Clarisse Blanc, Directrice Communication chez MEETIC

Clarisse Blanc est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
C.B. : Depuis toujours, je m’intéresse à ce qui se joue entre les êtres, à ce lien invisible, fragile et puissant à la fois, qui nous relie les uns aux autres.
Je n’ai jamais vraiment choisi entre plusieurs voies. J’ai appris, avec le temps, à les faire coexister.
D’un côté, la communication, avec cette capacité à capter l’air du temps, à façonner des récits, à créer des identités de marques fortes et authentiques. De l’autre, l’art-thérapie, comme un espace plus intime, presque silencieux, où la rencontre est intérieure.
Ces deux pratiques ne s’opposent pas, elles se répondent et me placent au même endroit : au cœur des dynamiques humaines.
Aujourd’hui, en tant que directrice de la communication chez Match Group Europe et fondatrice du Dating Lab, j’explore la rencontre sous toutes ses formes, amoureuse, bien sûr, mais aussi sociale et culturelle.
Ce qui m’anime, c’est de comprendre comment les individus se relient, ce qu’ils cherchent vraiment chez l'autre et pourquoi c'est devenu si difficile d'être en relation.
Avec le recul, mon parcours ressemble moins à une trajectoire qu’à un point de rencontre.
Un espace où se rassemblent le récit et l’émotion, l’analyse et l’intuition.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
C.B. : Ce qui me fait me lever le matin, c’est l’idée que même les choses les plus simples peuvent avoir un impact réel.
Je ne crois pas aux transformations spectaculaires, mais à une forme d’influence plus discrète, presque invisible. Celle d’une conversation qui change quelque chose, d’une expérience qui ouvre le regard, d’un espace qui permet d’être un peu plus soi-même.
Dans mon travail comme dans mon accompagnement en art-thérapie, je suis très attentive à ce que les personnes ressentent. Pas seulement à ce qu’elles comprennent ou à ce qu’elles retiennent, mais à ce qui se déplace en elles.
Si je peux, à mon échelle, contribuer à créer des expériences de rencontre, de création ou de réflexion, qui laissent une trace sensible, alors j’ai le sentiment d’être exactement là où je dois être.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
C.B. : Oui. Juin 2019, un AVC, j'ai 33 ans. Une rupture brutale, inattendue, qui a profondément bouleversé ma manière de voir le monde.
Je dirais même aujourd'hui, que ça a changé mon rapport au temps et au vivant. J’ai pris conscience, de façon très concrète, de la fragilité de l’équilibre et de ce qui peut basculer en un instant, sans prévenir.
Depuis, je ne vis plus tout à fait de la même manière. Il y a une forme de présence plus forte à ce qui est là, aux détails, aux instants, à ce qui me semblait anodin avant.
Ça a déplacé beaucoup de choses : ma manière de travailler, de décider, d’être en lien mais aussi d’habiter le moment présent.
Ça a renforcé l’envie de mettre mon énergie là où ça compte vraiment. Dans ce qui relie, dans ce qui transforme, même de manière infime. Ce temps d'arrêt a ouvert une autre façon d’être au monde. Plus consciente, plus ancrée et finalement plus vivante.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
C.B. : Je suis très attirée par les œuvres qui explorent l’amour, au sens large, pas seulement dans sa dimension romantique, mais dans ce qu’il révèle de nous, de nos vulnérabilités et de nos contradictions.
Les écrits de bell hooks, notamment All About Love, m’ont beaucoup marquée par leur manière de penser l’amour comme une pratique, presque un engagement, loin des représentations idéalisées.
J’ai aussi été profondément touchée par les enseignements d’Arnaud Desjardins, et en particulier L’audace de vivre, pour cette invitation à être pleinement présent à ce qui est, sans chercher à fuir ou à contrôler les souffrances.
Plus récemment, Nous sommes faits d’orage de Marie Charrel m’a particulièrement marquée. J’ai été touchée par la puissance du récit et par la qualité de son écriture, très incarnée, presque physique. Il y a dans ce texte une manière de dire l’intime sans filtre, de traverser les émotions sans les lisser, qui m’a profondément émue.
Ce sont souvent ces œuvres-là que j’aime partager : celles qui, chacune à leur manière, nous ramènent à l’essentiel et nous invitent à habiter le monde avec un peu plus de présence et de sensibilité.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
C.B. : Plus qu’une mutation technologique, je pense que le changement le plus déterminant est sociétal.
Nous assistons à une transformation du rapport à l'autre, à la rencontre et à l’amour. Les individus n’ont jamais été aussi libres, dans leurs choix, leurs trajectoires, leurs identités, et en même temps, cette liberté enferme dans des automatismes et rend la rencontre plus exigeante, parfois plus fragile.
