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Explosion de couleur verte en dégradé allant du jaune au bleu
© Jag_cz / Getty images

Réchauffement climatique : un monde zéro carbone est-il possible ?

Le 26 juin 2019

La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. D’accord, mais comment en finir avec nos vieilles habitudes et accélérer la transition zéro carbone ? Reportage en quête de solutions à The Good Day.

Parler transition climatique les pieds dans la boue du Parc de Saint-Cloud après une averse digne de la Toussaint et à quelques jours d’un nouvel épisode de canicule… Pour sa journée The Good Day consacrée à l’état des lieux de la transition carbone, jeudi 20 juin, Engie ne se doutait sûrement pas tomber autant à pic qu’en cette période de dérèglement climatique évident. Une nouvelle preuve de l’urgence à agir, selon sa CEO, Isabelle Kocher. “Il faut accélérer. Nous ne pouvons plus nous contenter de petits changements mais bien changer de modèle. Il faut réinventer le jeu et remplacer les vieilles technologies carbonées par des entreprises décarbonées. La meilleure énergie, c’est celle que l’on ne consomme pas”, a-t-elle martelé dans son discours d’introduction prononcé devant environ 500 personnes.

Un nouveau pacte entre entreprises, jeunes et société civile

Accélérer, d’accord. Mais dans quelle direction ? Car en matière d’écologie et de transition énergétique, c’est souvent la cacophonie qui domine. Pour Isabelle Kocher, la préservation du climat passe par un nouveau pacte entre l’entreprise, les jeunes et la société civile. “Il ne faut pas opposer bien commun et business. Quand on s’aligne avec le bien commun, on est rentable”, assure-t-elle.

Les entreprises n’ont plus d’autre choix : elles doivent répondre présentes et faire partie des solutions à trouver face aux enjeux énormes du changement climatique et de ses conséquences sociales et sociétales. “Le changement climatique a provoqué un réveil qui va bien au-delà du seul climat et qui concerne tout le monde, note Isabelle Kocher. Je crois que toutes les entreprises doivent intégrer cela dans leur modèle, leur mission est désormais de réparer la fracture climatique et la fracture sociale. La réparation des fractures, c’est la croissance de demain.”

Pour la CEO d’Engie, le monde de demain ne verra plus les ONG d’un côté et les entreprises de l’autre, mais une plus grande convergence entre les deux. Une manière de souligner, en creux, qu’il ne faut plus attendre des politiques qu’ils portent les changements, mais qu’ils suivent le mouvement impulsé par les entreprises et toutes les bonnes volontés. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de cette journée : montrer ce qu’une entreprise aussi puissante qu’Engie est déjà capable de faire, en France ou ailleurs, en s’appuyant sur son propre savoir-faire ou en mettant la lumière sur une kyrielle d’initiatives défendant le bien commun.

Et si l’intérêt général était l’affaire de tous ?

Parmi les initiatives à ne pas manquer, il y a celle d’Ashton Cofer. Traits juvéniles et lunettes fines, ce jeune Américain de 17 ans a exposé devant une salle conquise sa méthode pour convertir le polystyrène -une matière à forte concentration de CO2- en charbon actif pour purifier l’eau !

Autres initiatives remarquables, Ecocean, qui reconstitue la faune marine là où l’action de l’homme l’a endommagée, ou encore Startup for kids, qui organisait pour les plus jeunes (6-14 ans) un hackathon pour imaginer la ville de demain. Pendant 2h, la trentaine d’enfants répartis en six groupes a planché sur le thème “Entre nature et technologie, à quoi ressembleront nos villes en 2040 ?”, avec méthodologie de design thinking et maquettage en papier alu, perles en bois, cordes, bouchons de lièges et tubes en plastique à la fin. “Notre mission est de préparer les jeunes au monde de demain en les familiarisant avec l’innovation et les nouvelles technologies, explique sa fondatrice, Sharon Sofer. Ils n’ont aucun mal à se projeter et à imaginer des solutions nouvelles. Il faut les faire travailler sur des choses qu’ils connaissent ou qui leur tiennent à coeur.” Les projets seront mis en ligne prochainement sur leur site.

