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    Thomas OLLIVIER, Head of Partnerships Groupe MAIF

    Thomas OLLIVIER

    Thomas OLLIVIER est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    T.O. : J’ai du mal à répondre simplement à cette question. Je crois que ce qui pourrait ressortir c’est la curiosité, l’envie de découvrir, partir et éprouver, puis de comprendre, partager et transmettre. Pour résumer, ce fil rouge serait donc l’exploration.
    C’est sans doute lié à mes racines sociales et familiales, où la question du « champs des possibles » ne se posait pas spontanément, et qui, avec ma personnalité, ont formé un point de départ, au sens propre comme au sens figuré.

    Avec ce point de départ, le bon mix de détermination et d’heureuse providence, j’ai rapidement été cherché mon indépendance, en étant autodidacte, parfois rebelle, très tôt dans mes apprentissages et dans mes choix, ce qui donne un parcours atypique : DUT en Transport et Logistique pour me garantir un emploi rapidement ; diplômé du IATA-FIATA en transport aérien par pur opportunisme, ingénieur à l’Ecole Supérieure des Transports en apprentissage pour pouvoir poursuivre mes études – continuer grâce à un plan d’aide au retour à l’emploi par un Mastère Spécialisé en intelligence économique et knowledge management labellisé par la conférence des grandes écoles au Ceram Sophia Antipolis (aujourd’hui Skema Business School), puis être coopté et sponsorisé pour suivre le cycle Intelligence Économique de l’IHESI.

    Tout ça m’apporté, autonomie, confiance et fierté. J’en ai développé une capacité à entreprendre, qui m’a d’ailleurs permis d’être freelance en parallèle de mes emplois successifs pendant plus de 10 ans.
    Aujourd’hui, j’essaie de mettre tout mon parcours au service de l’intérêt supérieur et long terme de l’entreprise. On me décrit comme une vigie et je crois que cela me correspond bien : quelqu’un qui observe avec bienveillance, capte des signaux faibles, internes ou externes, et ose les dévoiler, s’intéresse à des territoires inconnus, puis essaie de les expliquer par l'action, en faisant les liens entre les métiers, leurs enjeux, le passé - le présent et le futur.

    J’aime explorer, relier et cartographier les possibles, pour montrer que rien n’est inéluctable.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    T.O. : Dans ce monde à bascule permanente, je me lève tous les matins pour voir si j’ai toujours l’équilibre, si je ne vacille pas trop ! Je me dis que si je tiens et renforce mon propre équilibre, je peux compenser des déséquilibres ailleurs, par solidarité ou engagement, et donc jouer mon rôle pour aider à ce que ça tourne déjà un peu mieux autour de moi, autant du côté pro que perso. Ça passe autant par le besoin de comprendre que de pouvoir agir. Récemment, au regard de ce que je comprends des nouvelles menaces qui arrivent, que ce soit par le changement climatique ou les ingérences étrangères, j’ai engagé une démarche pour intégrer la réserve citoyenne de défense et de sécurité, et y apporter mon expérience dans les prochaines années.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    T.O. : J’étais devant la télé le 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin. Je ne comprenais pas très bien ce que je voyais. Je me souviens que j’avais l’impression que les commentaires n’avaient rien à voir avec les images. Moi je voyais une foule très diverse mais unie, des gens en pleurs mais incroyablement heureux, une force physique à l’œuvre mais sans violence. Le décryptage géopolitique et historique de ce qui se passait me parvenait mal ; j’étais trop subjugué par ces images de liesse. Cette soirée m’a marqué dans la façon de décrypter ce qu’on peut voir, lire, ou vivre : le décryptage par les émotions peut être tout aussi fort, parfois plus juste, que le décryptage par l’intelligence ou le savoir.

