Marylou Poirier, Directrice de l'offre chez Actinuum

Marylou Poirier est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
M.P. : Ma première vie s’est jouée à l’international, chargée de développer des marques de prêt-à-porter et de joaillerie. En traversant les fuseaux horaires, j’ai très vite été exposée au défi d’une bonne gestion de son énergie, de son temps et ses priorités. S’en sont suivi, 75 pays explorés, un kaléidoscope de façons de penser et de travailler qui se sont agrégées… Et, paradoxalement, la même trame humaine : des besoins biologiques communs, neurotypes reconnaissables, styles émotionnels et relationnels aux (in)compatibilités souvent prévisibles.
Puis j’ai suivi des années de formation, coaching et mentorat sur les techniques gestion des capacités physiques, émotionnelles et mentales. Le tout, a forgé ce qui est devenu le chapitre suivant, la formation et l’accompagnement SAM des RH dans leurs stratégies de développement des compétences managériales. Je décode aujourd’hui des managers, par une lecture systémique : comprendre un manager via ses interactions, doublée d’une lecture cinétique : percevoir sa dynamique individuelle, ce qui peut être accéléré et ce qui risque fort de dérailler!
Au milieu de tout ça, la vie ! J’ai eu beaucoup de chance, fait de superbes rencontres d’esprits brillants, mais aussi quelques très mauvaises! On parle trop peu souvent en France et dans le management français de nos échecs, or c’est aussi ce qui a forgé ma trajectoire, des « sprints » d’essais-erreurs, l’apprentissage de la résilience et, de fait, une approche résolument pragmatique aujourd’hui.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
M.P. : Ce qui m’occupe l’esprit en ce moment c’est la conviction que dans cette ère IA, déjà bien ouverte, il est plus urgent que jamais de ré-apprendre à exploiter nos propres capacités. A l’image de l’anglais en 2ème langue vivante, qui était une compétence rare, désormais devenue banale - je crois que la connaissance de son profil cognitif et de ses divers neuroatypismes, deviendra une compétence élémentaire d’ici quelques années.
Donner des outils de compréhension de ses câblages cérébraux : automatismes, besoins, biais et limites, c’est augmenter les chances que chacun agisse avec tolérance, discernement et responsabilité, tant sociale que sociétale. C’est aussi, au niveau managérial, aider chacun à transformer des différences en complémentarités opérationnelles, plutôt qu’en frictions silencieuses.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
M.P. : Il y en a tellement, ces rencontres et ces shifts sont mon ADN (incroyable, même pas fait exprès!). Mais pour n’en citer qu’un, celui qui vient à l’esprit à cet instant, c’est il y a 10 ans seule à l’aéroport de Taipei, après avoir oublié mon sac à main dans un taxi, plus de passeport ni porte monnaie (et pas CB sur tel encore…!) - aucun plan B. Je panique, et là un moine en toge rouge orangée, qui semble tout droit sorti d’un temple du Bhoutan, s’arrête face à moi et juste me fixe avec un calme olympien. En 30 secondes il m’a plus marqué, que 1000 mots ne l’aurait fait.
L’instantanéité de son impact et la tranquillité de sa présence (rarement recroisée d’ailleurs!) on redéfini ma vision de la force.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
M.P. : Un livre, je dirais Flow (Mihály Csíkszentmihályi), pour son étude sur les conditions de l’hyper focus, que je trouve fascinant et très convergent avec mon vécu empirique de ce qui aide véritablement à se concentrer. Ou dans un autre genre The Poetry Pharmacy (William Sieghart) une anthologie d’ordonnances poétiques où à chaque humeur correspond un poème.
Une musique : Serenade for string (Dvořák) pour la beauté du mouvement lyrique.
Un film : « Her » avec Joaquin Phoenix, pour sa réflexion sur la nature des émotions humaines et l’IA, et aussi car c’est un film d’anticipation quasi prophétique !
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
M.P. : Technologique incontestablement. Pas tant pour la démocratisation de l’usage de l’IA en formation, mais pour la nécessité sous tendue de recomposer le rôle du formateur tant que du manager. Passer d’un modèle de « transmission de la connaissance » à un modèle d’intelligence augmentée.
Le talent n’est plus de « savoir » mais de « savoir faire raisonner » : stimuler l’attention, l’esprit critique et la capacité d’analyse - et ça remet au centre la métacognition.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?
M.P. : Chez SAM, on a créé un Scan Managérial parce qu’on voyait toujours la même scène : une Direction persuadée de parler du réel… et des équipes convaincues de ne pas être entendues. Deux vérités parallèles, et au milieu, des tensions, des malentendus, de l’énergie perdue.
En 3 à 5 jours, nous mettons noir sur blanc ces écarts de perception, pas pour désigner des camp ou des coupables, mais pour réunifier autour d’un diagnostic commun.
Les priorités s’alignent plus vite : on sait enfin quoi traiter d’abord, et quelles actions lancer : formations comme transformations. Les retours qu’on a eu, ce n’est pas seulement l’utilité immédiate. C’est aussi la remise en lien, des non-dits qui deviennent dicibles et un retour à de la simplicité.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
M.P. : Par des temps off de shinrin-yoku, comme disent les Japonais ou en clair, de longues balades en forêt. C’est un vrai laboratoire d’attention pour moi, j’y trouve autant le vide cognitif, que l’aération physique et d’hyper connexion aux sens. Et c’est avec ce triptyque, que j’innove le mieux.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
M.P. : Le courant de pensée du Wu Wei m’inspire particulièrement d’un point de vue pro comme perso. Il évoque l’art de la justesse dans l’action.
Le fait de savoir s’accorder au flux naturel des choses (parfois contraignant) tout en assumant pleinement sa responsabilité, agir sans contorsionner les choses à son bon vouloir, ni nuire à quiconque. Vaste programme.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
M.P. : J’y viens pour cette croisée des mondes : l’art, la science, le business, la technologie… et même la danse. Ce que d’ailleurs j’apprécie particulièrement, qu’au milieu de cette effervescence intellectuelle, Adrien ait pensé à mettre cette intelligence corporelle au même niveau, et à juste titre, que toutes les autres.
J’y trouve aussi le plaisir rare de conversations hors norme avec des esprits tous très différents, mais animés par la même soif d’explorer un futur empreint d’espoirs. Et ce que je crois pouvoir apporter, une écoute bienveillante, des éclairages sur les innovations managériales vraiment utiles, et de la méthode pour ré-apprendre à apprendre.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
M.P. : Chez SAM, solution avancées pour les managers, notre ambition est simple : rendre facile et accessible le décodage de son propre profil et celui de son organisation.
Parce qu’on croit qu’un collectif avance mieux quand chacun comprend son fonctionnement, ses besoins et plus encore ses angles morts. Donner ces clés, c’est rendre les gens plus libres, et les équipes plus justes.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
M.P. : « La vérité est un pays sans chemin. » Krishnamurti
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