Poteau électrique gigantesque, énorme usine dans un champ

Les GAFAM deviennent coproducteurs d'énergie… fossile

© Wim van 't Einde

Pour alimenter leurs data centers IA, les géants de la tech ont voulu s'affranchir du réseau électrique en produisant leur propre énergie. Bonne idée, mauvaise énergie : le modèle se déploie au gaz naturel, et les promesses climatiques des Big Tech sont en train de s'effacer.

Depuis plus d'une décennie, Amazon, Meta, Google et Microsoft comptent parmi les plus gros acheteurs d'électricité renouvelable au monde. Rien qu'aux États-Unis, les quatre mastodontes ont contracté pour 11,3 GW d'électricité renouvelable en 2024, soit l'équivalent de la capacité totale installée en Floride, troisième État le plus peuplé du pays. Leur modèle reposait essentiellement sur des PPA (Power Purchase Agreements), des contrats d'achat à long terme signés avec des fournisseurs d'énergie bas-carbone.

Mais avec l'IA générative, ces PPA ne suffisent plus. Les délais de raccordement au réseau deviennent rédhibitoires et la tension monte fortement autour des hausses du prix de l'électricité engendrées par la multiplication des data centers. Les GAFAM explorent donc d'autres options, et en particulier celle de la « colocation » : construire data centers, centrales et capacités de stockage dans un même parc industriel, reliés directement sans passer par le réseau. Google fait figure de pionnier. Fin 2024, la firme de Mountain View s'est associée à un développeur d'infrastructures et à un fonds d'investissement dans une joint-venture dédiée, avec la promesse d'une alimentation à 80 % décarbonée sur site.

Depuis, les promesses vertes ont pris du plomb dans l'aile. Selon un rapport de l'organisme de recherche Cleanview publié début 2026, 46 data centers américains prévoient de construire leurs propres centrales électriques. Et près de 75 % d'entre elles fonctionneront… au gaz (dit « gaz naturel » ), l'un des trois principaux combustibles fossiles qui contribuent au réchauffement de la planète. La colocation, censée libérer les GAFAM de la dépendance au réseau tout en verdissant leur bilan, est donc en train de devenir un accélérateur d'une dépendance aux fossiles dont le contexte géopolitique actuel rappelle toute la dangerosité.

Moonshots et marathons

Google en est une (chaude) illustration. Le quotidien britannique The Guardian vient ainsi de révéler que la firme envisage de s'alimenter via une centrale à gaz de 933 MW construite sur son campus « Goodnight » au Texas : une installation qui émettrait 4,5 millions de tonnes de CO₂ par an, soit davantage que l'ensemble de la ville de San Francisco. C'est le troisième projet gazier connu de Google en quelques mois, après des accords similaires en Illinois et au Nebraska. Microsoft n'est pas en reste et vient de signer un contrat avec la major pétrolière Chevron pour une centrale à gaz de 2,5 GW destinée à alimenter un campus de data centers au Texas. Dans l'État voisin de la Louisiane, Meta construit actuellement un data center géant en Louisiane qui pourrait couvrir « une partie significative de Manhattan » selon Mark Zuckerberg. Et pour l'alimenter, la maison mère de Facebook finance la construction de 10 centrales à gaz d'une capacité totale de 7,5 GW. Quant à Amazon, la firme de Jeff Bezos ne compte pas se laisser distancer dans cette course aux fossiles. Le géant mondial du commerce en ligne envisage lui aussi de recourir au gaz pour alimenter ses centres de données. 

Le recul climatique est documenté dans leurs propres rapports. Leurs émissions de gaz à effet de serre ont littéralement bondi : + 48 % pour Google depuis 2019, + 60 % pour Meta, + 33 % pour Amazon et + 23 % pour Microsoft. En 2025, Google a cessé de parler d'objectifs concrets pour 2030 et rebaptisé ses ambitions climatiques « moonshots » , un terme qu'il réserve aux projets spéculatifs qui « peuvent ne pas se concrétiser ». Quant à Microsoft, ses objectifs sont désormais décrits comme « un marathon, pas un sprint »

Le gaz représente déjà plus de 40 % de l'électricité alimentant les data centers américains, selon l'Agence internationale de l'énergie. Le charbon, autre combustible fossile, en assure lui 30 % à l'échelle mondiale. De solution propre, la coloc d'énergie semble bien en passe de devenir un nouveau problème majeur alors même que des chercheurs confirment que le réchauffement de la planète est en train d'accélérer.

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