
Depuis le début du mandat de Donald Trump, le créateur de contenu Adam James produit des vidéos controversées et virales où il spécule sur la dégradation de la santé mentale et physique du président.
« Ce patient atteint de démence continue d’avoir des bleus sur sa main parce qu’il reçoit probablement une perfusion de Kisunla […] un anticorps monoclonal qui est utilisé pour les personnes atteintes de symptômes précoces liés à la maladie d’Alzheimer. Si ça ralentit la progression de la maladie, ça n’amoindrit pas les symptômes et c’est pour ça que vous allez voir ses capacités cognitives et ses inhibitions disparaître au fur et à mesure. » Sur ses comptes Instagram et TikTok @epistemiccrisis, Adam James est obsédé par un sujet en particulier : l’état de santé de celui qu’il appelle « the big piece of shit », Donald Trump.
Ce kinésithérapeute spécialisé en gériatrie (pas vraiment un médecin, donc) tient une ligne éditoriale alléchante pour les opposants du président : selon lui, l’état de santé véritable de Trump serait alarmant et se dégraderait sous nos yeux. Ce dernier n’aurait plus que quelques mois avant une hospitalisation lourde, une mort soudaine ou une procédure d’impeachment. Cette théorie qu’il propulse à son près d’un million de followers repose sur une forme d’OSINT médicale basée sur des indices qu’il glane à travers les apparitions publiques du président et les différents symptômes visibles sur son corps ou dans sa manière de se comporter.
Le corps du roi
Depuis le début de son mandat, la santé de Donald Trump, 79 ans, est au centre des attentions médiatiques. En 2024 déjà, pendant la campagne présidentielle, son équipe publiait une lettre médicale signée du Dr Bruce Aronwald et décrivait Trump comme jouissant d’une « excellente santé physique », sans données cliniques, sans analyses de sang ni âge cardiaque. Le New England Journal of Medicine qualifiera le document d’ « inadéquat » pour un candidat de cet âge, tandis que le manque de transparence de l’entourage de Trump va rapidement faire monter les soupçons de l’opinion publique.
Après son élection, ce sont les bleus récurrents sur sa main droite, parfois grossièrement maquillés avec du fond de teint, qui interrogent les journalistes. Pendant plusieurs mois, la Maison-Blanche va tenter d’expliquer ces marques par les poignées de main, avant de reconnaître finalement que Trump souffre d’ « insuffisance veineuse chronique », évoquant aussi un gonflement des chevilles et des examens vasculaires complets. En janvier 2026, à Davos, rebelote : Trump apparaît cette fois avec un hématome visible sur la main gauche, recouvert d’un maquillage épais et mal fondu lors de sa rencontre avec Zelensky. Sa porte-parole explique qu’il « s’est cogné la main sur le coin de la table de signature ». Ce n’est pas la première fois que le maquillage sert de réponse médicale.
La presse va aussi commenter la douzaine d’épisodes de somnolence durant des briefings, des funérailles du pape à Davos en passant par un conseil des ministres filmé en direct, ainsi que sa diction de plus en plus pâteuse au fur et à mesure que le temps passe. En janvier 2026, à Davos, Trump confond « Islande » et « Groenland » à quatre reprises dans le même discours.
D’autres signes plus inquiétants encore sont observés : l’apparition d’une asymétrie et d’un léger affaissement de son visage durant les commémorations du 11 septembre (un signe typique des AVC). Ou encore une éruption cutanée dans son cou en mars 2026, que la Maison-Blanche attribue à une « crème préventive courante » sans jamais en préciser la nature ni la condition traitée. Malgré tous ces signes cliniques inquiétants, le bulletin de santé de la Maison-Blanche ne donne aucune information pertinente, tandis que Trump lui-même affirme que les examens médicaux passés en octobre 2025 sont « parfaits ».
Un prophète
C’est donc sur ce terreau bien fertile de suspicion et de manque de transparence qu’Adam James vient jouer avec ses spéculations médicales. Sa méthode est d’ailleurs terriblement efficace : prendre un symptôme supposé comme la position du corps de Trump, penché vers l’avant, ses endormissements ou ses problèmes d’aphasie, et les rapprocher de ses propres observations auprès de patients âgés avec qui il travaille depuis 14 ans. Il va aussi commenter des photos qui semblent montrer des dispositifs médicaux à travers les vêtements de Trump (comme une possible sonde urinaire) ou bien interpréter des épisodes plus étranges, comme cette évacuation précipitée des journalistes présents dans le Bureau ovale le 2 février dernier après qu’un bruit de flatulence a été capté par la caméra. Il observe également que l’agenda public de Trump est systématiquement tronqué entre 11 h et 17 h, sans aucun événement en soirée, et y voit un signe de sundowning : un phénomène clinique bien documenté chez les patients Alzheimer qui s’aggrave à mesure que la journée avance. C’est l’un de ses arguments les plus difficiles à réfuter, car l’agenda présidentiel, lui, est public.
Au fur et à mesure des vidéos, il dresse un tableau médical qui paraît réaliste tout en étant parfaitement invérifiable : le président souffrirait d’un Alzheimer, traité secrètement par un médicament dont l’effet secondaire majeur peut provoquer des AVC. C’est en partant de cette théorie qu’Adam James affirme, au fil de ses vidéos, que le président n’aurait plus que « trois à cinq mois à vivre », une fenêtre qui se réduit d’une vidéo à l’autre.
Cette échéance qui est sans cesse reportée de mois en mois s’explique peut-être aussi par des éléments biographiques d’Adam James. Ce dernier a grandi au sein de la New Apostolic Reformation, un mouvement évangélique charismatique américain qui croit à l’imminence du Ravissement, un événement apocalyptique où les croyants seraient emportés au ciel avant la grande tribulation finale. Chaque année, plusieurs chrétiens pensent que le moment est venu et annoncent la fin du monde sur les réseaux. En regardant les autres vidéos de son compte, on se rend compte qu’Adam James s’est extrait de ce culte il y a quelques années pour entrer… dans le mouvement MAGA, lui aussi semblable à une secte sur bien des aspects. Il finira là aussi par en sortir, et c’est justement cette double déconversion qui va donner sa ligne éditoriale.
Avec son compte Epistemic Crisis, il se présente comme quelqu’un qui sait comment fonctionne la pensée de groupe de l’intérieur et qui a appris à démonter les récits, à exiger des preuves. Un repenti qui retourne ses armes contre Trump est un récit parfait pour une audience progressiste. Sauf qu’à y regarder de plus près, la structure de ses vidéos reproduit trait pour trait la logique des prophètes qui ont baigné son enfance. La mort possible du président, c’est l’événement catastrophique imminent qui, à la manière du Ravissement, se décale d’un mois à un autre, tandis que sa révélation quasi divine se base sur l’interprétation de signes – cliniques certes, mais invérifiables. Dans ce cadre, ses viewers se transforment en congrégation de croyants qui attendent l’avènement de la « promesse ». Tout cela ne signifie pas que Trump soit en bonne santé. Le manque de transparence de la Maison-Blanche et les signaux physiques visibles sont réels. Mais Adam James n’est pas vraiment un lanceur d’alerte médical. C’est un prophète 2.0 dans un écosystème numérique qui a faim d’Apocalypse.





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