livre des tendances 2026
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    Lucie Basch, Fondatrice de Too Good To Go et de Poppins

    Lucie Basch

    Lucie Basch est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    L.B. : Je n’ai pas grandi avec le rêve de devenir entrepreneuse, mais j’ai toujours voulu avoir de l’impact. Quand j’ai pris conscience de l’absurdité de notre système alimentaire - nous jetons plus de 40 % de la nourriture que nous produisons sur la planète - je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. J’ai compris que l’entreprise pouvait être un véhicule puissant pour agir à grande échelle. Cette conviction ne m’a jamais quittée. C’est aussi ce qui m’a amenée, près de dix ans après Too Good To Go, à lancer Poppins, ma nouvelle aventure entrepreneuriale qui s’attaque à une autre forme de gaspillage : ces objets et équipements que l’on fait fabriquer à l’autre bout du monde pour ne les utiliser que deux fois dans l’année et qui s’entassent dans nos foyers déjà débordants.

    Mon fil rouge a toujours été d’entreprendre des projets qui font du bien, dans ma vie personnelle et professionnelle, en changeant nos petits gestes du quotidien qui, mis bout à bout, peuvent vraiment faire la différence.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    L.B. : Je ne bois plus de café ! Et ça fait un bien fou en termes d’énergie justement ! Il faut être bien accrochée en ce moment pour continuer à se lever le matin et garder de l’espoir. Mon refuge, c’est la Climate House, ce lieu qu’on a créé avec 170 entrepreneurs et qui rassemble des personnes qui veulent accélérer la transition : des scientifiques, des associations, des artistes, des étudiants, des investisseurs, des chefs d’entreprise.

    Dans le contexte actuel, ça fait du bien d’avoir un endroit où l’on peut se retrouver et faire front. Et de plus en plus, je me dis que ce lieu a vocation à devenir un espace de résistance et de lumière face à l’obscurantisme de notre époque.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    L.B. : Après avoir déployé Too Good To Go aux États-Unis pendant plus de deux ans, j’ai ressenti le besoin de me recentrer. Je passais ma vie dans les avions pour lancer ville après ville. Il y avait quelque chose de profondément paradoxal à vouloir préserver la planète en luttant contre le gaspillage alimentaire, tout en l’abîmant par ce rythme effréné de déplacements.
    Je me sentais aussi déconnectée de la nature, prise dans une spirale de croissance forcée permanente. J’ai ressenti le besoin de me connecter à moi-même, à mon envie de ralentir, de retrouver un peu d’équilibre.
    C’est à ce moment là que j’ai découvert, un peu par hasard, mon paradis à moi, dans le Morbihan, et où je passe depuis la moitié de mon temps.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    L.B. : Les ouvrages de Jean-Pierre Goux me permettent de rêver et de me projeter dans un scénario où on pourrait, ensemble, sauver la planète.
    Je me donne aussi du mal pour suivre le conseil avisé de Jacques Attali : lire au moins 30 minutes par jour, sans aucune interférence : pas de téléphone, pas d’interruption. Permettre au cerveau de prendre le temps un peu chaque jour, est essentiel selon moi.
    Enfin, je m’évade vraiment grâce à la musique. De la techno à la musique classique, je passe aussi du temps à apprendre sur la vie de ces compositeurs dont l'impact traverse les siècles.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    L.B. : Si l’on veut réellement avancer sur la transition, il faut gagner la bataille culturelle. Il faut raconter l’écologie autrement, la rendre désirable pour massifier de nouveaux comportements.
    La prise de conscience a beaucoup progressé ces dernières années, mais on voit encore peu de changements d’échelle. Et ce n’est pas étonnant : on associe encore trop souvent l’écologie à de la contrainte, à l’idée de faire “moins” ou “moins bien”. Ce n’est pas comme ça qu’on va embarquer les gens.
    Personnellement, j’ai toujours trouvé que matraquer le mot sobriété c’était presque se tirer une balle dans le pied. Je préfère le terme anglo-saxon sufficiency : être en suffisance. L’idée n’est pas forcément de consommer moins, mais de consommer mieux - ce qui nous suffit vraiment - en adoptant des réflexes qui font simplement plus sens.
    Ça fait plus de 80 ans qu’on nous explique qu’acheter, accumuler, posséder est le marqueur social ultime. On voit bien où ça nous a menés. C’est pour ça que je crois profondément à l’économie de l’usage, et que je trouve enthousiasmant d’adopter des réflexes comme la location d’objets sur Poppins.
    Au fond, on doit réussir à se dire que la fête n’est pas finie, elle sera simplement différente.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier ?

    L.B. : Nous avons repris dernièrement, avec trois copains entrepreneurs, un lieu absolument magique à Paris qui s’appelle Plantation, une ferme urbaine de 7 000 m² perchée sur les toits face au Sacré-Cœur.
    Nous avions à coeur de réouvrir cet écrin de verdure au coeur du 18ème arrondissaement aux riverains, au grand public le weekend et aux événements entreprise la semaine.
    A Plantation Paris, on est à 9m de hauteur, entre un grand potager en agroécologie et une serre horticole qui produit des micro-pousses et des aromatiques, un bon bol d'air frais !

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    L.B. : Je crois que ça se joue beaucoup dans mes relations. J’ai des amis très proches qui vont de la Gen Z jusqu’à des amis qui ont plus de 80 ans et dont j’apprends énormément.
    Je navigue entre mes amis écologistes, plus ou moins radicaux, et les cercles de dirigeants de grandes entreprises. J’essaie de ne pas mettre d’étiquettes ni de ranger les gens dans des cases : j’ai besoin de nuances pour m’éclairer.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    L.B. : J’ai toujours été très impressionnée par la vision de l'entreprise d’Yvon Chouinard. Il est parti d'un besoin de passionné d'escalade, a monté une entreprise qui prend position de façon très engagée, qui s'oblige à faire les choses bien et à définir le futur de l'outdoor.
    Pour couronner le tout, quand Yvon a décidé de céder son entreprise, évaluée à plusieurs milliards, à la Nature, et ça a inspiré le monde entier : « La Terre est désormais notre seul actionnaire. ».
    Si notre économie était dirigée par davantage d’Yvon Chouinard, le monde tournerait sans doute un peu plus rond.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    L.B. : À chaque événement auquel j’assiste, je suis touchée par la justesse des thèmes choisis, par la qualité des intervenants et par l'introduction artistique. Après une intense journée de travail sur mes sujets, je suis vraiment contente de pouvoir faire confiance à l’ADN pour m’emmener ailleurs. J’espère pouvoir y apporter mon énergie, mes réflexions et mon envie de changer la société !

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    L.B. : Mon rêve, c’est que la location devienne complètement ancrée dans le quotidien des Français. J’aimerais que, comme on dit aujourd’hui « je récupère mon Too Good To Go », on puisse dire demain : « je vais chercher mon Poppins » !
    Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire pour déconstruire des réflexes ancrés depuis plusieurs décennies, mais j’y crois profondément, l’économie d’usage, c’est le next big thing.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    L.B. : Frédéric Laloux cite souvent cet architecte américain, Richard Buckminster, connu pour sa vision des problèmes mondiaux. Il dit : “Pour changer quelque chose, créez un nouveau modèle qui rend l’ancien obsolète”. Je trouve que ça résume bien ce que beaucoup d’entre nous font au quotidien, avec beaucoup de créativité et de courage.

     

     

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