Portrait de Xavier Cazard, fondateur de la Maison de la Conversation et co-fondateur de l'agence Entrecom

Xavier Cazard est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
X.C. : En 35 ans, j’ai eu trois vies professionnelles. Journaliste : mon métier était de faire voir. Directeur d’agence de communication : mon rôle était de faire agir. Aujourd’hui, fondateur de La maison de la Conversation : je fais avec, je crée des espaces où les autres peuvent se rencontrer, s’écouter et se transformer. Le fil rouge de tout cela ? Tisser des liens.
Depuis 2021, Porte de Montmartre, à Paris 18ᵉ, dans l’un des quartiers les plus vulnérables d’Île-de-France, nous avons accueilli plus de 65 000 personnes. Des jeunes, des voisins, des dirigeants, des artistes, des chercheurs… qui ne se seraient pas rencontrés autrement.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
X.C. : Chaque matin, je regarde mon agenda avec deux questions : qui vais-je rencontrer aujourd’hui ? Et que va-t-il se passer d’imprévu ? Ces rencontres, mises bout à bout, me permettent de m’enrichir de la créativité et du désir de mes interlocuteurs et de développer avec eux les projets et la communauté de la maison.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
X.C. : Burning Man, 2018. On pourrait croire que c’est un cliché, mais au milieu du désert du Nevada, j’ai découvert une évidence : un autre monde est possible. Là-bas, j’ai expérimenté l’économie du don, la radicalité de la confiance et la puissance du collectif. Ce moment a été le pivot entre ma vie d’entrepreneur et mon engagement dans l’économie sociale et solidaire.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
X.C. : Sirat, un film qui secoue l’âme.
La collision, de Paul Gasnier, un livre qui laisse une marque physique.
Anyma x Robot Heart, une musique qui me renvoie à "la playa", cet espace suspendu entre rencontres et liberté.
Je suis sensible aux œuvres qui déplacent, qui fissurent, qui obligent à regarder autrement.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
X.C. : On navigue en mer d’incertitude sociale, politique, environnementale. C’est le moment d’être créatif, de s'inspirer et d’imaginer collectivement un futur souhaitable sinon on risque de couler, à commencer par notre démocratie ! Mais on a tendance à s’isoler en confiant nos liens et notre anxiété aux plateformes… qui font de notre attention un produit, de nos interactions, des données, de notre solitude, un marché et de nos peurs le carburant de tous les extrémismes. Résultat : 56 % des Français estiment que nos différences sont trop importantes pour que nous puissions continuer à avancer ensemble.
À la maison de la Conversation, on propose un antidote à la précarité relationnelle, au manque de joie et de chaleur humaine : des gens qui se parlent, en vrai. Pas d’algorithme, pas de swipe, pas de like. Juste du lien, du temps, du cœur et une excellente programmation. C’est à la portée de tous et c’est gratuit.
Chez nous, on vient en "mode avion" : les notifications s’éteignent… et les humains se rallument.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier ?
X.C. : L’Université d’été du lien social, lancée en août dernier avec Chloé Grabli.
Plus de 100 personnes - élus, dirigeants, experts, travailleurs sociaux - se sont mobilisés autour d’une question unique : Comment passer de l’intention à l’action dans leurs organisations et leurs territoires ?
La bonne nouvelle, c’est que nous organisons la seconde université du lien le 27 août 2026.
Une autre pépite dont je suis très fier, façonnée avec Fragments studio : la rue de la Conversation que nous avons inaugurée en septembre sur le mail Binet. C’est un mobilier urbain qui permet de recréer du lien social dans l’espace public !
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
X.C. : Je cultive trois choses : l’écoute pour accueillir l’imprévisible, la lecture pour nourrir l’esprit et l’attention flottante, là où les idées se déposent.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
X.C. : Le livre Résonance d’Hartmut Rosa m’a conduit à rencontrer le biologiste Olivier Hamant. Il propose aux organisations de dépasser la seule performance pour appliquer le modèle de la robustesse du vivant. Grâce à lui, j'ai réalisé que nous étions un vrai laboratoire dans nos pratiques. Fort de cette expérience, nous ouvrons pour les entreprises et institutions un parcours d’initiation à la robustesse au premier semestre 2026.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
X.C. : L'accueil, la convivialité de l’équipe, le travail d’enquêtes et d’études de l’ADN, l’attention portée aux formats d’échange ont fait éclore une belle communauté de curieuses et curieux des autres et du monde. Je suis heureux de pouvoir m’y nourrir et d’apporter ma pierre à l’édifice.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
X.C. : Essaimer. Ouvrir des maisons de la Conversation dans d’autres villes. Former des citoyens à animer des espaces qui relient. Après quatre ans de travail, nous avons désormais un modèle réplicable, mesurable et financé par l’hybridation des ressources. Nous sommes soutenus par l’accélérateur ESS d’HEC, par de nombreux partenaires et animés par une équipe formidable.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
X.C. : Une citation de Henry David Thoreau, écrite en 1854 dans Walden et la vie dans la forêt et légèrement remaniée : « la technologie nous éloigne des enjeux, elle perfectionne les moyens sans jamais élever la finalité ». À mon sens, c’est la qualité des relations entre les humains et avec le vivant qui transforme le monde.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
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Bravo ! Longue vie à la Maison de la
Conversation
Félicitations Cher Xavier, pour l’ensemble de ces belles initiatives. Bravo 👏Marisa.
Très belle initiative la MdC !
Bonjour Xavier
Il y a peu de temps, je me demandais ce que tu devenais. J’en sais un peu plus aujourd’hui et j’aime beaucoup le concept que tu développes et qui me semble aujourd’hui particulièrement important quand je constate le repliement de nombreuses communautés sur elles-mêmes.
Ça me ferais plaisir de te revoir un de ces jours