Les attentes ont évolué : on ne cherche plus seulement à construire mais à se sentir aligné, connecté et compris. La relation devient un espace d’expression de soi, presque un prolongement de son identité.
Dans ce contexte, la technologie n’est qu’un outil, un moyen de connexion. Elle accélère, elle facilite, mais elle met aussi en lumière nos contradictions : le désir de connexion et la peur de s’engager, l’envie d’authenticité et la tentation de se protéger.
Pour notre secteur, l’enjeu est donc moins d’innover technologiquement que de mieux comprendre ces transformations humaines et de créer des expériences qui répondent à cette complexité.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?
C.B. : La création du Dating Lab, sans hésiter ! : )
C’est un projet né d’une conviction profonde : comprendre l’amour, c’est comprendre la société dans laquelle on vit.
Parce que l’amour n’est pas seulement une affaire privée. C’est un phénomène collectif, qui influence nos choix de vie, nos liens familiaux, nos manières de travailler et, plus largement, notre façon d’être au monde.
Avec le Dating Lab, j’avais envie de créer un espace pour prendre ce temps-là, le temps de regarder ce qui se joue derrière chaque rencontre. De croiser les regards, de faire dialoguer des disciplines, d’explorer à la fois les grandes transformations et les signaux faibles.
Ce dont je suis particulièrement fière, c’est de contribuer, à mon échelle, à ouvrir ces réflexions et à les rendre accessibles. À remettre un peu de profondeur et de nuance dans un sujet souvent réduit à ses usages.
Au fond, le Dating Lab, c’est une autre manière de parler de la rencontre : non pas comme une expérience, mais comme un miroir de notre époque.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
C.B. : Je cultive surtout la curiosité en restant à l’écoute du monde, de ce qui évolue, mais aussi de ce qui se joue de manière plus subtile autour de moi.
Je m’intéresse autant aux signaux visibles qu’aux signaux faibles : les transformations sociétales, bien sûr, mais aussi les récits individuels, les émotions, les décalages entre ce que l’on montre et ce que l’on est réellement.
Ce qui nourrit ma créativité, c’est justement le fait de croiser des univers qui, a priori, ne se parlent pas. La recherche, l’art, la thérapie, la communication… Ce sont des regards différents, mais complémentaires, qui permettent de déplacer les perspectives.
J’essaie aussi de me laisser des espaces de respiration, des moments où j'observe sans chercher immédiatement à produire. C’est souvent là que les idées émergent, dans cet entre-deux un peu flottant.
Et puis, il y a quelque chose de très simple : être pleinement à l'écoute des personnes que je rencontre. Des histoires, des parcours, des façons d’aimer, de se raconter. C’est une source d’inspiration inépuisable.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
C.B. : Je suis plutôt influencée par des pensées qui remettent le vivant et la responsabilité individuelle au centre.
Pierre Rabhi, et notamment la philosophie du colibri, m’accompagnent chaque jour. Cette idée que chacun peut “faire sa part”, sans chercher à tout transformer, mais en contribuant, à son échelle, de manière sincère et engagée.
C’est une vision qui influence toujours ma manière de travailler. Je ne crois pas aux transformations rapides et spectaculaires mais à des dynamiques plus diffuses : une idée qui circule, une conversation qui déplace un regard, un espace qui permet d’expérimenter autrement.
Dans mon rôle, cela se traduit par une attention particulière à ce que je mets en mouvement, les sujets que j’ouvre, les liens que je crée, les réflexions que j’encourage.
Peut-être une manière de contribuer, sans bruit mais avec exigence. Et de considérer que même des transformations invisibles peuvent avoir un impact réel.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
C.B. : Ce qui m’intéresse dans L’ADN Le Shift, c’est justement ce côté espace à part, un lieu où l’on peut croiser des regards, confronter des idées et prendre le temps de penser autrement.
J’ai envie d’y trouver des conversations exigeantes, parfois inconfortables, qui permettent de déplacer les perspectives et de sortir des lectures trop simplifiées de notre époque.
J'ai envie d’y apporter, à mon échelle, cette attention à la rencontre au sens large. Faire dialoguer des univers qui se parlent peu, remettre de la nuance dans des sujets parfois traités de manière rapide, et explorer ce qui se joue derrière les transformations que nous vivons.
Si je peux contribuer à ouvrir des espaces de réflexion plus sensibles, plus incarnés, alors ce sera déjà beaucoup.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
C.B. : J’aimerais contribuer à ce que la rencontre retrouve toute sa richesse. Dans un monde qui va vite, rappeler qu’au-delà des usages et des outils, ce qui compte reste la qualité du lien, et ce que l’on choisit d’y mettre.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
C.B. : “Les gens oublieront ce que vous avez dit, ils oublieront ce que vous avez fait, mais ils n’oublieront jamais ce que vous leur avez fait ressentir.” Maya Angelou
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