livre des tendances 2026
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    Antoine Mestrallet, instigateur chez hérétique

    Antoine Mestralllet

    Antoine Mestrallet est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    A.M. : Le principal fil rouge est la soif d'apprendre. J’ai commencé à travailler en fonds de capital-risque, (BPI et Idinvest/Eurazeo), puis dans une startup, LearnAssembly, où je développais un compagnon d’apprentissage. Avant de lancer hérétique, mes seules exigences non-négociables étaient d’apprendre tous les jours, auprès de gens que j’admire, tout en étant moi-même au quotidien, sans masque ni cravate. Je considère le pari réussi : nous évoluons dans des sphères multiples – artistiques, industrielles, universitaires, politiques... – et avons le luxe de creuser les sujets qui nous passionnent, notamment pour les transmettre à nos élèves et clients. Plus personnellement, j’essaye d’apprendre à dessiner et j’ai commencé à pratiquer la calligraphie il y a deux ans.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    A.M. : Comme beaucoup de monde, l’IA m’occupe l’esprit ! C’est à la fois un de nos sujets de travail, d'inquiétude, d'apprentissage et d'enseignement chez hérétique. Ce qui me fait me lever le matin en revanche, c’est plutôt notre volet créatif, qui s'incarne dans des projets si différents dans leurs formats - objets électroniques, apps, jeux, performances, livres... - mais qui ont un objectif commun : s'émanciper des idées, méthodes et produits de la Silicon Valley.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    A.M. : À 20 ans, j'ai eu l'opportunité de faire un stage chez Google. J'ai l'impression que cette courte expérience a désacralisé ma vision du numérique et de ses grandes entreprises. J'étais étonné de voir tant de cerveaux brillants dédier leurs journées à vendre de la publicité et optimiser des taux de clics : il m'a semblé plus riche d'arpenter une autre voie que cette autoroute déjà tracée.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    A.M. : Pêle-mêle : Côté livres, Manières d’être vivant de Baptiste Morizot. Les protocoles d'observation de Nicolas Nova. Rendre le monde indisponible d'Hartmut Rosa. Côté BD, Ni Web ni master de David Snug. L’exposition Nous les arbres. L’album et les concerts piano/voix d’Arthur Teboul et Baptiste Trotignon, et plus récemment la pépite de Rosalía.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    A.M. : Ce qui me semble le plus déterminant autour du numérique, c'est le changement culturel, en particulier la perception collective que nous en avons. Ce "secteur" et ses acteurs ont longtemps été considérés comme remettant en question le statut quo et vecteurs de changements positifs. Maintenant que ce sont des monopoles alignés sur le pouvoir politique américain, pilotées par des prophètes friands de bunkers, obsédés par l'efficacité et la monétisation de notre temps et peu concernés par les impacts de ce qu'ils mettent dans le monde, je pense que nos a priori positifs sont en grande partie évaporés !

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier ?

    A.M. : L'un des projets dont je suis le plus fier est une étude sur le numérique et notre rapport au temps que nous avons menée pour une maison de luxe. Six mois de recherche et d'exploration, incarnés dans des livres et un jeu de tarot, qui nourrissent encore des discussions et nos créations actuelles. Nous avons aussi pu mener un cycle de recherche sur les impacts de l'IA sur les processus créatifs, qui oriente nos choix au quotidien : quand acceptons-nous d'utiliser l'IA, avec quels outils et à quelles conditions ? Quelle partie de notre travail nous procure du plaisir et de l'apprentissage, et ne sacrifierons nous pour rien au monde pour un léger gain d'efficacité ? Dans un autre champs, notre boîte à musique, un objet poétique pour offrir un unique son, est l'une des créations qui nous enchante. C'est si compliqué de faire de l'artisanat numérique !

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    A.M. : J'essaye d'équilibrer une curiosité "volontariste" sur des sujets précis, à travers des livres, newsletters et podcasts, et des outils pour organiser la matière collectée, et une curiosité plus émergente qui doit laisser de la place à l'observation et à l’imprévu, pour ne pas rester en vase-clos. Pierre Soulages écrivait : « C’est ce que je trouve qui me dit ce que je cherche », cette citation s'applique bien à cette seconde curiosité.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    A.M. : En ce moment c'est Metalabel, qui permet à des collectifs de diffuser leurs travaux. Il y a beaucoup de publications et de créations originales, et des modes d'organisation et de rémunération alternatifs pour des créateurs !

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    A.M. : Un petit livre que j'adore, Incognita Incognita de Mark Forsyth, parle des "unknown unknown", ce que l'on ne sait pas ne pas savoir. Avec L'ADN Le Shift, je trouve justement cette curiosité plus émergente, j'y découvre des sujets, tendances et personnes que je n'aurais pas rencontrés autrement, que je ne savais pas ne pas connaître, à l’intersection de multiples champs : art, recherche, entreprise… Et j'espère apporter ce même inattendu à d'autres !

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    A.M. : Mon rêve, c'est de contribuer à rendre le monde plus poétique et curieux, plutôt que machinique et froidement rationnel. Pas sûr que l'on se dirige dans la bonne direction, mais on ne peut que rêver de faire dévier le paquebot !

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    A.M. : « Dans un monde de fugitifs, ce sont ceux qui vont dans le sens opposé qui ont l'air de s'enfuir ». T.S Eliot

     

     

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