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China Factory Tour : les learning expéditions à San Francisco, c’est tellement 2016

© iShowSpeed, Via YouTube

Pendant que Washington se renferme, Pékin s’ouvre. Un retournement et un objectif clairement édicté au 15ème Plan quinquennal : la Chine veut être un acteur majeur du tourisme mondial.

Le 22 mai, Yang, un camionneur chinois prend en stop deux étrangers. Dans la région du Shaanxi, les autostoppeurs occidentaux, ce n’est pas si fréquent. Alors Yang les soupçonne d'être des espions et les filme discrètement. Il ignore que l’un de ses passagers est une célébrité : Lex Fridman, enseignant au MIT, anime l’un des podcasts les plus influents de la tech. Et depuis quelques jours, il a annoncé sur X qu’il partait à l’aventure, direction Pékin, sans plan ni itinéraire, avec juste un sac à dos. Yang a partagé les images de sa rencontre sur Douyin. Sa vidéo a déjà fait plus de 7,6 millions de vues et les internautes se moquent gentiment des soupçons du chauffeur routier, preuve, selon eux, que la propagande d'État a fait du bon boulot. Quant à Lex Fridman, il raconte avoir été « profondément touché par la gentillesse de chacun. » Lex est surtout loin d’être le seul à vouloir découvrir ce qui se passe en Chine. En 2026, si tu veux savoir ce que nous réserve le futur, ce n’est plus à San Francisco qu’il faut programmer ta learning expedition…. il faut viser Pékin.

Le futur se lève à l’Est

Les images folles de Chongqing, la ville la plus cyberpunk du monde, des voitures qui volent sans pilote, des robots qui dansent, un drone livreur qui surgit dans le ciel de Shenzhen… la Chine, sur TikTok, en met plein les yeux. Et quand en 2025, iShowSpeed, l’énergisant streamer suivi par près de 40 millions d'abonnés, part en tournée dans 8 villes chinoises, ses aventures sont hyper distrayantes. Du vol en drone autonome à l’initiation au kung fu, elles cumulent 35 millions de vues sur YouTube. L'État chinois peut pavoiser.

De fait, si la Chine devient une option de voyage, le tourisme industriel explose. Les offres se multiplient : visiter les locaux de BYD, DeepSeek, Unitree, monter à bord des robotaxis Baidu… Le marché s'est structuré sur toute une gamme, de la demi-journée à 80 dollars sur GetYourGuide aux 8 jours à 9 880 dollars chez 42Geeks. Et ça marche : l'usine Xiaomi a reçu 4 060 candidatures pour 20 places de visite. L'usine du monde a décidément redoré son image, elle est perçue comme le cœur battant de la tech qui ne serait plus ni dans la Silicon Valley, ni à Tel Aviv. « Il y a une peur de passer à côté, résume un investisseur de Bombay, ne pas le voir de ses propres yeux vous place en situation d'infériorité informationnelle. » Si les entrepreneurs se déplacent, les familles suivent. Rui Ma, analyste tech sino-américaine, monte des circuits pour lycéens américains accompagnés de leurs parents. Objectif assumé : « Mettre à jour ce que leurs enfants devraient étudier. » Ses premiers séjours ont affiché sold out en quelques jours.

Pendant que Washington se renferme, Pékin s’ouvre

Pékin n'a pas laissé se déployer ce mouvement par hasard. Dans son 15ème Plan quinquennal, approuvé en mars 2026, la Chine inscrit pour la première fois l'objectif explicite de devenir une « puissance touristique mondiale ». Depuis 2025, elle multiplie les politiques de visa gratuit étendues à cinquante pays dont la France, le Royaume-Uni, le Canada, distribue des « AI city travel cards » à Shenzhen, organise des voyages pris en charge pour influenceurs américains. En 2025, 35 millions d'étrangers ont visité le pays, + 30 % en un an. Certes, les volumes restent en dessous du pic d'avant-COVID. Mais ce qui a changé, c'est la nature de la perception. On ne vient plus en Chine par curiosité culturelle, pour voir la grande muraille ou la Cité interdite, on vient parce qu'on a peur de passer à côté des enjeux de notre temps.

Le contexte joue en la faveur de Pékin car pendant que l’Empire du milieu ouvre les vannes, Washington les ferme. En 2025, les États-Unis ont été le seul pays au monde dont le tourisme international a reculé, une baisse que CNN qualifie « d'auto-infligée. » Le gouvernement Trump 2 a suspendu ses visas pour 75 pays, étendu son travel ban en janvier 2026. Pékin fait l'inverse : visa gratuit pour 50 pays, "AI city travel cards" à Shenzhen, voyages offerts aux influenceurs étrangers.

Mais si la Chine a ouvert ses portes en grand aux visiteurs, pour ses ingénieurs, c'est une autre affaire. Le 26 mai 2026, Bloomberg révèle que la Chine vient d'étendre ses restrictions de voyage aux ingénieurs IA du secteur privé de chez Alibaba ou DeepSeek. Ce qui s'appliquait aux fonctionnaires touche désormais les entreprises tech. En mars, les cofondateurs de Manus, la startup dont tout le monde parlait, avaient déjà été placés sous interdiction de sortie pendant l'étude du rachat par Meta. Le deal à deux milliards de dollars a été bloqué, les passeports confisqués.

Béatrice Sutter

J'ai une passion - prendre le pouls de l'époque - et deux amours - le numérique et la transition écologique. Je dirige la rédaction de L'ADN depuis sa création : une course de fond, un sprint - un job palpitant.

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