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Doit-on se résigner à la surveillance numérique de masse ?

Doit-on se résigner à la surveillance numérique de masse ?
Introduction
Nous sommes allés voir le documentaire Nothing To Hide de Marc Meillassoux : il évoque la surveillance numérique de masse à travers les témoignages de lanceurs d’alerte, d’activistes et de défenseurs des libertés numériques.

Dire que la vie privée ne vous intéresse pas parce que vous n’avez “rien à cacher” c’est comme dire que la liberté d’expression est inutile parce que vous n’avez rien à dire.

Edward Snowden

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Dans ce documentaire, le réalisateur Marc Meillassoux reprend à son compte l’argument de “je n’ai rien à cacher” pour démontrer que les citoyens ont tendance à accepter passivement que leurs données alimentent les appareils de surveillance de masse que sont les GAFAM.

Pour appuyer cette idée, le réalisateur et la journaliste Mihaela Gladovic ont conduit une expérience : le projet MisterX. Pendant un mois, ils placent l’iPhone et le MacBook d’un jeune homme “sous surveillance”. Toutes les métadonnées issues de ses appels, des messages échangés sur Messenger ou Skype, de ses déplacements aidés par Google Maps sont récoltées. L’expérience démontre par A + B qu’il est possible de faire parler ces traces, jusqu’à obtenir une compréhension très fine du mode de vie et des habitudes de Mister X.

Nothing To Hide - Marc Meillassoux

La projection se tenait au Maif Social Club et était proposée par Tristan Nitot, auteur de l’ouvrage surveillance ://. Dans cet essai, il dresse le bilan du pillage systématique de nos données orchestré par les géants du numérique, et propose des solutions concrètes pour reprendre le contrôle. Fervent défenseur des libertés numériques et du logiciel libre comme alternative aux GAFAM, il répondait à nos questions en Juin 2017 à Futur en Seine.

L'idéal d’indépendance et de neutralité que vous défendez a-t-il fait long feu ?

T. N. : Je dirais qu’à ses origines, les valeurs cardinales du Web étaient la communication et le partage, car il ne concernait pas la sphère privée. Cependant, le développement du modèle Software as a Service a provoqué une centralisation des données sur certains serveurs. Le Software as a Service c’est le fait qu’on doive passer par un navigateur pour accéder à un logiciel : c’est le cas pour Gmail par exemple. Or le plus souvent ces services sont proposés gratuitement, mais en réalité rien n’est gratuit ! Ces plateforme ont accès à toutes les données échangées et la dynamique du réseau a conduit à la mise en place de silos de données personnelles, contrôlés par les GAFAM.

Pourtant, un autre Internet est possible. Le capitalisme de la surveillance n’est pas une fatalité ! Je pense que l’idéalisme et l’optimisme sont d’excellents moteurs : mon expérience chez Mozilla m’a prouvé qu’avec une poignée de bénévoles on pouvait créer un produit open source gratuit, qui libère les gens plus qu’il ne les aliène. J’ai cette conviction que, si l’on s’engage, on peut changer le monde : le monde n’est changé que par une minorité de gens décidés. Par exemple cozy.io est un système de cloud alternatif et indépendant qui permet aux gens de reprendre la main sur leurs données.

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Comment préserver son indépendance dans un monde de surveillance généralisée ?

T. N. : Il y a certains individus qui prônent une forme de déconnexion radicale, mais ce n’est pas le modèle que j’ai choisi car j’ai conscience des apports considérables du numérique. En tant que libriste – adepte du logiciel libre – je connais la puissance de ce mouvement autour de l’open source.
J’ai écrit un livre qui s’appelle Surveillance:// qui propose des solutions à deux niveaux. D’abord, au niveau professionnel, je recommande aux informaticiens et aux développeurs de construire les outils alternatifs et indépendants dont nous avons besoin pour résister aux géants du numérique (cozy.io est un de ces outils). Ensuite, au niveau individuel, je recommande d’entamer une démarche de prise de conscience : d’abord comprendre, ensuite agir. Il faut réellement pallier ce manque d’éducation et d’information à propos de ces enjeux. Et peut-être également passer outre cette injonction au numérique qui pousse tout un chacun à adopter de manière déraisonnée tous les outils qui leur sont proposés.

Le capitalisme de la surveillance n’est pas une fatalité.

Tristan Nitot

Quels outils avons-nous à notre disposition pour préserver notre indépendance numérique ?

T. N. : L’idée d’autohébergement est assez intéressante (même si elle est techniquement difficile) : c’est l’idée d’avoir son propre serveur chez soi. Aujourd’hui, chacun de nous utilise en moyenne trois ordinateurs : un ordinateur de bureau, un ordinateur portable, une tablette ou un smartphone. Chacun est très probablement relié au cloud ; or le problème du cloud c’est que c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre ! C’est l’antithèse de l’indépendance. Pour reprendre le contrôle, on peut donc utiliser son serveur à soi, qui fonctionne avec du logiciel libre et chiffre les communications : c’est le graal de l’autonomie numérique.

logo-cozy-cloudTristan Nitot est entrepreneur, blogueur et conférencier. Il est actuellement Chief Product Officer de Cozy Cloud (https://cozy.io), une solution de cloud alternative et indépendante. Il a été à l’initiative de la création de l’association Mozilla Europe, qu’il a présidée. Tristan Nitot a été membre du Conseil national du numérique (2013-2015). Depuis septembre 2015, il est membre du comité de prospective de la CNIL.
Il est l’auteur de 
Surveillance:// Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir, C&F éditions, 2016.

Cet entretien est paru dans le numéro Hors Série “L’Indépendance” (Juillet 2017) réalisé en partenariat avec DPS &co.

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