
L'influenceur star de Snapchat est revenu sur les réseaux après une absence de 9 mois. L'occasion pour lui de relancer sa machine à cash mais aussi de s'aventurer sur le terrain de la politique.
« Je déteste parler de politique dans mes stories et tout le monde est libre de voter pour qui il veut… Mais celle-là, je ne l'avais pas vue venir. » Sur Snapchat, le très prolifique influenceur Nasdas a relancé sa production de stories et il a déjà frappé fort avec la mise en scène d'un débat politique opposant deux jeunes représentant soi-disant de « l'extrême gauche » et de « l'extrême droite ».
C'est quoi le concept de la villa de Nasdas ?
Donnons un peu de contexte. Depuis son audition lors d'une commission d'enquête parlementaire consacrée à TikTok, Nasdas a fait profil bas et s'est occupé de sa famille. Après cette longue pause (et la perte d'une trentaine de kilos), le revoilà sur Snapchat, sa plateforme de prédilection, avec sa production habituelle de 200 à 300 petites vidéos qu'il poste à la suite. Au travers de ces dernières, il documente une partie de sa vie privée mais aussi celle de ses "amis", une vingtaine de jeunes influenceurs qui squattent sa villa située en banlieue de Perpignan.
Le concept de son contenu est à la fois simple et chaotique : Nasdas héberge des jeunes voulant se lancer dans des projets, un peu à la manière d'un incubateur qui joue le rôle de patron, d'animateur et de gendarme. On y croise des aspirants coiffeurs, des profils qui veulent lancer une marque, ouvrir un commerce ou simplement percer sur les réseaux. Ils viennent pour « le projet pro du week-end » ou pour des séjours plus longs, avec l’idée de profiter de la visibilité de Nasdas pour décoller.
Dans ce cadre emprunté à la téléréalité, les jeunes présents à la villa incarnent souvent des rôles et endossent des arcs narratifs censés apporter des moments de tension, des dramas qui vont booster l'engagement. Dans un parfait mélange des genres, les spectateurs ne savent jamais vraiment ce qui est vrai et ce qui est scénarisé. C'est ce qu'on appelle le kayfabe, un concept qui vient du milieu du catch et qui explique pourquoi les combattants continuent d'incarner un rôle même en dehors du ring, afin de maintenir l'illusion du spectacle.
La politique, un spectacle comme un autre ?
C'est dans ce cadre de kayfabe qu'a eu lieu ce fameux débat politique qui a opposé Myriam, une jeune femme qui monte une épicerie solidaire à Perpignan, et Karim London, un jeune influenceur présent au sein de la villa depuis ses 14 ans et qui a marqué le public par ses prises de parole cash. Dans une série de stories récentes filmées le 13 février dernier, le jeune homme a déclaré avoir ouvert les yeux après avoir rencontré Jordan Bardella et annonce rejoindre le camp du Rassemblement national. Ses arguments nébuleux sur l'immigration ou la sécurité reprennent les éléments de langage du parti d'extrême droite et provoquent des réactions choquées des participants. De l'autre côté, Myriam oppose des arguments travaillés, mais aussi un ton très proche du clash, qui contraste avec l'apparence calme de Karim, qui joue la carte de l'assurance, un brin méprisante.
Dans le fond, les questions posées au cours du débat sont intéressantes : contrôle des frontières, place des étrangers en France, cohérence du vote RN quand on est soi-même un jeune issu ou perçu comme issu de l'immigration, mais aussi contradiction entre les discours politiques “durs” et la réalité quotidienne des gens qui vivent à la villa et qui sont parfois précaires ou issus de minorités. Toutefois, il ressort de cette séquence une impression étrange, celle d'un débat à moitié sérieux et à moitié parodique. Nasdas, lui, joue le rôle de l'arbitre neutre, donnant la parole à tout le monde et faisant en sorte que les idées puissent s'exprimer librement. Une posture qui va choquer les internautes. L'influenceur est critiqué pour avoir mis en scène une forme de banalisation des idées d'extrême droite.
Dans les faits, cette accusation n'est pas fausse, mais il faut constater que les idées de l'extrême droite comme l'"immigration contrôlée" ou le concept de "grand remplacement" ont été massivement banalisées dans l'espace médiatique. En rejouant cet affrontement d'idées, Nasdas reflète ce qui est déjà omniprésent.





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