismes low poly et remplie de clins d'œil à la culture Internet et cinématographique française. De quoi provoquer aussi… un vertige.

(attention, la vidéo est vulgaire...)

Paris, ville boudée des jeux vidéo ?

Sur son compte @earendelll, suivi par plus de 33K personnes et cumulant plus de 2,7 millions de likes, Yann publie régulièrement des extraits de son jeu dont la sortie n'est pas prévue avant plusieurs mois. Concrètement, il s'agit d'un walking simulator où les joueurs doivent déambuler et explorer un environnement en évitant des monstres. Ce projet lui permet surtout de peaufiner sa formation récente de développeur de jeu. « Je viens du monde de la musique dans lequel j'ai travaillé en tant que producteur pendant 10 ans, explique-t-il. J'ai changé de carrière il y a un an et depuis j'apprends tout en autodidacte. À la base, je voulais faire un jeu qui se passe dans une ville avec cette esthétique low poly que je trouve pleine de charme et qui est plus accessible quand on développe un jeu en solo. J'ai commencé à vouloir modéliser une ville japonaise mais je me suis rendu compte que ça ne fonctionnait pas. En plus y a beaucoup de jeux dans cette esthétique-là, mais rien à Paris ni en France. Beaucoup de joueurs de ma génération se sont souvent plaints de ne pas pouvoir s'amuser dans un monde qui reproduit correctement la capitale, du coup je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose là-dessus ».

Pour démarrer, Yann va modéliser une partie d'un quartier qu'il affectionne, celui qui entoure le métro Glacière, dans le 13ᵉ arrondissement. Il monte la structure du métro aérien et la rue qui l'entoure en l'espace d'une semaine. Le résultat est immédiatement posté sur TikTok, une stratégie qui est dorénavant adoptée par la plupart des développeurs de jeux indépendants. « Il faut le faire le plus tôt possible pour inciter les gens qui tombent dessus à ajouter mes jeux dans leur wishlist sur la plateforme de distribution de jeux PC Steam, explique-t-il. Plus les gens ajoutent mon jeu, plus la plateforme va le mettre en avant, ce qui permet de bien le vendre une fois qu'il est sorti. »

Les graphismes des années 2000, plus authentiques ?

Visuellement, les démos postées par Yann ressemblent à un vieux jeu qui aurait pu tourner sur la PlayStation 1. Mais cet aspect graphique un peu daté ne rebute pas les viewers, bien au contraire. Depuis le début des années 2020, cette esthétique a connu un retour en grâce similaire à l'esthétique pixel à la fin des années 2000. La raison est assez évidente : les jeunes créateurs qui se lancent sur la scène indépendante ont eu leur première expérience vidéoludique dans les années 90, période où les premiers jeux en 3D étaient en plein boom. Certains jeux comme le très viral et stressant Buckshot Roulette (2023) ont rendu populaires ces graphismes datés et iconiques auprès d'une nouvelle génération qui n'a pas connu cette période. D'autres productions comme la géniale websérie Titanium Daydream et plus récemment le film Le Vertige de Quentin Dupieux prouvent que le low poly est dorénavant devenu un langage visuel autonome, de la même manière que le grain de la VHS, si prisé par les amateurs d'horreur sur le web.

Cette texture ne reflète plus une limitation technique mais illustre plutôt un choix esthétique qui touche à la nostalgie ainsi qu'à une forme de sincérité d'autant plus valorisée face à la surproduction d'images photoréalistes rendue possible par les IA génératives. « Ce qui est fort, c'est que même les jeunes et des ados aujourd'hui peuvent ressentir de la nostalgie pour quelque chose qu'ils n'ont pas vécu, précise Yann. C'est pour ça que beaucoup de jeux dans cette esthétique sont des jeux d'horreur : il y a une vibe un peu creepy inhérente à ces graphismes. »

Des mèmes bien de chez nous

Mais au-delà de l'aspect visuel de son jeu, Yann a surtout connu le succès en intégrant des personnages issus de la culture mème française. Au fil des vidéos, on croise des personnages du web connus comme le youtubeur Feldup, l'humoriste Freddy Gladieux ou bien le streameur Amine. D'autres mèmes encore plus cryptiques sont reproduits comme « le gros glaçon » ou des extraits de vidéos du youtubeur Theobabac. « Ce n'était pas prévu du tout, indique pourtant Yann. Je voulais faire un projet sans PNJ, sans personnages. Un environnement vide, un peu liminal space, une ambiance COVID. »

« Les premières vidéos que j'ai faites comme ça ont bien marché et puis un peu par hasard, j'ai intégré le streameur Amine qui était tendance à ce moment-là. Mes vues sont passées de 50K à 500K. Ça a tout changé, que ça soit du côté de mon jeu mais aussi du côté du public qui me regarde. Les premières vidéos attiraient surtout des gens intéressés par le jeu vidéo et l'esthétique. Là, ça attire beaucoup plus de jeunes. »

Depuis, le jeu a complètement évolué. Alors que Yann avait commencé son projet comme un petit simulateur de marche qu'il voulait boucler en 3 mois, l'engouement du public l'oblige à travailler plus sérieusement. Plusieurs zones ont été rajoutées, des cycles jour/nuit, des mini-jeux et bien évidemment des dizaines de références obscures à la culture web que les joueurs devront découvrir un peu comme des chasseurs de Pokémon. « Je vois maintenant mon jeu comme une sorte de musée qui va mélanger tout un tas de clins d'œil culturels, issus du web mais aussi du cinéma, depuis les années 90 à aujourd'hui. » Pour ce qui est de la date de sortie, Yann ne sait pas trop quand il aura vraiment terminé mais il est sûr d'une chose : « je le sortirai un bon mois après GTA6, histoire d'avoir une chance d'être un peu visible. »

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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