Portrait de Romain Prudent, Directeur de la Communication France chez Veolia

Romain Prudent est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
R.P. : Si certains parcours consistent à choisir un monde, le mien m'a plutôt conduit à circuler entre plusieurs. Après une enfance en Lorraine, il m'a mené dans la haute administration française, dans un think-tank, en cabinet ministériel et dans une grande entreprise internationale.
J’ai ainsi évolué entre des mondes qui se regardent trop peu : la France populaire et le monde dirigeant, la vie réelle et celle des institutions, l’univers des idées et celui de l’action.
Mon fil rouge est là : comprendre ces mondes de l’intérieur, ce qu’ils ont de commun et de différent, puis essayer de les relier et de les mettre en mouvement tout en les respectant.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
R.P. : Donner envie à des équipes très diverses de donner le meilleur d’elles-mêmes à un projet collectif exigeant, sans s’y abîmer. Trouver l’équilibre entre intensité et durée, performance et attention. Et oui, un café latte aide toujours à bien commencer !
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
R.P. : La naissance de mes enfants a évidemment déplacé mon regard. Elle m’a appris trois choses utiles dans la vie comme dans le travail : que le présent compte autant que la projection, que le contrôle a ses limites, et que le leadership n’est pas une démonstration permanente mais une capacité à créer des cadres sûrs où d’autres peuvent grandir.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
R.P. : Il y en a tellement… Pour en choisir quelques-unes :
La supplication, de Svetlana Alexievitch - pour comprendre la puissance du déni humain face à la catastrophe (ici celle de Tchernobyl).
Les vestiges du jour, de Kazuo Ishiguro - où l’on comprend que le sens du devoir ne doit occulter ni les sentiments, ni le respect que nous devons à nous-mêmes. Au risque sinon de se perdre.
L’homme qui plantait des arbres, de Jean Giono - l’allégorie d’une transformation patiente, obstinée, qui montre que la persévérance discrète peut changer un territoire et peut-être davantage.
Ce sont des œuvres sur la responsabilité, la force des événements, la densité et les tensions intérieures, la capacité humaine à détruire comme à construire.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
R.P. : La transformation la plus déterminante à mes yeux est la convergence entre l’instabilité politique, la déstructuration de l’information et l’accélération technologique.
Il faut s’adapter sans perdre sa boussole, s’outiller sans perdre en humanité, se distinguer pour émerger.
La communication devient plus que jamais un art du discernement et de la clarté pour produire de la confiance.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier ?
R.P. : L’initiative « Éco d’eau » par Veolia, qui est née d’une conviction simple : face à la raréfaction de la ressource, il fallait transformer notre culture de l’eau et fédérer les engagements de toutes les organisations volontaires autour d’un mot d’ordre, « Nos réserves, on les préserve ».
La succession de sécheresses en 2022-23 à agi comme un déclic. Nous avons transformé ce fait d’actualité en un mouvement collectif, en mobilisant dans une coalition nos équipes, nos clients, nos partenaires, les pouvoirs publics et l’opinion autour d’une prise de conscience partagée de la rareté de l’eau et d’engagements pour y faire face.
Cette dynamique a produit des changements concrets : meilleure reconnaissance de la valeur de l’eau, évolution de cadres réglementaires, passage progressif d’un modèle fondé sur les volumes à un modèle fondé sur la valeur, déploiement plus rapide de solutions opérationnelles sur les territoires.
Une transformation réussie est toujours une transformation partagée.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
R.P. : Je cultive ma capacité de décentrement : visites de terrain (pas une seule qui n’ait été fertile), veille sectorielle mais aussi au-delà de mon secteur, lectures et rencontres hors du flux professionnel. L’innovation naît souvent dans des espaces frontières, quand on fait l’effort de sortir de ses silos.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
R.P. : En Histoire, l’Ecole des Annales me frappe par son intérêt pour le temps long et les structures profondes. La politique, les rois charismatiques ou la volonté des princes ne font pas tout.
L’économie aussi fait l’histoire, comme l’ensemble des femmes et des hommes qui vivent une époque. Personne n’échappe au destin de sa génération, chacun le façonne un peu.
Cette manière de voir les choses est une invitation à comprendre les structures et à assumer ses responsabilités.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
R.P. : On retrouve au sein de L’ADN Le Shift une chose devenue rare : la pratique de l’écoute.
C’est autre chose que la captation d’un flux, et même que la lecture. C’est une autre manière d’être avec les autres, avant d’intervenir.
Avoir un espace comme celui-ci est précieux pour entretenir sa capacité à penser.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
R.P. : Relier performance et vulnérabilités pour contribuer à un monde plus robuste. Pertinence et créativité pour le rendre plus audacieux.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
R.P. : Protéger et projeter.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
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