une femme de dos

Médecine prédictive : vers un monde sans maladies ?

Le 29 mars 2018

Les tests génétiques et trackers connectés permettent l'avènement d'une médecine prédictive. Des innovations qui visent un seul but : anticiper une maladie avant qu’elle ne se déclare.

Tous les chercheurs en génétique ont vu la même scène de Bienvenue à Gattaca. Dans ce film d’anticipation, un test sur les gènes défaillants est réalisé sur chaque enfant, quelques secondes seulement après leur naissance. Dès les premières minutes de son existence, le personnage principal se trouve affublé d’une terrible prédestination : son cœur le lâchera avant ses 40 ans. Une prédiction qui aura un impact inévitable sur la façon dont il mènera sa vie.

Une telle médecine prédictive est-elle possible ? A l’heure actuelle, elle autorise sous contrôle de praticiens le recours aux tests génétiques dans des cas précis. Dans une famille dont plusieurs personnes ont, par exemple, contracté le même cancer, les jeunes enfants pourront bénéficier d’une étude de leurs gènes. Le principe est clair : éviter qu’ils ne développent les mêmes symptômes. Un moyen de guérir préventivement d’une maladie avant même qu’elle ne se déclare.

Anticiper la maladie et en prévoir les symptômes sont devenus des enjeux de santé publique. Dans un contexte où les dépenses sont en partie prises en charges par l’Etat, trouver des solutions durables et moins onéreuses est une vraie préoccupation.

Pour Alexandra Dalu, médecin nutritionniste et auteur de l’ouvrage Les 100 idées reçues qui vous empêchent d’aller bien (Editions Leduc.s), l’enjeu est de taille : « La médecine a beaucoup progressé depuis 15 ans. La population doit pouvoir en bénéficier. En ce sens, les tests génétiques quand ils sont validés et reconnus, sont une source de médecine prédictive et préventive indéniable. Certains tests autres que génétiques appelés biomarqueurs permettent de prédire également les facteurs de risques de développer une pathologie. Dosés en test de dépistage à grande échelle, ils limiteraient le coût des soins et le recours à des procédures lourdes en évitant l’apparition de la pathologie. Idem pour certaines imageries de dépistage telles que par exemple le scanner des poumons pour les fumeurs, l’échographie ovarienne, la colposcopie (col de l’utérus)...Il est donc important d’anticiper plutôt que de constater. En gros, l’adage, mieux vaut prévenir que guérir est définitivement d'actualité ».

Etre auto-responsable de sa santé

Les tests sur l’ADN ont toutefois leur limite. Les origines génétiques de certains cancers comme celui du sein ne sont pas encore totalement identifiés. Les gènes ne résolvent donc pas encore tous les maux. C’est à l’Homme lui-même de prendre soin de sa propre santé, de préserver voire d’augmenter son propre capital.

« Chaque individu peut devenir acteur de sa santé. En optimisant la triade « bien dormir/bien bouger/bien manger » on gagne en espérance de vie et en bien mieux-vieillir. Pour ce faire, des actions telles que des campagnes de santé sur ces grands thèmes pourraient etre organisées au sein des écoles afin d’éduquer de façon simple les parents et leurs enfants, ainsi que les séniors. De plus, des protocoles nationaux pourraient etre proposés au sein de centre médicaux municipaux en médecine préventive. C’est d’ailleurs ce que j’ai organisé avec l’aide des politiques de ma ville », explique Alexandra Dalu.

Une position soutenue par plusieurs scientifiques. Dans son dernier ouvrage, Joël de Rosnay, Docteur Ès Sciences, considère que chacun peut devenir le « chef d'orchestre de son propre corps, en surveillant cinq facteurs : la nutrition, l'activité physique, le management du stress, le plaisir de faire ce que l'on fait et enfin l'harmonie de son réseau social, familial et professionnel. »

L’Homme : un traqueur d’activités ambulant ?

À cette prise de conscience, s’ajoute l’apport de la technologie. Le secteur de la santé développe régulièrement des objets connectés dans le but d’aider les professionnels à mieux anticiper les besoins de leurs patients. Patchs connectés sur la peau, biotrackers d’activité respiratoire, puces de surveillance de la tension… les outils sont devenus légion.

Mais là encore si l’apport de ces objets connectés est certain, il faut prendre garde à ne pas confondre simple bien-être et médecine. Les compteurs de pas et autres bracelets censés surveiller votre activité durant le sommeil ne donnent que des indications très parcellaires sans jamais aller au fond d’une éventuelle maladie (surpoids, insomnie…)

Alexandra Dalu confirme : « Ces outils existent déjà et sont utiles tant que ce ne sont pas des gadgets. Ils doivent remplir une fonction précise et doivent etre validés par la haute autorité de santé. Si l’objet connecté ne donne qu’une donnée approximative, ou pire un résultat erroné, il n’est d’aucune utilité, voire dangereux pour le patient».

L’homme est donc devenu un homo-numericus conscient qui transporte ses informations médicales avec lui. A terme, l’utilisation de l’intelligence artificielle et de services de traitements de données pourrait permettre d’économiser du temps pour les médecins tout en avertissant sur certains comportements potentiellement à risque. Des progrès technologiques qui œuvrent pour le bien, à condition qu’ils demeurent encadrés par la conscience scientifique.

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