Toujours sous la tente The Good Galaxy, cet espace dédié à ceux qui “transforment l’utopie en réalité”, on a aussi pu apercevoir des porteurs de projets pour une société plus inclusive (l’intégration des réfugiés par la technologie avec Techfugees ou par la cuisine avec Meet my Mama), des ateliers DIY de broches de fleurs (heu, ça compte dans la transition zéro carbone ça ?) ou encore des cours de code à des ados pour lutter contre les stéréotypes de genre dans la tech, le tout dans un joyeux brouhaha de tables-rondes pleines de bonne volonté.

À ce stade, beaucoup d’envies et d’idées pour bâtir un monde où l’intérêt général prime sur l’individualisme et le capitalisme, vécus comme les oripeaux d’un autre siècle. Pour parfaire l’ambiance nouveau monde, Engie s’est engagé à faire de ce Good Day un événement 100% éco-responsable, avec deux groupes électrogènes à huile végétale, un groupe électrogène à hydrogène vert, des fours solaires ou encore des panneaux solaires pour recharger son smartphone. Reste pourtant l’enjeu essentiel : changer d’échelle pour véritablement mettre en place la transition zéro carbone annoncée.

Rouler à l'hydrogène vert...

Deux pistes semblent particulièrement prometteuses : l’énergie hydrogène et l’immobilier décarboné. L’hydrogène permet une solution de stockage de l’électricité et n’émet que des particules d’eau (bye bye particules fines et CO2, donc), tout en offrant une autonomie deux fois plus grande qu’un bus électrique. Le Pas-de-Calais a d’ailleurs inauguré vendredi la première ligne de bus à hydrogène en France. Reste le coût, encore dissuasif. Chacun des six bus à hydrogène construits par Safra coûte la bagatelle de 950 000 euros. De quoi doucher les espoirs des communes qui seraient tentées. Au total, le projet “Bulles” du Pas-de-Calais, qui compte l’acquisition des 6 bus à hydrogène et leur station d’alimentation, plus 41 nouveaux bus hybrides ainsi que des travaux d’infrastructures, de renouvellement du système d’information voyageurs et de la billettique, s’élève à 405 millions d’euros.

À moins que l’État ne mette la main à la poche pour aider les communes à s’équiper. Ces véhicules s’inscrivent en effet dans la ligne des engagements pris par la France en matière de réduction des émissions de CO2 dans son plan de déploiement de l’hydrogène pour la transition énergétique. L’ambition : faire rouler 800 véhicules lourds à l’horizon 2023, dont des bus, puis entre 800 et 2 000 d’ici à 2028. Une deuxième ligne de bus à hydrogène devrait d’ailleurs être inaugurée à Pau à la rentrée.

... et opter pour l'immobilier décarboné

Autre piste intéressante pour en finir avec les émissions de carbone : l’immobilier décarboné. Engie se positionne sur ce créneau depuis 2016 avec sa filiale Aire Nouvelle, qui intervient en amont des projets immobiliers pour concevoir des constructions plus durables, sans rejet de CO2. Ecotone à Arcueil, Les lumières Pleyel à Saint-Denis... ces projets illustrent les nouvelles ambitions du groupe : il ne s’agit plus de fournir un service (de l’énergie) mais de devenir le moteur de la transition zéro carbone, aux enjeux de plus en plus forts. “Nous avons décidé d’inverser notre système pour passer d’un métier où nous devions produire toujours plus d’énergie à un métier qui consiste à aider les gens à consommer moins, explique Isabelle Kocher. Notre pari, c’était qu’en faisant cela, nous serions préférés (aux concurrents).” Le groupe se vante ainsi d’avoir réduit de 50% ses émissions de CO2 en 2018 et d’avoir renoué avec la croissance (+5%) la même année. 

Mais le temps presse. Si l’on en croit le plan climat présenté en juillet 2017, la France vise la neutralité carbone en 2050. Autant dire demain.

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