Les personnages de la Skibidi Tentafruit

L’île de la Skibidi Tentafruit : ces short dramas générés par IA qui explosent sur TikTok

L’île de la Skibidi Tentafruit, Fruit Island… Sur TikTok, des pastiches de téléréalité mettant en scène des fruits anthropomorphiques pulvérisent les records de viralité de la plateforme.

« J’ai entendu Pastequo dire que tu es une tana ! », « Vous avez vu les bouts de viande qu’on a en face de nous ? », « Les filles sont jalouses de moi parce que vous voulez tous me doro et pas elle ». Ces punchlines au langage fleuri, qui ne parlent qu’aux moins de 25 ans, viennent toutes de L’île de la Skibidi Tentafruit, LE phénomène viral du moment sur TikTok.

Publiées sur le compte Onlymoviesfr, ces vidéos de cinq minutes cumulent jusqu’à 9 millions de vues par épisode en mettant en scène des fruits anthropomorphiques, très inspirés de la pub Oasis, dans un pastiche de l’émission L’Île de la tentation. On y retrouve les mêmes archétypes ultra-sexistes, avec des jeunes hommes musclés et obsédés sexuels, et des jeunes filles qui s’embrouillent et se trahissent, le tout présenté par une femme-poire qui résume les épisodes. C’est vulgaire, absurde et visuellement très attrayant avec des couleurs vives ; bref, c’est le produit parfait pour les plateformes vidéo en 2026. Mais, à bien y regarder, ce n’est pas vraiment le contenu des vidéos qui explique leur succès.

Une copie, d'une copie, d'une copie...

Pour comprendre comment un compte actif depuis seulement une semaine arrive à devenir l’un des points d’attention les plus forts de la génération Z et Alpha sur le Web, il faut se pencher sur ses coulisses de fabrication. En cliquant sur la biographie du compte, difficile d’en savoir plus sur l’identité du créateur. Tout ce qui s’affiche, c’est un mail (nous avons sollicité une interview, sans succès) et une autre série de vidéos en accès payant proposant aux viewers de « gagner sa vie sur TikTok ». Cette stratégie consistant à vendre une méthode ou un prompt après avoir percé sur la plateforme est classique pour tous les producteurs de contenus slop. C’est sans doute via cette méthode que le créateur derrière Onlymoviesfr s’est lancé. En effet, L’île de la Skibidi Tentafruit n’est pas une œuvre originale, mais plutôt une adaptation française d’une autre série, elle aussi très récente et très virale, intitulée Fruit Love Island.

Mise en ligne par le compte aiCinema, la série présente les mêmes ficelles : une présentatrice qui introduit l’épisode, des scènes de séduction et des réactions face caméra de Bananito et Frasalita. Le succès a été fulgurant, au point que le compte TikTok a gagné plus de 3,3 millions de followers et plus de 26 millions de likes en 9 jours, tandis que les vidéos ont cumulé plusieurs dizaines de millions de vues en quelques heures. Il s’agit tout simplement du compte le plus rapidement suivi de toute l’histoire de la plateforme. En l’espace d’une dizaine de jours, le succès de cette formule a donné naissance à une multitude de clones, tous centrés sur les mêmes intrigues amoureuses, dont une parodie d’une série à succès d’Amazon Prime intitulée L’été où je suis devenue fruitée.

Et il ne s’agit là que de la pointe la plus visible de l’iceberg. Sur TikTok et Instagram, il existe un océan de contenus basés sur des fruits anthropomorphiques qui interprètent ad nauseam des trames médiocres de soap opera ultra sexistes. Une clémentine homophobe qui met son fils à la porte après l’avoir surpris en train d’embrasser une fraise, une femme-brocoli enceinte qui jette son enfant à la poubelle, une femme-banane qui se fait mettre à la porte parce qu’elle a pété dans un jacuzzi… D’après le New York Mag, ces dessins animés, dont la direction artistique semble pompée sur les studios Pixar, sont tous issus du même workflow : la création d’un personnage sur Object Talk, un bot ChatGPT custom, et une animation sur l’une des nombreuses plateformes dédiées comme OpenArt.

Second degré et hate watching

La plupart de ces vidéos finissent dans les poubelles des algorithmes. Seule une petite partie arrive à capter suffisamment l’attention fatiguée des viewers pour devenir virale. Mais, en fin de compte, ce n’est pas réellement l’intrigue elle-même qui explique le succès de ces vidéos, mais plutôt les interactions des internautes dans les commentaires. Un peu à la manière des amateurs de nanards qui rigolent ensemble de mauvais films, les viewers de slop jouent à les prendre au sérieux. Ces derniers rivalisent de blagues, de punchlines et de commentaires exagérément enthousiastes qui cumulent eux aussi des likes et des réponses.

Cette double lecture, de la vidéo et des commentaires, est d’ailleurs très bénéfique pour les créateurs puisque chaque interaction augmente sa force algorithmique. Enfin, un dernier mécanisme vient augmenter la viralité de ces vidéos : il s’agit du hate watching, c’est-à-dire le visionnage de ces vidéos dans le but de les détester. Cette logique se joue surtout sur le réseau X et consiste à se positionner contre le slop pour mieux dénigrer son public.

C’est sur ce créneau que de nombreux youtubeurs se positionnent pour générer eux aussi du contenu de réaction et cumuler des vues. Comme quoi, sur Internet, le slop finit toujours par créer de la valeur, même si tout le monde semble le détester…

David-Julien Rahmil

David-Julien Rahmil

Squatteur de la rubrique Médias Mutants et Monde Créatif, j'explore les tréfonds du web et vous explique comment Internet nous rend toujours plus zinzin. Promis, demain, j'arrête Twitter.

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