Marianne Henry, Directrice adjointe communication & mécénat chez GHU Paris Psy-Neuro

Marianne Henry est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
M.H. : Mon parcours est né d’une envie assez simple : être utile là où les choses sont complexes et ont un impact réel sur la société.
J’ai commencé dans la communication et le marketing, en agence et dans le privé, où j’ai appris les fondamentaux de la communication et de la stratégie. Très vite, j’ai compris que ce qui m’intéressait, ce n’était pas seulement la visibilité, mais la transformation des organisations et la capacité à créer du lien entre des acteurs très différents.
J’ai donc eu envie de déplacer ces compétences vers des sujets plus essentiels — le secteur public, la santé mentale, l’innovation sociale.. Aujourd’hui, au GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences, j’évolue dans un environnement qui rassemble 5 400 professionnels sur près de 100 sites. J’y travaille sur des enjeux transversaux : accompagnement du changement, structuration de dispositifs de mécénat, pilotage d’équipes, coordination de projets institutionnels. En parallèle, mon passage chez Ashoka m’a permis de développer des projets à fort impact social, notamment autour de la jeunesse, en structurant des partenariats et des stratégies de communication à l’échelle nationale et internationale.Le fil rouge : structurer, relier et faire avancer ensemble des acteurs qui n’avaient pas forcément l’habitude de travailler ensemble, pour que des projets d’intérêt général prennent vie et fonctionnent réellement.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
M.H. : Indéniablement mes deux filles. L’envie de participer à leur rendre la société plus juste et inclusive, le monde plus serein et durable.
Et donc c’est moins une idée abstraite de l’impact que sa mise en œuvre concrète.
Comment faire en sorte qu’un projet institutionnel soit compris et approprié ?
Comment structurer un dispositif de mécénat qui ne soit pas opportuniste, mais réellement utile ?
Comment faire travailler ensemble des équipes, des partenaires, des institutions, qui n’ont pas les mêmes contraintes ni les mêmes logiques ?
C’est cette mécanique-là qui m’intéresse : faire fonctionner des systèmes complexes de manière plus fluide, plus lisible, plus efficace.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
M.H. : Mon arrivée au GHU Paris et en psychiatrie, au moment du décès de mon père.
Deux expériences qui se sont superposées, l’une professionnelle, l’autre profondément intime.
Toutes deux m’ont confronté à une même réalité : celle de la fragilité, de l’incertitude, et de ce qui échappe.
La psychiatrie est un univers où rien ne peut être purement théorique.
Où les décisions ont des effets immédiats.
Où les organisations sont à la fois essentielles… et fragiles.
Le deuil, lui, m’a appris autrement : dans le silence, dans le temps long, dans ce qui ne se maîtrise pas.
Ces deux expériences ont transformé ma posture :
moins de projection, plus d’écoute ; moins de discours, plus de présence et de mise en œuvre.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
M.H. : Americanah, et plus largement tout ce qu’écrit Chimamanda Ngozi Adichie ; Un livre des martyrs américains et l’univers foisonnant de Joyce Carol Oates ; Dalva ; Au revoir là-haut et la fresque des Pelletier de Pierre Lemaitre ; sans oublier Jonathan Coe, que je lis les yeux fermés. A propos d’amour de bell hooks — et cette très belle exposition de Mickalene Thomas qui lui faisait écho —, Une chambre à soi…
Côté séries, j’ai adoré Shameless.
Bref, tout ça part un peu dans tous les sens, comme un rêve difficile à raconter, mais il y a quand même un fil : un goût pour les histoires où l’intime se mêle au politique, où les personnages avancent à tâtons, se débattent, aiment mal ou trop...
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
M.H. : La capacité à coopérer entre acteurs publics, privés et associatifs est devenue essentielle.
Aujourd’hui, aucune organisation ne peut répondre seule aux enjeux qu’elle porte — en particulier dans les domaines de la santé ou du social, où les problématiques sont complexes, multidimensionnelles et profondément interconnectées. Le sujet n’est donc plus seulement de bien agir dans son propre périmètre, mais de co-construire des réponses durables avec d’autres acteurs, publics, privés, associatifs ou territoriaux. Et en conséquence, les métiers se transforment en profondeur. Il ne s’agit plus uniquement d’expertise technique, mais de compétences nouvelles : savoir piloter des projets complexes, structurer et animer des partenariats, aligner des intérêts parfois divergents — et surtout, faire en sorte que ces coopérations produisent des résultats concrets et durables.
Autrement dit, la transformation n’est pas seulement organisationnelle : elle est culturelle, relationnelle et stratégique.
Evidemment l’évolution numérique, et l’IA en particulier vont également impacter les pratiques, et l’évolution de la prise en soin en santé, et santé mentale. Au GHU Paris, un tiers-lieux d’expérimentation dédié au numérique a été créé, avec pour ambition de rassembler acteurs privés et publics experts, et professionnels du soin pour créer des solutions numériques innovantes à l’écoute des besoins.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?
M.H. : Au GHU Paris, accompagner des transformations d’ampleur — fusions, réorganisations, projets institutionnels — en structurant des stratégies, des équipes et des outils, avec un objectif simple : que les projets soient compris, appropriés… et qu’ils avancent réellement. Dernièrement la tenue des 1ers états généraux de la santé mentale des femmes en partenariat avec la fondation des femmes, la journaliste et autrice Lauren Bastide, l’association Loba et sa directrice Héloïse Onumba-Bessonnet, et Katell Pouliquen directrice des rédactions du média Marie-Claire. C’était un moment fort rassemblant mes valeurs et mon travail quotidien. Projet que j'ai porté en interne avec Florence Patenotte, ma partner in crime au GHU Paris.
Chez Ashoka, développer des projets comme Ta Voix Compte, en structurant des partenariats médias et philanthropiques et en donnant de la visibilité à des initiatives portées par des jeunes.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
M.H. : Je croise beaucoup les expériences : publics/privés, terrain/stratégie, numérique/partenariats et j’observe les signaux faibles, je teste, je simplifie et je structure et je recommence. Le pas de côté toujours, lire beaucoup, rencontrer des gens d’univers différents, se renseigner, analyser, débattre, confronter les idées. Rester ouverte sur le monde, sur ce qui m’entoure.
La créativité, pour moi, ce n’est pas tant inventer de nouvelles choses, mais rendre possible ce qui semblait difficile, et surtout le faire tenir dans le temps.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
M.H. : La pensée systémique - que j’ai découvert réellement chez Ashoka (merci Elsa Da Costa : )) - invite d’abord à changer de regard : elle consiste à ne plus considérer une organisation, un métier ou un problème de manière isolée, mais comme faisant partie d’un ensemble d’interactions, d’interdépendances et de dynamiques plus larges. Dans cette perspective, la performance ne repose plus uniquement sur l’efficacité interne, mais sur la qualité des relations et des coopérations avec l’ensemble de l’écosystème.
C’est d’ailleurs ce que dont je parlais plus haut au sujet des grands changements déterminants pour le secteur : les 5 P Private Public Partnership for People and Planet.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
M.H. : Des échanges, des idées, des envies de construire ensemble au service de l’intérêt général.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
M.H. : Contribuer à ce que les organisations d’intérêt général fonctionnent mieux, plus efficacement, et ensemble.
Qu’elles puissent démontrer leur impact, structurer leurs partenariats, et créer des dispositifs qui tiennent dans la durée.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
M.H. : "On ne peut pas changer tout ce qu'on affronte, mais rien ne peut changer tant qu'on ne l'affronte pas" James Baldwin
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