
Conception, gestion, adaptation : l’IA ouvre une nouvelle ère pour les acteurs de la ville et du retail. Et ce n’est qu’un début.
Elle a quitté le labo depuis longtemps : l’intelligence artificielle s’infiltre dans les plans, les chantiers… et jusqu’au cœur des bâtiments. Après deux années d’explosion des usages, l’IA bouleverse désormais nos façons de concevoir l’espace, le territoire, le vivant. Lors d’une conférence sur l’impact de l’IA sur nos lieux de vie et de commerce, Vincent Callebaut, Thibaut Le Masne et Valentin Rançon, trois experts aux visions complémentaires, ont abordé une question centrale : comment construire autrement à l’ère de l’intelligence artificielle ? Voici ce que cette révolution nous réserve.
L’IA, un catalyseur pour une architecture durable
« Ce n’est pas une révolution soudaine », tient à rappeler Vincent Callebaut, architecte et fondateur du cabinet éponyme. « L’intelligence artificielle s’invite dans nos pratiques depuis plus de 25 ans. Mais c’est aujourd’hui qu’elle révèle toute son ampleur. » Longtemps perçue comme un simple outil d’optimisation, l’IA est désormais une véritable alliée pour repenser l’architecture dans son ensemble, en tissant des liens plus étroits entre les bâtiments et ce qui les entoure.
Grâce aux IA génératives et prédictives, les architectes peuvent optimiser l’usage des ressources naturelles, réduire les émissions de CO₂ et intégrer les cycles naturels dans la conception même des bâtiments – en tenant compte, par exemple, de l’ensoleillement ou des flux de vent. « On ne construit plus contre la nature, mais avec elle », résume Vincent Callebaut. L’objectif : faire naître des constructions capables de s’adapter à leur contexte, sans en perturber l’équilibre.
Mais l’impact de l’IA dépasse largement l’échelle du bâtiment. Elle transforme aussi notre façon de concevoir la ville dans son ensemble, en révélant les mécanismes invisibles qui la traversent. Grâce aux jumeaux numériques et au Building Information Modeling (BIM), architectes et urbanistes peuvent ajuster leurs projets en temps réel, et imaginer des quartiers plus verts, plus autonomes, plus intelligents. Le projet Paris Smart City 2050, mené pour la mairie de Paris, en est un exemple concret. L’objectif de cette exploration ? Imaginer des espaces publics capables de produire leur propre énergie, de recycler leurs déchets ou de dialoguer harmonieusement avec leur espace. « On a proposé d’équiper les sols d’espaces publics de dalles électromagnétiques capables de capter l’énergie générée par les pas des piétons » explique Vincent Callebaut. « Si on installait ce système à la Gare du Nord, la gare la plus fréquentée de Paris, elle produirait 300 % de ses besoins énergétiques ». Ici, ce type d’innovations ouvre la voie à une nouvelle génération de villes : résilientes, écologiques et autosuffisantes.
L’IA, alliée de la gestion intelligente des espaces
Loin de se cantonner à la seule phase de conception, l’intelligence artificielle révolutionne aussi la gestion quotidienne des sites urbains. Pour Thibaut Le Masne, Global Head of Digital & Business Data chez Nhood, le potentiel de l’IA s’étend bien au-delà du dessin des plans ou du choix des matériaux : « Elle nous permet d’anticiper les besoins des habitants avant même de lancer un projet de réaménagement d’un lieu existant. En analysant des données issues des dynamiques sociales, économiques ou encore des habitudes de déplacement, nous pouvons concevoir des lieux véritablement adaptés aux usages réels, et non à des projections théoriques. » Cette capacité à croiser et interpréter une grande diversité de données transforme la façon dont les promoteurs et gestionnaires abordent le territoire. Plutôt que de suivre des schémas figés, l’IA permet une approche itérative, ancrée dans le vivant et dans l’évolution des comportements.
Réinventer les process internes grâce à l’IA
Hors site, l’IA s’immisce aussi dans les coulisses des agences, du pilotage des projets à la gestion quotidienne des équipes. « Cela fait six mois que nous avons intégré l’IA dans notre organisation », raconte Valentin Rançon, responsable innovation chez Ekstend Group. « Mais nous avons fait le choix d’y aller par étapes, pour éviter toute forme de dépendance technologique. » Cette adoption progressive a permis à l’entreprise de poser un cadre clair, de former les collaborateurs et de sélectionner les outils les plus pertinents selon leurs besoins.
Pour Valentin Rançon, les premiers résultats sont déjà éloquents : automatisation des tâches chronophages, fluidification des démarches administratives, meilleure gestion des flux dans les espaces commerciaux. L’IA agit comme un levier de productivité, mais aussi comme un outil de pilotage plus fin, capable de faire remonter des données utiles en temps réel pour ajuster les prises de décision.
Mais chez Ekstend, l’enjeu ne se résume pas à une simple quête d'efficacité. La vraie question, plus structurelle, est celle de la gouvernance raisonnée de ces nouvelles pratiques. « Nous avons élaboré une charte éthique dédiée à l’usage de l’IA et de la data », explique Valentin Rançon. Ce document fixe un cadre clair à l’utilisation de ces outils, en mettant l’accent sur la transparence, la protection des données sensibles et le respect des réglementations en vigueur. Une manière d’éviter les écueils d’une IA déshumanisée ou intrusive, et d’ancrer l’innovation dans une culture d’entreprise responsable.
Au bout du compte, l’IA ne vient pas remplacer l’architecte, l’urbaniste, ou le promoteur immobilier. Elle devient l’une des cordes à leur arc, et agit moins comme un outil que comme un partenaire, capable de révéler de nouveaux imaginaires spatiaux et d'alléger les process. Encore faut-il savoir en maîtriser l’usage, tracer des garde-fous éthiques, et replacer l’humain au cœur de cette révolution technologique. Car si l’IA change la donne, c’est toujours à nous de dessiner les contours du projet.
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