
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les sujets environnementaux sont de moins en moins présents dans les médias. Un phénomène dont l'épicentre se trouve aux États-Unis mais qui s'étend bien au-delà.
C'est l'une de ses marques de fabrique. En dehors des terrains de golf, Trump hait le green. Traduction : il veut éradiquer tout ce qui rapporte de près ou de loin à la protection de l'environnement.
Drill, baby, drill!
Premier défenseur des intérêts de « Big Oil », au point de transformer les États-Unis en un véritable pétro-État, le président américain s'est évertué dès sa réélection à entraver les politiques et engagements verts mis en place par ses prédécesseurs. Dernier exemple en date en février lorsqu'il a abrogé rien de moins que le texte qui servait de fondement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis. Une décision qui s'inscrit en parfaite cohérence avec la ligne officielle défendue par un chef d'État qui a qualifié à plusieurs reprises le réchauffement climatique de « canular » et dont l'administration a acté un nombre spectaculaire de reculs réglementaires en matière de protection de l'environnement. Le Climate Backtracker du Sabin Center de l'université Columbia en a ainsi recensé 304 en un an, soit un rythme de dérégulation quatre fois supérieur à celui de son premier mandat.
Une période (les années 2016-2020) au cours de laquelle la rhétorique anti-climat de Donald Trump n'avait pas véritablement trouvé d'écho en dehors de la MAGA-sphère. Une étude a montré au contraire que celle-ci avait rendu nombre de démocrates et indépendants encore plus convaincus de la réalité du changement climatique. De même, la couverture médiatique de ces enjeux, loin d'être altérée, était tendanciellement en progression et les grandes rédactions décidaient de renforcer leurs équipes chargées de la couverture des sujets climat.
“Democracy Dies in Darkness”
En 2022, le Washington Post se félicitait ainsi du triplement de la taille de sa rédaction climat pour couvrir ce que le journal qualifiait de probable « plus grand enjeu du siècle ». Trois ans et un changement d'administration plus tard, le même journal, joyau d'influence aux mains de Jeff Bezos depuis 2013, a annoncé une purge de sa rédaction concrétisée par le licenciement de 300 journalistes, dont la majorité des reporters environnement. Conséquence : l'équipe climat du « WaPo » est aujourd'hui réduite à peau de chagrin dans un contexte où Bezos soigne activement ses relations avec le président américain.
Un mouvement relativement similaire avait été observé quelques mois plus tôt lorsque CBS News est tombée dans l'escarcelle de David Ellison, patron pro-Trump de la nouvelle entité Paramount/Skydance. Dans la foulée de ce changement d'actionnaire, la majorité de l'équipe du service climat de CBS News avait été remerciée. De quoi faire trembler les reporters environnement de CNN alors que la vénérable chaîne d'information américaine risque, elle aussi, de se greffer au nouvel empire médiatique de David Ellison à la faveur du rachat annoncé de son entité mère, Warner Bros. Discovery, par Paramount Skydance.
Ces grandes manœuvres, symptomatiques de la guerre culturelle initiée par Donald Trump sur le terrain médiatique, se superposent à un constat redoutable. D'un côté, les effets du changement climatique ne cessent de s'intensifier aux États-Unis, frappés par des événements de plus en plus spectaculaires (incendies monstres de Los Angeles en janvier 2025, inondations dévastatrices au Texas en juillet 2025, vague de chaleur extrême en mars 2026 en Californie et en Arizona). De l'autre, la couverture des enjeux climat sur les principales chaînes américaines s'effondre.
Le climat ? Connais plus !
Selon le rapport annuel de Media Matters for America, la couverture des enjeux climat sur les trois networks historiques (ABC, CBS et NBC) a baissé de - 35 % en 2025 par rapport à l'année précédente. Media Matters relève qu'il s'agit de la troisième année consécutive de baisse. Avec un fait particulièrement marquant : les scientifiques et experts du climat, honnis par l'administration Trump, sont de moins en moins les bienvenus dans les reportages et sur les plateaux de ces chaînes. En 2024, Media Matters relevaient que 70 experts différents avaient été invités, dont 14 climatologues. En 2025, ce chiffre est tombé à 52 experts, dont à peine 7 climatologues. Résultat : la proportion d'Américains déclarant avoir entendu parler du changement climatique dans les médias une fois par semaine est passée de 35 % en 2022 à 17 % en 2025, selon un rapport annuel d'un programme de l'Université de Yale.
Un effacement qui va de pair avec la stratégie d'invisibilisation mise en place sous le second mandat Trump. Des expressions comme « sciences du climat » ou « énergie propre » ont ainsi été bannies de sites gouvernementaux tandis que climate.gov, plateforme d'information climatique de référence, a été liquidée. Craignant que le sujet ne soit plus électoralement porteur, des élus démocrates ont commencé eux-mêmes à s'autocensurer en évitant d'utiliser des expressions comme « urgence climatique ». Au sein des agences fédérales, les termes comme « climat » ou « changement climatique », jugés trop woke, sont remplacés par des expressions atténuées quand ils ne sont pas littéralement proscrits. Pour éviter de contrarier l'administration Trump et de perdre des subventions dans un contexte de raréfaction des fonds, les chercheurs eux-mêmes se sont mis à utiliser des expressions détournées comme « conditions météorologiques extrêmes ». « Nous avons constaté que des demandes de subvention qui ne mentionnent pas explicitement le changement climatique, alors qu'elles portent manifestement sur ses impacts, sont acceptées sans problème », commente un chercheur de l'Illinois auprès de Grist.
