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My « luddite boyfriend » : mon mec à moi est 100 % argentique

Sur TikTok, les femmes rêvent de décrocher le petit ami idéal, celui qui n'est pas sur les réseaux sociaux.

« Il est juste là, entièrement présent. Ça semble simple, mais ça change vraiment l'énergie. » Grace Hagan, 31 ans, vit à Tribeca, l’un des quartiers le plus instagrammable de New York. Depuis trois ans, elle partage son quotidien avec Bo et détaille au New York Post la plus surprenante qualité de son compagnon. Elle l'a découverte du côté de ses pratiques numériques : Bo n’a pas de compte Instagram, pas de TikTok ou de Snapchat non plus, sa seule présence en ligne consiste à participer, parfois, à un groupe Reddit dédié à une équipe de foot américain, les Steelers de Pittsburgh. Bo est ce qu’on appelle un « luddite boyfriend », un partenaire hors ligne, légèrement anti-tech, qui ne passe pas son temps à poster ou scroller. Et sur les réseaux, les filles likent ce qui semble être devenu le mec idéal, un mec 100% argentique.

@alexlaurenpoulx

hes never seen an ig baddie in his life😍

♬ Oh Honey - Instrumental - Astorga_

Plateforme jalousie ou la jalousie programmée by design

Avec Bo, son petit ami hors ligne, Grace Hagan réalise surtout la charge mentale qui polluait sa vie amoureuse : surveiller qui il follow, vérifier les photos qu’il tague, lire chaque commentaire ou chaque like comme la possible manifestation d’une infidélité... Autant de petites jalousies que l'architecture des plateformes l'invitait à entretenir en permanence. Une étude de l'Université de Montréal (Journal of Marital and Family Therapy, 2025), menée sur 322 jeunes adultes pendant deux ans, confirme. Effectivement, la jalousie liée aux réseaux sociaux ne vient pas des traits psychologiques individuels, de l'anxiété d'attachement par exemple mais serait entretenue par l'environnement numérique. « Il y a une méfiance et une insécurité qui s'installent dans la relation à partir de ce qu'on voit — ou qu’on croit voir — sur les réseaux sociaux », explique la chercheuse Marie-Ève Daspe. Un follower ambigu. Un emoji trop chaleureux. Une story partagée avec un inconnu. Un climat de surveillance s'installe et aggrave ce qu'il prétend calmer : sur les jours où l'on scrute activement le partenaire en ligne, la jalousie, la détresse et l'affect négatif augmentent.

Phubbing is the new : mon mec est coincé devant la TV

Entre 2018 et 2022, les critiques pointaient vers les applications de dating. On découvrait la transformation des individus en fiches produits, le vertige du choix infini avec son cortège d'inconvénients : la swipe fatigue, le FOMO, le ghosting... Des autrices dénonçaient alors les effets de la mise en data des rencontres amoureuses, du très charpenté La Fin de l'amour, Enquête sur un désarroi contemporain (2019) de la sociologue Eva Illouz, au visionnaire L’Amour sous algorithme (2019) de la journaliste indépendante Judith Duportail, à l'hilarant Rien de personnel : Ma vie secrète dans l’enfer des applications de rencontre (2021) de la journaliste du New York Times Nancy Jo Sales.

Aujourd'hui, le problème s'est déplacé d'un cran. Ce n'est plus seulement le rancard que le numérique a colonisé, c'est la relation elle-même. Le phubbing, à traduire par « télésnober », attitude qui consiste à ignorer son partenaire au profit de son téléphone, serait le nouveau drame du couple. Dans l'étude de l'Université de Montréal, les participants déclaraient utiliser leur smartphone à hauteur de près du tiers du temps passé avec leur partenaire et 86 % le faisaient chaque jour. Selon une méta-analyse portant sur près de 20 000 personnes en couple, le smartphone serait désormais le premier générateur de conflits entre amoureux.

Mais, au fond, qu'est-ce que les jeunes femmes fuient chez l'homme connecté ? Moins un défaut qu'un usage. Le mec vissait sur son téléphone est-il aussi exaspérant que celui qui était coincé sur le canapé, face tournée vers le poste de TV ? Pas forcément. À la différence près que les femmes qui ont dégoté la perle, le « luddite boyfriend », s'en réjouissent via les réseaux sociaux, ces environnements qu'elles félicitent ces messieurs d'avoir quittés.

Béatrice Sutter

J'ai une passion - prendre le pouls de l'époque - et deux amours - le numérique et la transition écologique. Je dirige la rédaction de L'ADN depuis sa création : une course de fond, un sprint - un job palpitant.

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