Willy Braun, President de Citadelle

Willy Braun est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
W.B. : Mon parcours suit un même fil rouge : créer des espaces où l’intelligence collective peut s’exprimer. Qu’il s’agisse d’investir dans des fondateurs de startups technologiques, d’écrire sur le financement ou le marketing de l’innovation, ou de construire des organisations fondées sur la force des communautés comme France Digitale, daphni ou Galion.exe, j’ai toujours cherché à relier les personnes, les idées et les pratiques pour faire émerger de nouveaux cadres de pensée et d’action. À la croisée de l’investissement, de l’écriture et de la pédagogie, mon travail vise à amplifier l’expertise des autres et à structurer des écosystèmes capables d’apprendre par eux-mêmes.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
W.B. : Ce qui m’anime, c’est de comprendre les évolutions sociales et d’accompagner la transformation de la société par la technologie : rester au plus près des avancées techniques, observer leur diffusion dans les usages et saisir ce qu’elles transforment dans nos croyances et nos pratiques. J’essaie d’être un facilitateur : faire circuler la connaissance, relier les talents et créer les conditions de l’émergence, qu’il s’agisse d’idées, de projets ou d’écosystèmes.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
W.B. : En 2006, la rencontre avec Muhammad Yunus et Amartya Sen m’a marqué par le passage du mythe à la réalité : voir deux figures presque légendaires devenir humaines, proches, faillibles, m’a laissé une sensation de possible infini.
En 2009, lors du premier Startup Weekend que j’organise, ce possible s’est incarné dans l’action : avec un peu d’énergie, il devenait possible de rassembler des talents et d’orienter des forces collectives bien supérieures à la sienne.
En 2012, la publication de mon premier livre, distribué et récompensé par la Fnac, m’a donné le goût de chercher et produire du savoir et de le voir circuler efficacement.
En 2013, la création d’un lobby non partisan m’a appris l’importance de défendre un système équilibré plutôt que des intérêts particuliers.
Et en 2015, la création de mon premier fonds m’a fait mesurer le vertige et la responsabilité qu’il y a à infléchir des trajectoires entrepreneuriales à plus grande échelle.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
W.B. : Citadelle (Saint-Exupéry) : œuvre inachevée et pourtant complète, par la beauté des mots, la densité des images et la sensation de responsabilité qu’elle fait naître.
Les Frères Karamazov (Dostoïevski) : la complexité de l’existence et la multiplicité des perspectives ; le chapitre du Grand Inquisiteur reste l’un des sommets de la littérature mondiale.
Risibles amours (Kundera) : la beauté de la langue, la subtilité de la construction, et cette exploration du non-dit, de l’invisible.
Martin Eden (Jack London) : l’arbitraire des positions sociales, la tension entre idéal et reconnaissance, et le coût des conventions.
Des souris et des hommes (Steinbeck) : la vulnérabilité humaine et la pureté de la solidarité.
Le Vieil homme et la mer (Hemingway) : la noblesse de l’action pour elle-même, l’abandon digne.
Alice au pays des merveilles (Carroll) : le jeu de la logique et de l’absurde, l’interrogation sur l’identité et la puissance prescriptive du langage.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
W.B. : La diffusion généralisée de l’intelligence artificielle me semble être le changement le plus déterminant, non seulement par son ampleur mais par la vitesse et la profondeur de son intégration. Elle s’infiltre dans tous les secteurs, avec des points d’inflexion particulièrement nets et que je suis avec grand intérêt dans la biologie végétale et humaine, la défense, la finance, l’assurance et le droit, mais également dans trois modalités clefs : la donnée tabulaire (décision et scoring), l’image (vision et diagnostic) et la voix (interface et cognition partagée).
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
W.B. : Je suis particulièrement fier d’avoir contribué au festival Moving Forward, porté avec brio par Laëtitia Daché et la compagnie CONTRA, une initiative remarquable qui met en lumière la création chorégraphique contemporaine et le travail de femmes chorégraphes.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
W.B. : Je cultive la curiosité en entretenant un flux constant d’exploration et de partage : lectures, rencontres, événements, conversations avec des fondateurs, des chercheurs et des dirigeants de grands groupes. L’enjeu n’est pas seulement d’accumuler des idées, mais de les diffuser et de les relier. C’est le rôle que je donne à nos newsletters, notamment Libido Sciendi (libido-sciendi.com), où j’essaie de transformer ces découvertes en cadres de pensée utiles à la communauté.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
W.B. : La pensée systémique, et plus particulièrement le courant de Palo Alto (Watzlawick, Bateson, Jackson). Leur approche des interactions, de la communication et du changement m’inspire beaucoup dans la manière de comprendre les dynamiques collectives et d’accompagner les organisations.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
W.B. : Continuer à rencontrer les esprits formidables qui composent Le Shift : des personnes créatives, audacieuses, curieuses et collaboratives, animées par une vraie humilité. Et y apporter ma perspective d’investisseur, ancrée dans la technologie mais ouverte à tout ce qui la dépasse : les idées, les usages, les imaginaires.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
W.B. : Contribuer, à mon échelle, à faire de l’Europe un acteur clé de la nouvelle révolution industrielle portée par l’intelligence artificielle, et veiller à ce que sa diffusion reste synonyme de progrès, économique, social et humain.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
W.B. : Crescit Eundo : l’idée que le mouvement, la curiosité et l’action sont les conditions mêmes de la croissance, personnelle et collective.
Vivez des expériences imaginées par L’ADN, et construisez votre réseau d’acteurs du changement.
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