Des personnages du vidéaste Gossip Gobelin

Gossip Gobelin, le réalisateur qui annonce le futur du cinéma « généré avec l’IA »

© Gossip Gobelin

Suivi par plus de 2,8 millions de personnes, le réalisateur de courtes vidéos de science-fiction s’est fait remarquer par un usage de l’IA générative qui dépasse largement le stade des expérimentations virales et préfigure peut-être l’avenir du cinéma.

Des transhumains ultra-riches dont la chair mutante a fusionné avec des machines dorées, de pauvres êtres qui s’injectent des souvenirs artificiels d’histoires d’amour, ou bien encore une attaque de train du futur pleine d’action dans un monde à la croisée entre Blade Runner et Star Wars. L’univers de Gossip Gobelin est une sorte de caverne d’Ali Baba de la science-fiction dystopique qui mérite totalement sa place dans des séries d’animation comme Love, Death and Robots de Netflix. Seulement voilà, ce réalisateur ne sort pas d’une école de cinéma ou d’animation réputée. Son travail a bien été généré par intelligence artificielle.

La narration avant tout

D’abord cantonnées à l’expérimentation esthétique puis au « slop », c’est-à-dire au contenu médiocre, déceptif et taillé pour capter l’attention, les vidéos générées par IA se traînent une sale réputation. Son écosystème créatif semble majoritairement composé de créateurs anonymes, souvent des jeunes hommes qui, depuis leur chambre, tentent de s’inscrire dans les tendances les plus virales, comme celles des fruits qui parlent ou des chats misogynes. Dans ce contexte, Zack London, l’humain derrière le compte de Gossip Gobelin, présente un parcours et une ambition bien plus originaux. Dans le portrait que lui consacre Hollywood Reporter, on apprend qu’il s’agit d’un ancien designer américain qui a officié chez Oculus, l’entreprise de réalité virtuelle rachetée par Meta en 2014. Après avoir expérimenté avec la technologie de la génération d’images et connu un bon succès en ligne avec un projet de récit de voyage dans un pays fictif basé sur Midjourney, Zack a produit plusieurs courts métrages qui détonnent par la place donnée à la narration.

@gossip.goblin

Trajectory of a Looksmaxxer Mirror Strand Lost Cycle of Humanity 04 MIRRO TERMINUS, 732,000 BCE

♬ original sound - Gossip Goblin

Comme au cinoche

Beaucoup de ses premières vidéos sont des vignettes animées au design très soigné et accompagnées d’une voix off qui est là pour donner du sens. Au fur et à mesure que la génération de vidéos a progressé, le format de ces aventures dystopiques s’est diversifié. Les personnages se mettent à parler entre eux et, depuis quelque temps, des scènes d’action, presque impossibles à envisager il y a quelques mois, ont fait leur apparition. Pour arriver à ce résultat, proche de ce que pourrait produire un petit studio d’animation professionnel, Zack London a adopté une méthode de travail plus complexe qu’un simple prompt acheté à un autre créateur ayant connu le succès. En fait, il suit presque à la lettre les étapes de la réalisation classique, avec un script écrit, un découpage plan par plan, des comédiens qui assurent le doublage et même des bruiteurs pour assurer l’ambiance sonore. L’IA est surtout utilisée pour définir l’aspect visuel et esthétique, la fabrication de milliers d’images et de clips vidéo à travers une vingtaine d’outils différents permettant notamment d’assurer une cohérence des personnages et des décors d’un plan à l’autre, ou bien encore une finesse dans les mouvements ou les expressions du visage. Le montage final se fait sur DaVinci Resolve, le même outil utilisé à Hollywood pour monter les blockbusters. Comme le dit Gossip Gobelin dans l’interview, « le travail artisanal traditionnel du cinéma reste donc essentiel ».

Les petits studios IA à l'assaut d'Hollywood

Face à son succès en ligne, Gossip Gobelin est à présent passé dans une autre catégorie de créateurs. London a récemment quitté son emploi dans la tech et levé un premier tour de table qualifié de « small round » par le Hollywood Reporter, sans montant précis, pour fonder Gossip Gobelin Inc. avec une petite équipe internationale. Le studio serait soutenu par des investisseurs ayant participé à des sorties à plusieurs milliards de dollars, selon le site officiel. Le pitch qu’il leur fait résume l’ambition : « raconter des épopées de science-fiction vastes et non filtrées, de manière fiable, avec une petite équipe ». Si le montant du deal reste inconnu, il signe une professionnalisation que Zack London n’est d’ailleurs pas le seul à viser. Depuis 2025, plusieurs mini-studios basés sur les outils d’IA générative ont vu le jour, comme Secret Level, qui a signé la publicité controversée de Coca-Cola, Promise, cofondée par Jamie Byrne, ancien cadre de YouTube, ou bien encore Asteria, soutenu par des anciens de DeepMind (l’ancêtre des IA visuelles) et adossé à la société de production de documentaires XTR.

Ces nouveaux acteurs semblent tenir le même discours rassurant : celui d’une IA qui trouve peu à peu sa place dans l’industrie cinématographique. « Nous voulons nous associer à Hollywood, pas le remplacer », résume ainsi Jamie Byrne de Promise. De son côté, Bryn Mooser, le patron de XTR qui soutient Asteria, est plus direct : pour lui, un film d’animation indépendant à 80 millions de dollars est aujourd’hui une impasse financière. Le même projet, réalisé avec des outils IA, pourrait passer sous les 10 millions. Ce qui semble se jouer en creux, c’est moins une histoire de « remplacement du cinéma par du prompt » que la fin du monopole de valeur des grands studios d’effets spéciaux, qui étaient jusqu’à présent les seuls à pouvoir produire des images spectaculaires. Face à la montée de mini-studios comme celui de Gossip Gobelin, The Animation Guild estime que plus de 100 000 emplois dans l’animation et les effets visuels américains pourraient être impactés dès 2026.

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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