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Doper les couples pour éviter le divorce, la nouvelle lubie des techbros

© Dust CT

L’amour sous ordonnance ? Palmer Luckey imagine de l’ocytocine pour sauver les couples au bord du divorce. Une idée qui en dit long sur le rêve tech d’optimiser jusqu’à nos sentiments.

Dans My First Million, podcast américain de business, les animateurs Sam Parr et Shaan Puri rapportent une réponse donnée par Palmer Luckey lors d’une conférence. Le cofondateur d’Oculus et d’Anduril, entreprise de défense, devait imaginer la startup qu’il lancerait s’il repartait de zéro. Sa réponse : une entreprise d’ « oxytocin doping » pour en finir avec « la tragédie du divorce ». Il imagine que l’ocytocine, surnommée « hormone de l’attachement », serait administrée en thérapie conjugale pour maintenir les couples en crise, « pour que les couples en crise restent ensemble, notamment pour les enfants ». La relation amoureuse entre à son tour dans le champ de l’optimisation…

Interrupteur hormonal

Le raisonnement est typique du tech bro démiurge : partir d’un problème intime, isoler un mécanisme biologique miracle et confier à une startup le soin de corriger la trajectoire. La Cleveland Clinic rappelle toutefois que l’ocytocine joue un rôle dans certains comportements sociaux, mais que son surnom d’ « hormone de l’amour » simplifie beaucoup les choses. Une revue scientifique publiée dans Perspectives on Psychological Science conclut que ses effets sont hétérogènes et rarement répliqués. En 2023, une étude publiée dans Neuron, relayée par NPR, a montré que des campagnols de prairies, « modèles d'attachement » selon Le Monde, dépourvus de récepteurs à l’ocytocine formaient des couples. Le lien social ne reposerait donc pas sur un interrupteur hormonal — nous voici rassurés.

On imagine que la promesse pourrait séduire les amateurs de peptides et autres optimisations hormonales. Dans des propos rapportés par TechTimes UK, Luckey décrit l’ocytocine comme facile à se procurer et présente cet espace comme peu régulé. Mais les sprays nasaux préparés et vendus par certaines pharmacies américaines ne sont pas approuvés par la FDA. Un essai randomisé publié en 2025 auprès de 96 couples suivis pour des problèmes d’alcool n’a trouvé aucun bénéfice supplémentaire sur le fonctionnement de la relation par rapport à un placebo. Même chez les biohackers, l’enthousiasme a ses limites : l’hormone ne fabrique pas l’amour, elle amplifierait au mieux ce qui existe déjà. Quand les sentiments ne suffisent plus, reste alors une question : qui déciderait qu’un couple mérite d’être sauvé, et avec le consentement de qui ?

Carolina Tomaz

Journaliste, rédactrice en chef du Livre des Tendances Business de L'ADN.

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