
Alors que le débat est concentré sur l’IA et sa capacité à remplacer massivement les métiers, de nombreux secteurs industriels constatent un problème inverse : le talent gap, autrement dit, un manque criant de collaborateurs.
Dans l’énergie, un rapport de L'Agence internationale de l’énergie (AIE) avance que près de la moitié des entreprises du secteur rencontrent des difficultés de recrutement. Dans l’aérospatiale et la défense, McKinsey montre que la pénurie de talents pourrait coûter jusqu’à 330 millions de dollars par an à l’entreprise moyenne du secteur. Les chiffres sont encore plus impressionnants dans les semi-conducteurs, pour lesquels PwC estime que plus de la moitié des postes ne pourront pas être pourvus d’ici 2030.
Qui pour remplacer les boomers ?
La situation s’explique de deux manières. La première est démographique, les baby-boomers prennent leur retraite et laissent vacants de nombreux emplois en emportant des compétences précieuses. Aux États-Unis, on estime par exemple que les deux tiers des architectes sont à moins de dix ans de la retraite. La seconde explication concerne l’évolution des technologies, plus rapide que le rythme de formation. Une étude d’IBM montre que 40 % des employés à l’échelle globale vont devoir se requalifier dans le sillage de l’IA ou des technologies d’automatisation.
Pour les industriels, des solutions s’imposent : upskilling (des formations pour augmenter des compétences existantes), reskilling (formation pour aider les personnes à changer de métier) ou développement de partenariats externes. Un certain nombre d’acteurs multiplient aussi les rapprochements avec le monde de l’éducation supérieure pour adapter les formations.
Industry is the new cool?
Mais, outre les méthodes « comptables », un travail sur les représentations des métiers industriels semble indispensable. Elisabeth Clausen, professeure à l'université RWTH Aachen, explique notamment que la plupart des mines modernes sont « high-tech, automatisées et sécurisées, loin de l’image de saleté, de poussière et de danger qu’elles véhiculent encore », et plaide pour un travail sur les perceptions. 80 % des Américains souhaitent le retour des usines sur le territoire, mais seulement 25 % souhaiteraient y travailler… Ce travail d’image commence peut-être dès la conception de l’usine, souvent réduite à un hangar sans âme. Demain, « la belle usine » marquerait alors le renouveau d’une forme de fierté industrielle. De l’usine d’embouteillage de San Pellegrino à celle de Volkswagen de Dresde, certains acteurs l’ont déjà compris !





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