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Plus complexe, plus ouverte : l’innovation en archipel

Avec Servier
© Ron Lach

Entre biohackers, Big Tech et start-up survitaminées, l’innovation pharmaceutique mondiale change de visage. De Boston à Suzhou, cette révolution redistribue les cartes du pouvoir et pousse les acteurs historiques à jouer un rôle pivot au sein d’un écosystème de plus en plus ouvert.

On parle parfois de « biologie de garage » pour désigner l’appropriation des sciences du vivant par des particuliers et des passionnés. Celle-ci s’incarne dans des initiatives originales comme la communauté iGEM, qui tente de canaliser une forme d’intelligence collective, ou des mouvements revendicatifs plus radicaux comme Open Insulin. Si elle reste anecdotique en volume de production, cette tendance est révélatrice d’un mouvement de fond : universités et laboratoires pharmaceutiques doivent s’adapter à de nouvelles concurrences et collaborations, portées par une accessibilité inédite de l’information et des technologies.

Une nouvelle géographie de l’innovation

L’innovation liée aux systèmes du vivant est par nature collective. Une initiative comme Innovative Medicines Initiative (IMI)* témoigne aujourd’hui de la vitalité des logiques partenariales. Pour garantir leur efficacité, ces dernières s’accompagnent d’un mouvement de clusterisation qui permet de densifier l’offre et la demande en termes de technologies, d’idées et de talents, de réunir entreprises et financements, tout en favorisant les logiques de complémentarité et d’innovation à l’échelle globale. Aujourd’hui, les régions de Boston, Londres, Bâle ou Paris concentrent la capacité d’innovation. Elles doivent néanmoins composer avec la concurrence de pôles émergents, en particulier en Asie. La K-Biotech tire ainsi parti de l’écosystème scientifique coréen, tandis que la Chine confirme son statut de géant du secteur et ambitionne par exemple de transformer la vénérable cité de Suzhou en « Pharma Valley of China » d’ici 2030.Cette clusterisation permet également de faciliter la coopération entre acteurs de différentes tailles et statuts. La relation aux start-up reste un levier d’innovation fondamental pour l’industrie pharmaceutique. L’ouverture de l’incubateur Spartners par Servier et BioLabs sur le plateau de Saclay en juin 2025 illustre la pertinence renouvelée du modèle. À une autre échelle, les collaborations avec les Big Tech sont plus que jamais d’actualité, comme en témoigne le renouvellement du partenariat entre Servier et Google, destiné à accélérer le déploiement de l’IA pour le développement de solutions thérapeutiques. Tout aussi fondamentales, les collaborations avec les groupes de patients, les centres de recherche ou les régulateurs dessinent un paysage composite et mouvant.

Tectonique des pratiques et des attentes

Cette reconfiguration du paysage de l’innovation pharmaceutique s’accompagne de nouveaux modèles de collaboration. Celui d’AlphaFold, issu d’une collaboration entre Google DeepMind et Isomorphic Labs, formule de belles promesses en mettant l’IA au service de la contraction du pipeline de recherche pharmaceutique. Si les avancées médicales sont immenses (identification des cibles thérapeutiques, réduction des temps de développement), les interrogations concernant la gouvernance des données ou la capacité des laboratoires à éviter la désintermédiation persistent.

Qu’il provienne des progrès technologiques ou de nouvelles formes de collaboration, le « tsunami d’innovation » promis à l’industrie pharmaceutique renforce également un phénomène d’asynchronisme entre le temps de l’innovation et celui de la réglementation. Un pays comme l’Espagne, aujourd’hui leader des essais cliniques en Europe, a bien compris le problème et multiplie les mesures pour réduire les temporalités : délais d’autorisation plus courts, simplification des procédures, harmonisation administrative, soutien des partenariats publics-privés…

Enfin, les nouvelles attentes des patients conditionnent l’effort d’innovation et remettent en cause la standardisation des protocoles. Médecine individualisée de précision et participation accrue des patients transforment en profondeur la manière de créer de nouvelles solutions thérapeutiques. Les logiques « Beyond the Pill » (Au-delà du médicament) incarnent un effort d’innovation plus global, au-delà du seul médicament.

Les entreprises pharmaceutiques, catalyseurs d’innovation

Dans ce paysage kaléidoscopique, les entreprises pharmaceutiques jouent un rôle central, mais ne peuvent plus innover seules. Elles ont désormais une fonction d’interface avec l’ensemble des acteurs. Elles participent à financer l’innovation des jeunes pousses, sur un marché des biotechs qui a gonflé de 80 % en 15 ans. Elles apportent l’expertise médicale au sein de partenariats technologiques devenus incontournables et s’ouvrent à de nouveaux modèles de coopération ouverte, propres à saisir les opportunités novatrices tout en favorisant la transversalité entre l’écosystème scientifique, les biotechs et les acteurs traditionnels. Un positionnement d’autant plus stratégique que les lignes bougent : portées par la digitalisation, certaines biotechs font désormais le chemin seules, du laboratoire au patient. Le signe sans doute que l’innovation pharmaceutique se joue aujourd’hui moins dans la maîtrise d’une molécule que dans l’architecture des relations qui la font naître.


*L’Innovative Medicines Initiative (IMI) est une initiative de la Commission européenne (DG RTD) et de la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA) visant à améliorer la situation concurrentielle de l’Union européenne dans le domaine de la recherche pharmaceutique.

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