livre des tendances 2026
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    Portrait de Mickael Worms-Ehrminger, chercheur en santé publique, enseignant et auteur

    mickael worms

    Mickael Worms-Ehrminger est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    M.W. : Depuis toujours, j'ai été animé par la volonté de transmettre, et attiré par les sujets de santé, en particulier la santé mentale et la psychiatrie. Après quelques tâtonnements d'adolescent et de jeune millenial qui arrivait à l'âge adulte au moment de l'accélération du boom numérique, je me suis dit qu'il y avait là une formidable opportunité, tant pour la circulation de l'information qu'étudier la société à une échelle macro, qui s'entrecroise avec les dimensions personnelles et contextuelles. C'était donc un nouvel instrument formidable pour la santé publique, dont le rôle se confirme jour après jour, en bien comme en mal.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    M.W. : De manière très pragmatique, ce qui me fait me lever le matin, c'est : la sortie de mon chien ! Ça peut paraître anodin, voire ridicule comme réponse, mais en réalité, beaucoup de choses se jouent à ce moment. La patience, la confrontation de deux visions du monde, la communication avec son compagnon à quatre pattes, et... le lien social ! Je n'ai jamais autant parlé à des inconnus que depuis que je vis avec un chien. C'est à ce moment qu'on se rend compte à quel point, dans les grandes villes, nous vivons dans un anonymat total et en totale déconnexion de ses semblables. Ce qui me fait me lever le matin, ce sont donc des choses très simples, en résumé : la vie.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    M.W. : Au-delà de mon activité professionnelle, avec mon association Place des Sciences, nous produisons et réalisons un podcast de témoignage de personnes vivant avec un trouble psychique. Avec une soixantaine de témoignages jusqu'à présent, chaque rencontre avec les invités a été une révolution dans ma vision de voir et d'envisager le monde. Là encore, la réponse peut paraître simpliste, mais on en revient à la question du lien social, de sortir de son cercle, de sa zone de confort, de parler sereinement avec des personnes qui ont une expérience, une vision du monde parfois très différente de la nôtre. Ce qu'on a de moins en moins tendance à faire, vivant aujourd'hui dans de nombreuses bulles hermétiques, avec une polarisation croissante de l'opinion.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    M.W. : Je dirais que tout l'œuvre de Camus et d'Annie Ernaux, chacun à leur manière, sont dignes d'une lecture à plusieurs niveaux. Au-delà, je conseille vivement la lecture du livre L'intime étrangère, de mon amie Anne Revah. L'oeuvre de Marina Abramovic me remue aussi particulièrement, en particulier certaines performances comme Rhythm 0, qui donne un regard inédit sur la nature humaine en dehors de tout cadre, elle dit "Ce que j'ai appris, c'est que si vous laissez le public décider, ils peuvent vous tuer."

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    M.W. : Dans mon domaine, la santé et la santé mentale, de nombreux changements sont nécessaires pour avancer. On pense souvent au changement sociétal avant tout le reste, or c'est une illusion. Celui-ci est bien entendu nécessaire mais s'inscrit dans une durée de plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, ou même millénaires... Il faut aussi répondre aux besoins de l'ici et maintenant, à savoir permettre l'accès à des soins de qualité à toutes les personnes qui en ont besoin, et permettre également de proposer des stratégies de prévention réalistes et surtout acceptables. C'est un changement de pratiques qui me semble le plus nécessaire, tant au niveau technologique, que scientifique et organisationnel.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier ?

    M.W. : Dans le cadre des changements de pratiques dans le domaine de la santé mentale, nous avons récemment réalisé un projet scientifique et édité des recommandations de bonnes pratiques à destination des personnes qui recueillent et diffusent des témoignages de personnes avec un trouble psychique. C'est un enjeu majeur, car on assiste depuis 3-4 ans à une démultiplication des témoignages sur les réseaux sociaux, parfois collectés de manière très peu éthique. Il nous a semblé important, avec Nathalie Pauwels (programme Papageno) et Margot Morgiève (Cermes3), co-financé par l'Institut La Personne en médecine, de mettre ce sujet en avant afin de protéger tant les témoins que les personnes en charge du recueil ou de son traitement (monteurs, par ex.) et le public. Depuis leur sortie à l'automne 2025, elles rencontrent un grand relais dans le domaine journalistique, et au-delà.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    M.W. : Ma manière d'innover : la rencontre, le dialogue, sortir de ma bulle. On a tendance à rester enfermés dans notre microcosme de personnes qui pensent toutes la même chose, ce n'est absolument pas favorable à l'innovation, à la remise en question. Ma formation de chercheur m'incite aussi à remettre en question des choses qu'on croit établies, alors qu'elles ne sont pas étayées par grand chose. Bien entendu, cette approche critique s'inscrit dans un réalisme pragmatique, et elle peut être mal reçue et rencontrer de grandes résistances... l'inertie vs le changement.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    M.W. : Je pense que chacun finit par développer sa manière d'être en relation avec le travail, le monde du travail. Je donne beaucoup de cours auprès de publics divers (école de commerce, école de communication, faculté de médecine, université de psychologie, IAE) et je vois cette diversité des visions de l'avenir du travail, ou plutôt de l'emploi. Ça me nourrit énormément et m'oblige à m'adapter, et finalement je finis par m'approprier ce qui me plait dans ces approches.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    M.W. : Je fréquente Le Shift depuis 3 ans maintenant, plus ou moins assidument, mais chaque dîner, chaque déjeuner, est une opportunité de rencontrer des personnes aux parcours totalement différents du mien. C'est cette diversité sociale, professionnelle, d'opinion que je cherche. Et bien entendu j'espère apporter mon bagage et le verser au débat, et porter ce sujet de la santé qui est transversal et concerne tous les domaines.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    M.W. : Mon ambition pour demain : faire discuter des personnes qui n'arrivent plus à échanger. Rétablir le dialogue serein, constructif, la proposition plutôt que la simple opposition, l'acceptation de la différence d'opinion et la remise en question de ses propres croyances. Comme leur nom l'indique, il s'agit de croyances et personne ne détient la vérité.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    M.W. : En une phrase, c'est très difficile, mais je pourrais citer Michel Serres sur notre expérience subjective individuelle : « Alors le récit peut être de telle ou telle nature, héroïque, comique, etc. Mais il faut un récit, il faut raconter, il faut relater, il faut transformer sa vie dans une chose qu’on peut dire. Nous avons tous besoin d’un récit pour exister. »

     

     

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    commentaires

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    1. Avatar Brigitte Michel dit :

      bonjour je suis dans un trou et chaque fois que j'ai l'impression dans sortir un, autre se trouve a nouveau quel chance la vie

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