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Merci Alfred : portrait de média

Le 13 avr. 2016

Merci Alfred, newsletter lifestyle adressée à 200 000 hommes poursuit son ascension. Maxime Froissant, rédacteur en chef du média nous raconte sa façon de repenser l’approche éditoriale et le rapport au lectorat. Enseignements d’un média en pleine ascension.

Newsletter (n. f.) : très vieux média né en 1971, devenu ringard avant de devenir tendance dans les années 2000.

En France, c’est My Little Paris qui a réussi à rendre la boîte à lettres numérique sexy au point d’inspirer de nombreux petits frères de la newsletter comme Time To Sign Off ou La List de Stylist. Dans la lignée de ces succès, Merci Alfred réussit à s’imposer auprès des hommes urbains avec un style rédactionnel caractérisé par le format court : « c’est une manière d’écrire qui demande énormément d’effort de la part de l’auteur. Il faut avoir beaucoup d’idées et une densité de texte le tout dans le plus court format possible. Quand on y arrive les textes sont très efficaces » nous explique Maxime Froissant.


Une écriture particulière pour des plumes particulières que le rédacteur en chef avoue difficilement rencontrer : « recruter d’autres rédacteurs pour Merci Alfred n’est pas une chose aisée. Il y a un niveau d’exigence fort et une écriture qui n’est pas journalistique. Notre rédaction est plus proche de l’écriture publicitaire. Chaque phrase est un slogan évocateur. Ce que certaines personnes rédigent en un paragraphe, nous devons le suggérer en une seule phrase. Aucun mot ne doit être faible, ou, quand il y en a un, il doit être là pour renforcer un mot fort ou la musicalité de la phrase ». Cette forme d’écriture courte, incitative et évocatrice, va de pair avec la subjectivité de l’auteur. A l’opposé des constats objectifs, Merci Alfred entend proposer une expérience « caméra embarquée » avec un parti-pris. Pour Maxime Froissant, l’analogie avec un entrepreneur fait sens : « lorsque vous êtes un entrepreneur qui doit réaliser une vidéo pour présenter votre projet, le point de vue du fondateur et les anecdotes personnelles feront la force du contenu, c’est ce qui va convaincre. Sans cette subjectivité, le contenu devient dénaturé, peu convaincant et surtout « déjà lu » / « déjà vu », il faut toujours viser le « jamais lu » ».

Et pour trouver ce « jamais lu », il n’y a pas de secret : lister, écrire, jeter, recommencer. Titres et accroches subissent tous le même élagage, « c’est souvent à partir de la 11ème formulation que les choses commencent à devenir intéressante ». Cette exigence s’est très vite dupliquée dans différents univers : tech, restos, insolite… tout en s’adaptant pour le mobile avec l’application « Hook » qui propose un contenu par jour pour « devenir plus intelligent, plus fort et acheter sans se planter ».

Depuis peu, légèreté et accessibilité riment avec GRANDES QUESTIONS grâce au média qui rédige depuis le 16 octobre 2015 « Les Topos ». Une fois par mois, dans un langage accessible et explicite, les équipes de Merci Alfred rédigent un texte (10-15 min de lecture) qui vous expose les plus grandes théories physiques, psychologiques, économiques… autour des thèmes qui trottent dans nos boîtes crâniennes : « comment réussir sa vie ? », « comment les autres m’influencent ? », « l’immortalité »…

A l’origine de ce projet, il y a eu la rencontre avec le site américain Wait But Why : « à la découverte de ce site nous avons tous lu 10 articles à la suite. Ils sont devenus le centre de nos discussions pendant plusieurs jours » confie Maxime. Cette sensibilité aux études et aux grandes questions était déjà présente pour le média qui, avec ses infographies, essayait déjà de rendre accessible certaines études scientifiques. « Le problème que nous avons identifié est que, dès que vous souhaitez rentrer plus en profondeur dans ces thèses / sujets, vous devez passer par des articles au style académique très lourds. Il y a un contraste entre l’intérêt que l’on porte au sujet, et l’accès à cette information ». Une tension à laquelle entend bien répondre Merci Alfred en adressant ces questions dans le rapport de « potes » qu’ils ont réussi à instaurer avec leurs lecteurs.

La recette semble prendre puisque le premier « topo » a rassemblé plus de 250 000 visiteurs avec un temps de consultation de 10 minutes. Ce qui signifie que les gens ont lu l’article jusqu’au bout. Un succès accompagné d’un fort engagement : « nous avons reçu près de 1 000 mails après la publication de l’article. Beaucoup évoquaient des choses très personnelles : un entrepreneur qui avait son projet dormant et qui s’est retrouvé boosté, une mère qui parlait de son fils qui ne savait pas trop quoi faire et qui allait remotiver son fils avec cet article, un cadre d’une grande entreprise qui allait s’en servir pour sa future présentation, le rédac chef de Sciences et Vie qui nous a félicité d’avoir réussi à créer de la conversation autour de ce sujet… beaucoup de gens très différents se sont rassemblés autour de cette démarche ».

 

Signe que, rendu accessible, l’apprentissage et la découverte sont des moteurs de l'euphorie. Un format qui devrait inspirer de nombreux pans de nos sociétés, à commencer par l’éducation…

 

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