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La blockchain va transformer les villes

À quoi sert la blockchain ? Donner des cours du soir en échange de la réparation de sa chaudière

Le 15 oct. 2018

Mobilités autonomes « as-a-service », très haut débit, infrastructures et réseaux intelligents, économies locales décentralisées…La blockchain promet d’accélérer la transition numérique des territoires en facilitant les transactions et les échanges. Comment ? On vous explique tout.

C'est à Brooklyn, un quartier à la pointe des technologies vertes, que l'on trouve l'un des tous premiers réseau décentralisé de production et de partage d'énergie. Baptisé Brooklyn Microgrid, ce système permet aux habitant-e-s de s'échanger l'électricité qu'ils produisent grâce aux panneaux solaires situés sur le toit de leurs immeubles. Sur l'île d'Yeu, un dispositif similaire a été mis en place pour favoriser l'autonomie énergétique de l'île. Les insulaires peuvent donc s'approvisionner en énergie produite localement. Ces deux expérimentations ont un point commun : elles fonctionnent grâce à la blockchain.

L'Internet des échanges

« Il faut voir la blockchain comme l’Internet des échanges » affirme Charles Kremer, directeur du programme « Territoires Intelligents » de l’Institut de Recherche Technologique SystemX. « Cette technologie permet de sécuriser les échanges entre plusieurs acteurs, de manière décentralisée. » Pour cet ingénieur spécialiste des nouvelles mobilités et des infrastructures numériques, la blockchain est une vraie technologie de rupture. Elle va faire évoluer de nombreux secteurs, de la fourniture à l’échange d’énergie, en passant par les nouveaux circuits de mobilité autonome ou les modes de gouvernance. « Aujourd’hui, les usages sont très centralisés et font intervenir une multiplicité d’acteurs : les fournisseurs d’énergie, les collectivités locales qui gèrent les transports…De plus les infrastructures associées à ces services sont contrôlées par ces intermédiaires à qui l'on confère un rôle symbolique de tiers de confiance. »

Dans les territoires intelligents de demain ce système sera bouleversé car les intermédiaires seront complètement supprimés au profit de la communauté des utilisateurs. C’est l’approche « as-a-service » que décrit abondamment l’essayiste américain Jérémy Rikfin dans son ouvrage L’âge de l’accès (La Découverte, 2005). Pour lui, dans ce système nouveau « les marchés laissent la place aux réseaux, les biens aux services, les vendeurs aux prestataires et les acheteurs aux utilisateurs. » La propriété s’efface, et seul l’usage demeure.

Un nouveau socle de confiance universel

Ainsi, poursuit Charles Kremer, « Les monopoles seront remis en question et le rôle de tiers de confiance sera assuré par la blockchain. Elle permettra aux utilisateurs et aux fournisseurs de services d’échanger entre eux directement. Les anciens intermédiaires devront se concentrer sur leur propre offre de service. » C’est le principe du pair-à-pair, que l’on retrouve dans de nombreuses applications, par exemple le covoiturage. Sauf qu’avec la blockchain, plus besoin d’interface sur laquelle se connecter pour chercher un trajet. Les conducteurs et les passagers peuvent échanger en temps réel, et ces transactions sont parfaitement sécurisées. Ce même principe garantit aux membres d’un même réseau de distribution d’énergie, les smart grids, d’échanger entre eux.

En fait, toutes les formes d’échange sont concernées (marchandises, datas, capitaux) car la blockchain permet d’assurer une traçabilité parfaite. Les échanges ne peuvent pas être piratés et les fraudes sont impossibles. Pourquoi ? Parce que la blockchain est une technologie distribuée : chaque transaction est enregistrée dans un registre, et cette empreinte numérique est stockée sur plusieurs espace de stockage, baptisés « noeuds ». C’est grâce à cette distribution que les tentatives de falsification ou de piratage sont impossibles. Prenons un cas concret : aujourd’hui il est très facile de falsifier le kilométrage d’un véhicule. Pour faire face à ces fraudes, des constructeurs (PSA, Renault) et des entreprises d’entretien (Midas, Norauto) travaillent à un « passeport décentralisé du véhicule » qui sera enregistré sur la blockchain. Celui-ci contiendra les informations relatives à la date d’achat, à l’état d’entretien, au kilométrage. Tout le monde pourra consulter ces informations, de manière universelle, ce qui rendra la fraude aux véhicules impossible.

Si l’on se projette dans la ville intelligente de demain, tous les véhicules en seront équipés. En fait, cette même ville sera sillonnée de véhicules autonomes (navettes ou voitures), de vélos en libre service ou de trottinettes électriques. Les utilisateurs pourront s’abonner à ce service pour se déplacer, et ils pourront librement passer d’un moyen de transport à un autre. C’est ce qu’on appelle la multi-modalité. La blockchain interviendra pour faciliter et fluidifier les transactions entre les différents opérateurs de service, en temps réel. Et elle sécurisera l’intégralité des flux de datas.

Vers une économie locale et circulaire

Pour échanger de la valeur (data, marchandises, énergie, capitaux, services) sans intermédiaires, la blockchain s’appuie sur les cryptomonnaies. Les plus célèbres sont le bitcoin ou l’ether, mais il en existe des milliers à ce jour.

À un niveau très local, elles pourront par exemple être utilisées par les habitants d’un éco-quartier. Dans les immeubles de demain, il sera possible de se connecter à une application centralisée pour connaître en temps réel l’état général du bâtiment (fuites d’eau, ascenseur en panne) ou bien d’accéder à des services de conciergerie (livraison à domicile, garde des enfants). Autre exemple : une personne pourra décider de donner des cours du soir, en échange d’un service pour réparer sa chaudière. Ces transactions seront effectuées en direct grâce à des tokens. Avec cette approche, la gouvernance sera simplifiée, l’économie entre les habitant du quartier sera locale et circulaire.

La token economy n’en est qu’à ses prémisses, mais des applications concrètes ont déjà vu le jour. C’est le cas par exemple à Lyon où les immeubles d’habitation, commerce et bureaux de l’éco-quartier Confluences produisent leur propre énergie. Bouygues Immobilier y a développé, en partenariat avec Enedis et Schneider, une plateforme utilisant la blockchain pour leur permettre de s’échanger à prix coûtant l’électricité qu’ils produisent en fonction de leurs besoins. Un commerce pourrait par exemple faire appel à la production des panneaux solaires de bureaux fermés le weekend.

La blockchain promet d’apporter une rupture aussi importante qu’Internet en son temps. Comparer ces deux technologies est d’ailleurs utile pour bien saisir les contours de cette révolution. Ainsi, si Internet a permis l’explosion de l’échange d’information, la blockchain va permettre la démultiplication de l’échange de valeur. Certains pays font déjà la course en tête et investissent massivement dans cette technologie pour le développement de leurs territoires. C’est par exemple le cas de Dubaï ou de la très technophile Estonie.

Image de couverture : Getty Image


Cet article est paru dans le hors-série Le Génie Collectif réalisé en partenariat avec EDF dans le cadre des Electric Days 2018.

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