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Et si on envoyait les data centers dans l’espace ?

Avec Capgemini

Derrière chaque email envoyé, chaque cloud, chaque requête IA traitée, se cache un data center. Si ces infrastructures sont tout simplement indispensables au monde numérique, elles sont aussi énergivores et encombrantes. Pour contrer cette réalité, une idée fait son chemin : envoyer les data centers en orbite. Patrice Duboé, Vice-Président Exécutif et CTO Aerospace & Defense chez Capgemini, nous explique les dessous de ces « space data centers ».

Des panneaux solaires aux mines de sel, en passant par les hangars à ciel ouvert, de longue date, le refroidissement des data centers est au centre de (presque) toutes les préoccupations, certaines firmes allant même jusqu’à plonger ces infrastructures sous l’eau. Trop chères, difficiles à entretenir, pas assez sécurisées, vulnérables face aux aléas du climat : aussi pertinentes soient-elles, ces tentatives se sont néanmoins heurtées à de nombreuses limites.

C’est d’autant plus vrai à l’heure où le dérèglement climatique s’accélère, et l’intelligence artificielle (IA) générative se généralise. « L’IA générative engendre une consommation d’énergie effrénée, notamment du fait de la puissance de calcul qu’elle requiert », rappelle Patrice Duboé. À tel point que la Data Center Alley, le plus grand hub au monde, manque d’énergie pour couvrir ces nouveaux besoins technologiques. Ajoutez à cela les problématiques de sûreté physique et les limites du foncier : « Un data center sur Terre, cela prend de la place ».

La basse orbite, nouveau terrain de jeu

Loin de s’avouer vaincu, l’écosystème numérique se tourne donc vers l’espace. L’ambition ? Envoyer des data centers en basse orbite grâce à des satellites. « En basse orbite, un satellite fait le tour de la Terre en 90 minutes, ça veut dire qu’il voit le soleil 95 % du temps », explique Patrice Duboé. Une disponibilité énergétique qu'aucune installation sur Terre ne peut égaler, et un ratio particulièrement favorable : 1 m² de panneau solaire en orbite génère 10 fois plus d'énergie qu'1 m² sur un toit terrestre.

Autre avantage : à l'ombre d'un satellite, les températures sont extrêmement basses, soit idéales pour dissiper naturellement la chaleur produite par les serveurs, sans recourir à des systèmes de climatisation énergivores. Côté sécurité, pénétrer dans un satellite en orbite est bien plus difficile que de s'introduire dans un data center terrestre. Enfin, traiter les données directement dans l'espace permettrait d'éviter de faire transiter de grands volumes d'informations sur notre planète, réduisant nettement la note énergétique et financière.

Les défis de l’environnement spatial

Si le potentiel de l’espace est réel, son hostilité l’est tout autant. Les radiations cosmiques, non filtrées par l'atmosphère terrestre, accélèrent le vieillissement des composants électroniques, quand les écarts de température entre la face exposée au soleil et la face cachée des satellites génèrent des contraintes mécaniques importantes.

Qui dit satellites dit par ailleurs risque de débris – dû à des collisions ou à des destructions volontaires – qui, s’ils prolifèrent, pourraient entraîner une saturation de l’espace et nous « empêcher de nous rendre en basse orbite ».

Reste la question de la maintenance des space data centers : « Sur Terre, les composants sont changés en moyenne tous les cinq à sept ans. Dans l’espace, c’est une autre paire de manches », prévient Patrice Duboé. De premières études démontrent en effet que ce cycle serait réduit à deux ou trois ans en raison des conditions d’exposition. « Assurer la longévité des space data centers impliquera le recours à des robots de maintenance capables d’intervenir en orbite ».

Un décollage progressif

Pour autant, ces défis n'empêchent pas les premières tentatives de voir le jour. En novembre 2025, SpaceX a ainsi lancé un satellite équipé d'une puce Nvidia, marquant la naissance du « premier bout de space data center américain ». Six mois auparavant, la Chine envoyait plusieurs satellites avec le même objectif. L’Europe, elle, explore l’envoi de data centers dans l’espace au travers du projet « ASCEND », piloté par l'Agence spatiale européenne (ESA) et Thales.

« Les choses vont se faire au fur et à mesure, en fonction de la qualité de service fournie par ces premiers space data centers et de l'évolution du coût au kilo d’un satellite en orbite ». S’il faut attendre encore quelques années avant de les voir se déployer, pour Patrice Duboé, ces infrastructures ne seraient finalement qu’une nouvelle étape de ce qu’on appelle le « space for all ». « Qu’il s’agisse du GPS, des prévisions météorologiques, ou de la gestion agricole… l'usage du spatial est déjà largement ancré dans notre société. Les space data centers s'inscrivent dans cette continuité ».

Cette continuité bute cependant sur un point fondamental : la souveraineté. « Comme la Lune en 1967, l’espace n’appartient aujourd’hui à personne. C’est un territoire sans frontières » souligne Patrice Duboé. Le problème ? Dans un monde où la maîtrise des données est un enjeu stratégique, la souveraineté des réseaux numériques est une nécessité. Un tel prérequis pourra-t-il un jour s’appliquer à l’espace ?

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