
Une étude menée par le Financial Times et Knight Lab décrit avec précision les parcours d’information des jeunes sur les réseaux. L’occasion pour les médias de comprendre le rôle qu’ils peuvent jouer dans la jungle informationnelle.
« X % de jeunes de 18 à 25 ans s’informent sur les réseaux sociaux ». Cette petite phrase, vous l’avez sans doute croisée au détour d’une étude portant sur la confiance dans les médias ou les habitudes de consommation informationnelle des Français. Utilisée depuis la fin des années 2000 pour illustrer les usages numériques, cette expression semble surtout permettre de distinguer ceux qui continuent de consulter les bons vieux canaux de communication que sont la TV, la radio et la presse écrite, de ceux qui sont sur X, Insta, TikTok et autres.
Mais autant le dire tout de suite, cette distinction ne veut plus rien dire tant les différents médias et usages ont muté ensemble. On regarde des extraits d’émissions de TV en scrollant les replays sur les plateformes de streaming ou sur YouTube, on consulte la presse au travers des Reacts de 3 h de streameurs,ou bien on écoute d’une oreille distraite les résumés d’actu d’un Hugo Décrypte. Bref, les pratiques informationnelles sont devenues plus complexes et sophistiquées qu’on ne le résume souvent.
Tamiser le flux et entrer dans le terrier du lapin
Cette complexité, l’étude Next Gen News menée par le Financial Times et Knight Lab a décidé de l’explorer pour mieux la décortiquer. Son objectif ? « Comprendre les habitudes et les attentes des consommateurs d'actualités de la prochaine génération pour mieux anticiper comment la majorité des consommateurs se comportera d'ici 2030. » Menée auprès de 5 000 jeunes de plus de 18 ans dans cinq pays (Brésil, Inde, Nigeria, Royaume-Uni, États-Unis) et auprès de 19 médias, l’étude met en lumière sept grandes manières de s’engager avec l’information en ligne.
L’une des premières leçons de l’étude est de montrer à quel point l’infobésité touche tout le monde. Alors que plus de la moitié des jeunes disent s’informer en ligne au moins une fois par jour, ces derniers ont déployé des stratégies de tamisage bien spécifiques pour naviguer dans un monde ultrasaturé d’informations. Ils passent par trois modes distincts : le scrolling sur les flux d’actualité, la recherche, qui permet d’approfondir un sujet, et l’abonnement à une source de contenu, que ce soit via un compte YouTube ou une newsletter payante.
Une fois ce premier filtrage effectué, les internautes vont consommer l’information selon qu’elle leur semble pertinente, intéressante ou qu’elle résonne en eux. Pour cela, ils vérifient les faits en recoupant les informations avec d’autres sources, surtout quand les usagers font preuve de suspicion due à des titres trop accrocheurs ou à des orientations politiques trop marquées. L’étude montre aussi que les jeunes peuvent plonger dans une étude approfondie d’un sujet, les fameux « rabbit holes » d’Internet au sein desquels les jeunes s’engagent dans des contenus longs et explicatifs tournés autour des faits. Cet usage central contredit l'idée reçue selon laquelle les jeunes générations ne seraient attirées que par des contenus courts et superficiels. Enfin, les internautes tentent de faire sens de l’information en explorant différents points de vue dans les contenus informationnels afin d’en tirer une opinion plus claire. Cet usage se joue plus sur les espaces de discussion en ligne comme Reddit, X ou sur des vidéos React présentes sur YouTube.
Le dernier mode d’engagement tourne autour de la socialisation et consiste à partager l’information ou l’histoire, sous la forme d’un lien vers une vidéo, d’un mème ou d’une image. C’est un élément essentiel pour comprendre la manière dont l’information circule et le crédit qu’on lui porte. Comme le dit le rapport : « Pour nombre de nos répondants, il n'existe pas de source plus précieuse et fiable que leurs amis et leur famille […] ces liens permettent souvent de s'y retrouver parmi la multitude d'informations disponibles. » La transmission se fait d’ailleurs dans les deux sens. La GenZ envoie des informations à ses proches et leur demande aussi de vérifier ou confirmer des informations vues ailleurs.
Réorganisation des rédactions
Cette étude, concentrée sur les usages informationnels, relève plusieurs éléments clés. Tout d’abord, la GenZ est bien consciente du pouvoir des algorithmes de recommandation. Elle tente constamment de maîtriser ces derniers avec des tactiques allant de la vitesse de défilement au niveau d’engagement, en passant par le timing pour placer un like ou un commentaire. Le public s’appuie aussi beaucoup sur la confiance et l’affinité. Ce n’est pas la marque institutionnelle qui compte, mais plutôt la relation parasociale avec le producteur d’information qui est priorisée.
Du côté des médias, Next Gen News remarque une tentative d’adaptation au contexte d’infobésité. Dans un océan infini de contenus, c’est bien l’attention du viewer qui est devenue la ressource rare. De ce fait, on assiste à une inversion des processus de production de l’information. Au lieu de réfléchir d’abord au sujet, à la manière de l’écrire et à sa diffusion, les nouveaux producteurs pensent d’abord en termes de formats et de plateformes avant de trouver une formule reproductible dans laquelle viennent s’insérer des idées de sujets. Les rubriques classiques qui divisaient les rédactions en domaines d’expertise disparaissent au profit de petites équipes spécialisées en fonction des formats et surtout des plateformes.


je n'utilise aucuns réseaux sociaux, et oui ça existe.