
Attaque contre le domicile de Sam Altman, lutte contre l’implantation de data centers et incitation à ne plus l’utiliser au travail : un peu partout dans le monde, un vent de révolte se lève contre l’IA.
Sam Altman va sans doute devoir déménager. Le vendredi 10 avril au matin, Daniel Alejandro Moreno-Gama, un Texan de 20 ans, est arrêté pour avoir prétendument lancé un cocktail Molotov sur sa propriété, située à Russian Hill à San Francisco. Moins de 48 heures plus tard, un second incident vise la même adresse. Amanda Tom, 25 ans, et Muhamad Tarik Hussein, 23 ans, sont à leur tour interpellés, soupçonnés d’avoir ouvert le feu depuis leur véhicule avant de prendre la fuite. Le CEO d’OpenAI est clairement visé et, à travers lui, l’industrie de l’intelligence artificielle.
Djihadiste butlérien
Si l’on ne connaît pas encore les motivations précises des tireurs, l’historique numérique de Moreno-Gama a largement été décrypté par les internautes, qui ont très rapidement fait le rapprochement avec une figure de vengeance radicale comme celle de Luigi Mangione, l’assassin présumé du CEO d’United Healthcare, Brian Thomson. Comme l’explique le journaliste Brian Merchant sur son Substack Blood in the Machine, le jeune homme avait adopté le pseudo de « Djihadiste butlérien », une référence à une croisade anti-IA se déroulant dans le roman Dune, et était obsédé par le risque de l’extinction de l’humanité par l’IA.
Ces attaques portées sur un individu, aussi symbolique soit-il, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Un peu partout dans le monde, une résistance politique, entrecoupée d’actes de sabotage ou de menaces de mort, se multiplie face à l’industrie de l’IA. Le 22 novembre dernier en France, des dispositifs incendiaires ont ainsi été placés sur des engins de chantier d’un campus d’intelligence artificielle adjacent au data center Equinix, situé à Vélizy-Meudon dans les Hauts-de-Seine. La revendication, publiée sur le blog anarchiste sansnom.noblogs.org, est explicitement antimilitariste et anti-IA : « L’IA est un élément clé des technologies testées sur les populations palestiniennes. » Les clients du site sont Thales, Dassault, Bouygues ou bien encore Amazon.
Le 3 janvier 2026 en Allemagne, une action similaire est menée sur des câbles électriques alimentant la centrale de Lichterfelde à Berlin. L’acte était signé par le Vulkangruppe (Groupe Volcan), un collectif anarchiste d’extrême gauche, qui cible les infrastructures numériques et énergétiques. Le groupe a dénoncé « les besoins énergétiques insatiables de l’IA et des technologies numériques » et qualifie l’attaque d’ « acte de légitime défense ». L’impact est le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale pour Berlin : 45 000 foyers et 2 200 entreprises privés de courant pendant jusqu’à cinq jours, cinq hôpitaux et 74 maisons de soins impactés. Le parquet fédéral allemand a ouvert une enquête pour terrorisme.
D’autres militants, plus radicaux, versent dans la menace de mort vis-à-vis des politiques. Le 7 avril, un assaillant anonyme a tiré 13 coups de feu sur la porte d’entrée du conseiller municipal Ron Gibson à Indianapolis, aux États-Unis. Ce dernier venait de voter en faveur de la construction d’un nouveau centre de données, malgré la forte opposition de la population. Un panneau portant l’inscription « NON AUX CENTRES DE DONNÉES » a été retrouvé sous le paillasson.
Lutte contre les data centers
Outre ces actes de sabotage ou ces menaces de mort, un véritable mouvement à l’encontre des data centers se renforce depuis 2025. Alors que les investissements se sont accélérés, avec 500 milliards de dollars en 2025 seulement, et une projection de 3 à 7 trillions pour doubler la capacité mondiale d’ici 2030, la résistance locale aux nouvelles constructions est devenue une véritable force politique. Entre avril et juin 2025, 20 projets de data centers représentant 98 milliards de dollars sont bloqués ou retardés par des oppositions. En décembre 2025, une coalition de 230 organisations environnementales (Greenpeace, Friends of the Earth, Food & Water Watch…) exige un moratoire national sur les nouveaux data centers américains. L’État du Maine est d’ailleurs l’un des premiers à avoir voté une loi interdisant de nouvelles constructions jusqu’en 2027.
Sur une échelle plus individuelle, la lutte contre l’imposition de l’IA gagne aussi du terrain. En mars dernier, un sondage NBC largement commenté a révélé que seulement 26 % des Américains avaient une opinion positive de l’IA, tandis qu’environ la moitié en avaient une opinion négative. Ces résultats peuvent être mis en perspective avec un récent rapport d’Anthropic, la maison mère de Claude, qui prédit que l’IA serait théoriquement capable de remplacer la majorité des tâches liées aux affaires, à la finance, à la programmation et au droit. Ces avertissements ont contribué à une inquiétude généralisée parmi les Américains, qui se traduit par une résistance de plus en plus assumée : des badges « not by AI » fleurissent sur les créations de graphistes, des salles de concert refusent les affiches générées par algorithme et des ingénieurs logiciels à Chicago ou des fonctionnaires à Sacramento avouent, sous couvert d’anonymat, boycotter les outils d’IA imposés par leur direction.






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