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Bienvenue dans un monde fragile

Avec AXA
© Sigmund

Nos grands systèmes globalisés sont-ils trop gros pour survivre ? De l'ONU à la pop culture, en passant par nos infrastructures vitales, tout vacille. Le rapport d'AXA « Et si… nous expérimentions le futur ? » explore ces points de rupture. Et si la fragilité n'était pas une fatalité mais un appel à l'action ?

Nous sommes le 17 mars 1960 dans les jardins du Musée d'art moderne de New-York. Une sculpture machine de 16 mètres de long composée d'innombrables pièces de récupération se met en branle avant de s’autodétruire dans un déluge de flammes et de fumée. Avec « Homage to New-York » , Jean Tinguely révèle la fragilité des machines, de l’ordre établi, des systèmes. 65 ans plus tard, cette symphonie de l’autodestruction semble plus prémonitoire que jamais. Les grands systèmes, que nous tenions pour acquis, se révèlent chancelants. La fragilité devient un indicateur, que l’on mesure par exemple dans une étude annuelle de l’OCDE, sobrement intitulée États de fragilité. Celle-ci s’appuie sur 56 indicateurs de risque et de résilience pour rappeler que « le niveau de fragilité dans le monde continue de se maintenir à un niveau quasi inégalé » . Avec son rapport de prospective Et si... nous expérimentions le futur ? , AXA adopte une approche plus créative, et projette un certain nombre de points critiques de vulnérabilité dans l’avenir. Une manière de cultiver notre capacité d’adaptation en période d’incertitude.

Les grands systèmes en crise

« On ne peut pas se soustraire à la vulnérabilité […]. Toutefois, la manière dont se développent et fonctionnent les espaces contemporains mondialisés amplifie structurellement leur fragilité systémique, et crée, à mesure même qu’ils évoluent, les conditions de leur ébranlement et même de leur altération sévère par la catastrophe » . Le géographe Michel Lussault résume ici la fragilité paradoxale de nos systèmes naturels, énergétiques, politiques ou culturels, interconnectés à l’échelle globale. D’autres, comme Edgar Morin, évoquent une situation de polycrise pour décrire une idée similaire : notre monde serait en train de passer de Too Big to Fail à « trop entrelacé pour être découplé », selon les termes de l’analyste géopolitique Simone Urbani Grecchi. La dimension systémique des fragilités est au cœur du rapport de prospective Et si… nous expérimentions le futur ? d’AXA. Elle s’incarne dans un scénario de contamination de l’eau potable à Amsterdam, évocation salutaire de la vulnérabilité de nos infrastructures vitales, souvent invisibles. Elle prend la forme d’un effondrement de l’ONU, facteur de désordre mondial et invitation à repenser l’idée de coopération.

Une question d’échelle ?

Parfois inquiétantes, ces projections sont toujours éclairantes : elles nous permettent de constater que la fragilité ne mène pas toujours au désastre. Pour reprendre les termes de Paul Ricœur, le fragile s’oppose au tragique dans le sens ou « il appelle à l'action, en vertu d'un lien intrinsèque avec l'idée de responsabilité ». Aujourd’hui, cette responsabilité s’incarne peut-être dans une capacité à remettre en question l’échelle globale, au profit de formes plus fragmentées, locales, distribuées. « Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros », déclarait Leopold Kohr, théoricien de la fameuse taille humaine dans un ouvrage de 1957 devenu culte : The Breakdown of Nations. « Small is beautiful », dira l’économiste Ernst Friedrich Schumacher 20 ans plus tard dans un livre tout aussi important. En 2025, ces deux références n’ont pas pris une ride, alors que l’on réserve notre confiance au petit, au proche, au local. Symbole du phénomène, le maire est la dernière figure politique à conserver l'adhésion des Français (à 69 %).

Puissante vulnérabilité

Ce contexte de crises et de transitions constitue un terreau favorable à l’émergence de nouvelles notions, propres à gérer ou atténuer les états de fragilité. Le cosmolocalisme décrit par exemple une articulation heureuse du global et du local dans un nouveau paradigme pour les activités humaines. De la globalisation économique, informationnelle et technologique, le concept retient la capacité des connaissances à circuler librement à l’échelle mondiale. De la production locale, il retient le caractère raisonné, durable, ancré dans un territoire, à une petite échelle qui permet l’innovation au plus près des besoins. Cette nécessité d’articuler local et global se retrouve naturellement au cœur des scénarios du rapport Et si... nous expérimentions le futur ?. On y découvre une pop culture tiraillée entre puissance globale et fragmentations régionales. On y explore le renouveau d’une France des bars et des cafés, fatiguée du cyberspace mondialisé.

Dans un autre ordre d’idée, la notion très discutée de robustesse répond à la vulnérabilité en prônant une sortie du culte de la performance. Conceptualisée par Olivier Hamant, directeur de recherche à l’INRAE, elle est décrite comme « le maintien d'un système stable malgré les fluctuations ». Au cœur du projet, on trouve une défense de la sous-optimalité des systèmes, inspirée du vivant. En ne visant jamais le maximum des capacités, cette dernière offre en effet la capacité à pallier les aléas et créer des systèmes robustes. Cette notion trouve des échos évidents dans les scénarios développés par AXA. Elle s’incarne en particulier dans la description d’une Europe capable de prendre le leadership sur un monde post-croissance, capable de redéfinir la prospérité, de sécuriser l’essentiel et de se contenter du suffisant plutôt que du maximum.

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