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Une vie de 1000 ans est-elle possible ?
© Photo by Cristina Gottardi on Unsplash

Êtes-vous prêt à vivre 1000 ans ?

Le 16 déc. 2019

C’est le pari que s’est lancé Guilhem Velvé Casquillas, docteur en physique et fondateur de la société Elvesys, un laboratoire de recherche dédié à la compréhension et la lutte contre le vieillissement. Une quête à la fois scientifique et philosophique qui porte un nom : le longévisme.

Vous dites que le vieillissement devrait être traité comme une maladie à part. C’est-à-dire ?

Guilhem Velvé Casquillas : C’est une maladie qui touche tout le monde, est multicausale, est inscrite dans nos gênes et que nous n’avons jusqu’à présent jamais pu traiter. Or, 99 % des programmes de recherches en santé s’attachent à traiter les conséquences du vieillissement et non ses causes. Notre but est justement de traiter les 9 causes identifiées du vieillissement. Et on commence à avoir les outils pour cela, comme des thérapies cellulaires ou des thérapies géniques comme CRISPR-Cas9. Il est important de les traiter toutes en même temps, sinon on ne peut pas améliorer significativement l'espérance de vie humaine. Par exemple, même si on arrivait à guérir tous les cancers de l’humanité, l’augmentation de l’espérance de vie humaine ne serait que de 2,5 années.

Quand sera-t-il possible de contrer les causes du vieillissement ?

G. V. C. : Cela pourrait prendre plusieurs décennies. Dans ce cas, ce sont nos enfants et nos petits-enfants qui pourront en bénéficier. En revanche, s’il y a une prise de conscience plus rapide, nous pourrons peut-être en profiter et atteindre la vitesse d’échappement du vieillissement. C’est-à-dire gagner des années d'espérance de vie supplémentaires au fur et à mesure. Jusqu’à atteindre une espérance de vie de 100, 120 ou 150 ans en bonne santé. À peu de choses près, quand on dépasse 150 ans, une barrière saute et on peut viser une espérance de vie de 1000 ansUn pays comme la Chine pourrait aller plus vite car il est beaucoup plus simple de traiter directement les embryons, et elle est très libérale sur cette question. Donc je pense que la personne qui aura le plus de chance de vivre 1000 sera un jeune chinois qui naîtra dans les quarante prochaines années.

Une espérance de vie de 1000 ans… n’est-ce pas de la science-fiction ?

G. V. C. : On considère que le jour où un individu dépassera les 150 ans, c’est qu’on aura probablement réussi à traiter toutes les causes du vieillissement. On retrouvera alors le taux de mortalité d’un homme de 20 ans. À cet âge, on a très peu de risques de mourir d’Alzheimer, d’un infarctus ou d’un cancer, du moins lorsque l’on a un code génétique dit classique. Concrètement, dans l’année de vos 20 ans, vous avez une chance sur 1000 de mourir. Ce qui signifie que, s’il n’y avait pas le vieillissement, l’espérance de vie moyenne serait de 1000 ans. Après, on pourrait toujours mourir avant, mais ce serait à cause d’un accident, d’une maladie infectieuse ou d’une maladie rare…

Beaucoup d’acteurs du secteur privé, comme Google, se positionnent déjà sur ce marché. Ce business du non-vieillissement ne risque-t-il pas de renforcer les inégalités ?

G. V. C. : Cette question est un vrai challenge sociétal. On ne peut effectivement pas contrôler la philosophe d’une entreprise : elle peut choisir de faire une mise sur le marché à bas coût et pour tout le monde, ou au contraire à coût élevé, donc pour une élite. Mais la loi peut encadrer cela. Si on ne fait rien en revanche, et en l’absence d’un système politique adapté, les inégalités risquent effectivement de se creuser. Mais nous sommes déjà dans un monde médical à deux vitesses : en France nous sommes en pointe dans beaucoup de domaines, mais en retard sur d’autres, par rapport à la Silicon Valley par exemple.

Le philosophe François Jullien estime que c’est la perspective de la mort qui permet de rendre le présent plus consistant. Une espérance de vie de 1000 ans n’affadit-elle pas l’intérêt de la vie ?

G. V. C. : Tout est une question de point de vue. Pour nous, un être humain vit environ 80 ans, donc on trouve que vivre 10 ans, c’est court, et vivre 200 ans, c’est long. Avoir du temps devant soi permet de se projeter différemment, cela donne plus de perspectives pour réaliser ses projets. Ce qui donne le goût de la vie est indépendant de la durée. C’est le fait d’avoir des projets et la possibilité de les réaliser en bonne santé qui donne l’envie de vivre, donc d’avoir du temps et pas de limites. Mais le vieillissement est l’inverse de cela : ça tue les projets à long terme et ça nous enlève notre santé.

Mais n’est-il pas naturel de vieillir et de laisser sa place ?

G. V. C. : Nous sommes la seule espèce animale à avoir la certitude de sa propre mort, à avoir conscience de notre fin. Or, nous sommes tous programmés génétiquement pour la reproduction et l’instinct de survie. Donc, dire à une machine biologique programmée pour la survie, et qui a une conscience, « tu vas mourir et tu le sais », c’est quelque chose de totalement inacceptable. 

Voir le vieillissement comme quelque chose contre lequel il faut lutter, n’est-ce pas stigmatiser une partie de la population ?

G. V. C. : Je pense que cela permet au contraire d’offrir plus de possibilités à tout le monde. Le vieillissement est un processus de ralentissement du corps qui nous empêche de continuer à bien vivre. Ce n’est pas tant la question de l’âge que de la santé qui est en jeu. Ne vaut-il pas mieux vivre vieux et en bonne santé ?

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Sandrine Cochard - Le 16 déc. 2019
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