
À coup de mèmes, de détournement et d'humour féroce, la tentative de récupération politique de la mort de l'influenceur s'est finalement soldée par un flop.
« We are Charlie Kirk, we carry the flame, We'll fight for the Gospel, we'll honor his name… » Un an après l'assassinat de l'influenceur d'extrême droite Charlie Kirk, la musique générée par IA censée lui rendre hommage retentit à nouveau sur les réseaux sociaux. Mais ce morceau réputé « tellement mauvais qu'il en devient bon » ainsi que les mèmes qui l'accompagnent, sont largement utilisés par les internautes pour moquer l'assassinat, ou plutôt, sa récupération.
Happy kirkversary !
Ce 10 septembre 2026 a été collectivement désigné par les trolls (plutôt de gauche) comme le « kirkversary » (ou kirkiversaire en français), un anniversaire qui consiste surtout à balancer le plus de mèmes possible et d'énerver au passage les militants pro-Trump qui avaient fait de l'influenceur une figure de martyr. Le visage de Kirk est très souvent « swappé » sur le corps d'acteurs dans des extraits d'autres vidéos, ou bien il est mis en scène avec d'autres personnalités controversées comme Jeffrey Epstein.
Sa veuve Erika Kirk n'est pas non plus épargnée. Cette dernière est bien souvent présentée comme une star de la scène en train de « performer » son deuil de manière spectaculaire.
Jugée « cruel » par les militants conservateurs, cette farandole de mèmes qui ressemble à un carnaval numérique est avant tout une réaction à la manière dont la machine politique et médiatique américaine a tenté de transformer Charlie Kirk en une figure sacrificielle. Pour le comprendre, il faut effectuer un petit retour en arrière.
« AI-generated martyr »
Le 10 septembre 2025, la vidéo choquante montrant l'assassinat frontalement est massivement partagée sur les réseaux. Aussitôt, l'appareil politique au pouvoir se met en ordre de marche. La gauche a aussitôt été désignée comme responsable du meurtre. Steve Bannon a déclaré que la guerre était ouverte tandis qu'Elon Musk a qualifié la gauche de « parti du meurtre ». Dans la foulée de ces envolées lyriques, une première vague d'images et de vidéos générées par IA fait son apparition sur les réseaux. Il s'agissait surtout d'hommages premier degré, générés par les militants républicains et mettant en scène Charlie Kirk dans la peau de Jésus ou bien en train de rejoindre le paradis avec des ailes d'ange. Le phénomène a été tellement fort que The Conversation l'a qualifié « d'AI-generated martyr ».
Cette sanctification ne s'arrête pas là. Les obsèques spectaculaires de l'influenceur qui ont réuni près de 100 000 personnes au State Farm Stadium de Glendale, en Arizona ont été l'occasion pour sa veuve de procéder à un pardon public du meurtrier présumé pendant que plusieurs intervenants ont comparé le débatteur spécialisé dans le rage bait à George Washington, Jésus ou Moïse.
Le contraste entre le faste de la cérémonie et l'hystérie politico-religieuse qui a entouré l'événement a naturellement généré sa propre contre-réaction. Face à ce contenu slop bien souvent créé par des boomers ou des fermes de contenu étrangères, les internautes se sont lancés dans une entreprise de désacralisation de l'image de Kirk. Son visage se trouve collé par IA sur un GIF de l'influenceur IShowSpeed, puis sur Travis Scott, Diddy, Kash Patel (le directeur du FBI qui menait à ce moment-là une enquête brouillonne sur le meurtre). À partir du mois d'octobre, le phénomène est devenu suffisamment massif pour qu'on parle de « kirkification ».
Comme l'explique le youtubeur Brogan Woodman de la chaîne Art Chad, cette manie de mettre le visage de l'influenceur sur d'autres personnalités est née dans la foulée d'une véritable répression de la liberté d'expression en ligne. Dans un contexte particulièrement tendu, critiquer les prises de position de Charlie Kirk sur les armes à feu, l'avortement, les droits des LGBTQ+ ou l'immigration est devenu un motif de sanction. Un rapport Reuters datant de novembre 2025 montre que plus de 600 personnes ont subi des représailles allant de la perte d'un emploi à des enquêtes de police en passant par des sanctions professionnelles, pour avoir fait des remarques ou des blagues sur l'événement.
Un purgatoire numérique
Malgré la propagande massive qui a suivi la mort de Charlie Kirk, la droite américaine n'a jamais vraiment pu imposer son narratif à la face du monde. La kirkification l'a plus ou moins empêché en projetant de manière absurde le visage de l'influenceur aux quatre coins du web au point de faire imploser le spectacle politique qui avait été initié au moment des funérailles. Encapsulé à jamais dans des milliers de mèmes générés par IA, Kirk est pour ainsi dire enfermé dans une sorte de purgatoire numérique rendant l'évocation de son souvenir impossible sans un petit rictus sardonique.






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