
À l’approche de la rentrée, des étudiantes britanniques racontent avoir été approchées par des sociétés étrangères qui leur proposent plusieurs milliers de livres pour leurs ovocytes.
« L’entreprise m’a dit qu’Oxford, Cambridge et les universités de l’Ivy League étaient les plus recherchées pour les donneuses d’ovocytes, mais que mon profil était acceptable en théorie », raconte Jemimah dans une enquête parue le 25 aout dernier dans The Independent. Étudiante à l'Université d'Édimbourg, à 21 ans, Jemimah a déjà été contactée l’an dernier par deux organisations étrangères de don d'ovocytes. Elles lui ont proposé entre 3 000 et 9 000 livres. Cette année, elle a décidé de donner suite. Un cas isolé ? Pas vraiment.
La chasse aux œufs est ouverte
Brillante, belle, sportive de haut niveau en excellente santé, à 21 ans, Ellie sait que ses ovocytes ont de la valeur. Depuis le début de ses études à Cambridge, elle en a vendus à trois reprises. Au total, cela lui aura rapporté 10 000 livres raconte-t-elle à The Independent. « Ça a complètement transformé mon expérience universitaire et ma vie », dit-elle. Et pour cette rentrée, la société avec laquelle elle travaille lui a proposé de franchir une étape. Plusieurs couples sont prêts à payer jusqu'à 90 000 livres pour une « gestation pour autrui ». Cette fois, il s’agirait de porter l’enfant et Ellie s’interroge. Peut-être qu’elle va prendre une année sabbatique pour ce projet.
L’enquête de The Independent donne peu de chiffres. Dans les plus prestigieuses écoles anglaises, « des centaines d’étudiantes » auraient été approché, mais combien ont répondu à l’appel ? On ne peut pas savoir. Mais ce démarchage intensif illustre le décalage patent entre une demande croissante et un nombre insuffisant de donneuses. En France, selon l’Agence de la biomédecine, le manque d’ovocytes est mesurable : au 31 décembre 2025, 2 720 personnes étaient en attente d’un don tandis que 1 050 femmes avaient été candidates au cours de l’année. Le délai moyen d’attente serait d’environ 22 mois.
Une histoire de chiffres
Si on comprend les raisons de la demande côté couples, côté étudiantes, ce type de deal résout aussi des difficultés. « J'ai grandi en rêvant d'une université comme dans Histoire secrète (roman culte sur un cercle d'étudiants en lettres classiques fasciné par le mystère et l'érudition élitiste, jusqu'au crime très cité sur les réseaux - NDRL), vous savez, avec ce côté obscur et ses sociétés secrètes, et c'est sans doute ce qui m'a attirée à Édimbourg. Mais en réalité, je vis chez une tante loin de la ville, car c'est tout ce que je peux me permettre. Je travaille dans un café et je fais des livraisons pour un supermarché ; je n'ai absolument pas le temps de discuter de Kierkegaard, et encore moins d'aller à des bals masqués. » explique Jemimah. Quant à Ellie, elle ne regrette pas son choix : « J'ai pu quitter mes deux emplois, rembourser mes dettes de carte de crédit et enfin avoir une vie sociale comme celle dont je rêvais enfant, lorsque j'intégrais une grande université. » Et de prophétiser : « On comprend pourquoi ce type de pratiques va devenir de plus en plus populaire auprès de ma génération. »
Les montants proposés varient fortement d’un pays à l’autre, selon les cadres juridiques et les pratiques des cliniques : certains États interdisent toute rémunération et n’autorisent que le remboursement des frais, tandis que d’autres prévoient une compensation encadrée ou des paiements privés. En France, l’acte doit être gratuit, tandis que la compensation est plafonnée à 985 livres au Royaume-Uni et atteint environ 1 100 euros en Espagne, quand une rémunération se situe entre 5 000 et 12 000 dollars aux États-Unis, avec des donneuses les plus recherchées pouvant exiger jusqu'à 120 000 dollars. (sources : HFEA, l’ISRF, RMA of Michigan et MyEggBank).
Mais il semble qu’il règne surtout un grand flou. Plus une jeune aurait donné, plus sa rémunération augmenterait. C’est au moins ce qu’on raconte sur les réseaux. Car sur cette question, c’est encore sur TikTok qu’on en discute le plus ouvertement.
Sur les réseaux sociaux, l’info en mode 'récit personnel'
La ponction ovocytaire est un acte médical considéré comme peu invasif mais pas anodin non plus. Et TikTok livre son lot de hashtags pour entrer dans les détails. Sur #eggdonation et #eggdonor, qui comptent chacun près de 20 000 publications, mais aussi #eggdonorjourney, #donoreggs, #donoreggivf, #donoreggmama, #donorconceived et #donorconception, donneuses, receveuses et parents racontent leur expérience.
Les contenus mélangent les informations pratiques aux témoignages à fort impact émotionnel. Certaines vidéos détaillent la stimulation hormonale et le prélèvement, d’autres insistent sur les douleurs ou les complications, d’autres mettent surtout en avant les sommes gagnées, quelques-unes expliquent ce don gratuit fait pour le bonheur d'une famille. Les vidéos de @allkind.inc qui se réjouit du cash encaissé ou de @jazmynejoy qui raconte une expérience physiquement douloureuse, montrent cette diversité de récits.
En France, le don reste fondé sur la solidarité. Mais il n'empêche ni la pénurie et les délais, ni ce 'tourisme procréatif' international, accessible uniquement aux patients qui peuvent en assumer le coût. Si les débats autour de la gestation pour autrui occupe le devant de la scène, mobilisant la droite conservatrice comme une partie de la gauche féministe, le don d'ovocytes rémunéré reste un sujet feutré, technique, presque honteux. Il tourne pourtant autour de la même question. À quel prix une société accepte de sous-traiter à l'étranger ce qu'elle refuse de payer chez elle ? En attendant, on délègue à des étudiantes le soin de trancher le sujet.



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