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Risques macro, solutions micro ?

Avec AXA
© Lewis Burrows

Face aux risques systémiques globaux, l'avenir se conjugue-t-il au microscope ? Des cafés de proximité aux petites technologies, la séduction du « small is beautiful » n'a jamais été aussi forte. Plongée dans un débat millénaire sur l'échelle idéale qui résonne aujourd'hui comme jamais.

Dans La République, Platon décrit une cité idéale constituée de 5040 foyers. Deux millénaires plus tard, l’urbaniste britannique Ebenezer Howard imagine dans To-morrow: A peaceful path to real reform, le concept de cité-jardin, en opposition aux villes polluées de la révolution industrielle. Encore un siècle plus tard, en 1973, Ivan Illich propose l’idéal de « ville conviviale » qui peut être décrite comme « gratuite et décente, ouverte à la surprise, à la liberté d’aller vers son prochain ».

Analysée dans Mesure et démesure des villes, un ouvrage de Thierry Paquot édité chez CNRS éditions, la question de la taille idéale des villes traverse l’histoire de la philosophie et de la politique. Au-delà de l’urbain, la réflexion sur l’échelle du futur s’étend à toutes les manières de faire collectif, et constitue une équation classique pour le prospectiviste. Elle se retrouve naturellement au cœur du rapport Et si... nous expérimentions le futur ?, construit par AXA autour de 10 scénarios d’avenir. Dans un monde marqué par l’interconnexion, les risques systémiques, les contagions possibles à grande échelle, ces derniers nous invitent le plus souvent à regarder du côté du micro et du local. Face à l’hubris - et dans le sillage des penseurs de la ville idéale – les séductions du « petit » sont plus actuelles que jamais.

L’insoluble question de « l’échelle humaine »

Dans un scénario dédié à la place des cafés en France en 2035, AXA imagine un futur dans lequel machines et algorithmes ne sont pas parvenues à remplacer l’interaction locale, et l’échelle familière du commerce de proximité. « L’échec des IA baristas a servi de vaccin contre les visions dystopiques et désincarnées des interactions sociales », explique Jean-Laurent Cassely. Derrière cet exemple, on retrouve l’intuition selon laquelle il existerait une « taille humaine », opposée au gigantisme des systèmes industriels, logistiques ou informationnels interconnectés à l’échelle globale.

Pressenties par Rousseau – ou Montesquieu – qui affirmait qu’il « est de la nature d’une république qu’elle n’ait qu’un petit territoire », puis théorisée par Leopold Kohr dans l’Effondrement des puissances ou Ernst Friedrich Schumacher dans Small is Beautiful, les vertus du petit sont à la fois bafouées et célébrées dans le monde contemporain. Bafouées par la course au économies d’échelle – qui touche une industrie de « gigafactories » ™ ou par la croissance exponentielle des puissances de calcul, elle est également défendue par toute un courant de pensée, qui à l’instar de la prospectiviste Cécile Désaunay, plaide pour une revalorisation du « suffisant ».

Quand les technologies rêvent en petit

Cette opposition entre gigantisme et modestie trouve des illustrations convaincantes dans le secteur technologique. Les situations (quasi) monopolistiques d’acteurs comme Google, Meta ou Amazon entravent depuis quelques années déjà la possibilité d’émergence d’un cyberspace diversifié et « sain », menaçant notamment les fondations économiques d’un journalisme indépendant. La croissance fulgurante des grands acteurs de l’IA interroge sur la durabilité des modèles et l’uniformisation de la pensée ou de la parole. Face au contrôle exercé par ces géants, des voix s’élèvent et plaident pour une fragmentation. Maria Farrell et Robin Berjon, spécialistes de la gouvernance numérique, parlent de réensauvagement en opposition aux grandes monocultures d’Internet.

Moins poétique, Asad Ramzanali, directeur de l’IA du Vanderbilt Policy Accelerator, invite à briser l’oligopole de l’IA avant qu’elle ne sclérose toute forme de compétition. Les entreprises elles-mêmes constatent la pertinence de certaines solutions technologiques plus légères. C’est par exemple le cas des petits modèles de langages : moins puissants que leurs homologues généralistes, ils sont plus légers, adaptables et faciles à sécuriser. Ils affichent par ailleurs d’excellents résultats sur des tâches précises et spécifiques… Cette efficacité des dispositifs technologiques plus simples et localisés est suggérée dans les scénarios développés par AXA, qui mettent en scène des outils mêlant high-tech et low tech pour faciliter les diagnostics de santé mentale ou accélérer la pollution des océans…

La force des réseaux

Malgré ses vertus, la petite échelle n’est pas une panacée et peut rimer avec repli et isolation. Pour naviguer entre cet écueil et l’uniformisation du global, la capacité à mettre en réseau les acteurs ou les initiatives est fondamentale. La notion de cosmolocalisme, portée entre autres par le philosophe Michel Bauwens, tente de résoudre ce conflit dans une articulation heureuse des échelles. De la globalisation économique, informationnelle et technologique, le concept retient la capacité des connaissances à circuler librement. De la production locale, il retient le caractère raisonné, durable, ancré dans un territoire. L’ambition est « d’amplifier la richesse d'un lieu tout en gardant à l'esprit les droits d'un monde aux multiples facettes », pour reprendre les termes du sociologue Wolfgang Sachs. L’idée trouve un écho dans un scénario d’AXA dédié au futur de la pop culture, décrit à travers le prisme « d’identités hyperlocales et hybrides, portées par des écosystèmes technologiques décentralisés ».

S’il n’existe peut-être pas de taille idéale – pour les villes, les communautés ou les technologies – une chose est certaine : dans un monde fini, le futur est indissociable d’une forme de mesure.

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