L’effacement du climat... un phénomène international
Si les États-Unis sont aujourd'hui l'épicentre de ce mouvement d'effacement du green dans les médias, la désaffection se mesure aussi à l'échelle mondiale. Selon un rapport de l'Observatoire des médias et du changement climatique (MeCCO) de l'Université du Colorado, la couverture médiatique du changement climatique a diminué de 14 % en 2025 par rapport à l'année précédente et de 38 % depuis 2021. Et la donnée est robuste : ce sont 131 journaux, stations de radio et de télévision répartis dans 59 pays et en 14 langues qui ont été monitorés.
Pour Max Boykoff, le chercheur qui dirige l'Observatoire, ce recul mondial s'explique en partie par la stratégie de l'administration Trump consistant à « inonder l'espace public d'informations dans de nombreux domaines ». Force est toutefois de constater qu'en Europe, le seul paramètre trumpiste ne suffit pas à expliquer le désintérêt général qui s'est installé pour l'écologie. Dans un mouvement bien moins brutal et assumé que celui de leur homologue outre-Atlantique, les dirigeants européens ont acté eux aussi de nombreux reculs en matière environnementale.
Beaucoup de fausses promesses et quelques îlots de résistance
Et là encore, la presse suit le mouvement. Selon l'Observatoire des Médias sur l'Écologie, porté notamment par le collectif QuotaClimat, le temps d'antenne consacré aux enjeux environnementaux a reculé de 30 % en France entre 2023 et 2024. En presse écrite, les promesses des directions de rédaction faites après le brûlant été 2022 et consistant à assurer une meilleure couverture de ces questions semblent, elles, avoir été remises au placard. En 2025, la part des articles de presse ayant couvert les enjeux environnementaux s'élève ainsi seulement à 6 % dans l'Hexagone.
Certains titres de presse résistent encore : c'est notamment le cas du Guardian outre-Manche et du journal Le Monde en France. Les données de l'Observatoire des médias sur l'écologie montrent également que les deux grands titres de la presse économique (Les Echos, La Tribune) suivent un mouvement iconoclaste en accroissant leur couverture des enjeux environnementaux. Ce qui pourrait apparaître comme une curiosité ne l'est pas, selon QuotaClimat, qui attribue ce résultat à « un traitement plus transversal - au sein de plusieurs rubriques » de ces questions. Il faut dire aussi qu'assureurs, banques et nombre d'entreprises ne peuvent feindre d'ignorer un changement climatique susceptible d'impacter lourdement leurs activités. Avec les scientifiques, les assureurs font ainsi désormais partie de la première force d'alerte sur les risques climatiques.
Ces résistances, aussi réelles soient-elles, ne changent pas la nature du tableau d'ensemble : alors que jamais les effets du changement climatique n'ont été aussi visibles et les reculs réglementaires aussi massifs, la couverture médiatique se trouve réduite à portion congrue. Preuve que le thermomètre de la presse, lorsqu'il est pipé, ne mesure en rien la température du réel. D'ailleurs, si l'offre déserte, la demande résiste. Lyndsay Layton, rédactrice en chef de la rubrique Climat du New York Times a ainsi déclaré que l'intérêt des lecteurs du Times pour l'information climatique « s'est accru en 2025 ». Ce qui rend d'autant plus saisissant le fait que ce même journal, pourtant champion de l'info climatique parmi les grands quotidiens historiques américains, ait vu sa couverture de ces enjeux fondre de 66 % entre octobre 2021 et aujourd'hui. Un rapport d'analyse de l'Institut Reuters pour l'Université d'Oxford enfonce le clou sur le décalage entre l'offre et la demande en confirmant que « l'intérêt pour l'actualité et l'information sur le climat demeure élevé et stable dans la plupart des pays, ce qui laisse penser que le recul de la consommation d'informations sur le climat est en partie dû à une offre réduite (notamment à la télévision) ».
Une tromperie savamment orchestrée
La conclusion est logique. Ce phénomène de désertion s'inscrit dans le prolongement du mouvement de backlash orchestré par les milieux réactionnaires et proches d'intérêts industriels hostiles à la transition, en particulier le secteur fossile, comme The Heritage Foundation aux États-Unis, un groupe de réflexion ultraconservateur et ouvertement climatodénialiste réputé être source d'inspiration pour l'administration Trump. En France, c'est l'empire de Vincent Bolloré qui souffle un vent hostile sur l'écologie, entre climatodénialisme, promotion du techno-solutionnisme et écrasement du sujet sous le poids de thèmes comme la sécurité et l'immigration. Le désert vert en expansion dans les rédactions est ainsi moins le reflet d'un désintérêt citoyen que de l'agenda politique que poursuivent certains propriétaires et éditeurs de presse et qui infusent dans tout l'écosystème médiatique. Un mécanisme sensiblement similaire à celui du backlash en politique.






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