    3 ans après, j’avais 13 ans, je suis parti en Roumanie un mois pour un voyage humanitaire organisé par mon collège. Le pays n’était pas encore complètement remis des années Ceaușescu, et nous intervenions pour secourir un orphelinat en grande difficulté. Les gens chez qui je séjournais me laissait prendre mon bain le premier, en me demandant de ne pas vider l’eau, nécessaire pour leur propre toilette. J’étais un adolescent, mais j’étais servi le premier à table. Et ainsi de suite. A l’orphelinat, des enfants à qui il manquait tout, et qui avaient vécu l’enfer, nous rassasiaient à n’en plus finir de leurs rires, leurs sourires, leurs jeux et leur énergie. Enfin, le papa de la famille qui m’accueillait répétait sans cesse « il n’y a jamais de problème, que des solutions ». Depuis ce voyage, je vois naturellement et facilement les choses positivement, même quand tout peut nous forcer au contraire.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    T.O. : Elles sont si nombreuses… il faudra plusieurs portraits pour pouvoir rendre hommage à toutes et tous !
    Globalement, j’ai une affection particulière pour les artistes qui déverrouillent de nouveaux espaces de création, des niveaux d’émotion encore vierges et/ou des logiciels de compréhension qui nous font avancer. Ceux qui transforment un interstice en nouvel imaginaire, ou qui projettent dans une lumière d’évidences une réalité jusque-là dans l’ombre. Un grand respect aussi leur courage et leur radicalité aussi souvent.
    Je suis toujours bluffé par Alain Damasio pour ce qu’il nous permet d’apercevoir, dans ses romans comme dans ses nouvelles, et pour l’esprit critique qu’il aiguise chez moi. Je suis aussi très à l’écoute de Damien Saez, de ses textes et de ce qu’ils disent de nous tous, dans notre confort ou inconfort.

    Côté film, j’ai été marqué par « la vie est belle » de Franck Capra. Ce film dit tout sur les aspirations individuelles ou collectives, sur l’enjeu du bien commun à l’échelle d’une communauté ou d’une entreprise, le pouvoir de la seconde chance comme compréhension transformante. Il faudrait craquer les algorithmes pour l’imposer sur toutes les plateformes aujourd’hui !

    Enfin très récemment, j’ai vu l’expo sur Lee Miller au musée des arts modernes. Je connaissais mal la photographe, et encore plus mal la femme qu’elle était. Quelle claque ! Elle aurait pu avoir une vie d’une insolente facilité, voire même presque frivole. Et pourtant, elle a choisi de mettre sa liberté, sa capacité et son envie d’influence, au service du plus grand bien commun possible : notre mémoire collective.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    T.O. : Je suis inquiet par les dislocations sociétales, à toutes les échelles, en particulier celles provoquées par la déformation de la réalité et de la réécriture de l’histoire, et très inquiet des sorciers, apprentis ou grands maîtres, qui les projettent et nous les imposent à travers leurs épiscopes populistes et algorithmiques !
    Je ne crois pas qu’il puisse y avoir la préparation d’un avenir désirable sans un minimum de compréhension éclairée du passé et de lecture honnête du présent. A travers son rôle, un assureur peut contribuer à la projection d’une forme de confiance dans un futur proche ou plus lointain, mais son action sera d’autant plus efficace que son environnement immédiat, politique – économique – sociétal et médiatique, saura en constituer le terreau fertile et immédiat, en permettant le dépassement des réflexions et préoccupations uniquement individuelles.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?

    T.O. : J’ai eu la chance de vivre toute une épopée avec mes équipes et d’autres collègues sur l’ « économie collaborative et les pratiques émergentes », qui a participé à mettre le groupe dans une nouvelle dynamique d’innovation et d’audace, tant sur le plan culturel qu’opérationnel. Nous avions une grande liberté et une grande confiance dont nous tenions à nous montrer responsables. Nous avons lancé le fonds MAIF Avenir pour accélérer notre compréhension des enjeux transformatifs, remporté avec d’autres partenaires le 1er appel à projet de l’ADEME au cours duquel nous avions recours pour la 1ère fois aux leviers du design, des hackathons… Certaines innovations complètement intégrées aujourd’hui, comme notre dispositif PrévEntraide ou le refus de prise en charge, sont nées à cette époque. Par la suite, j’ai travaillé sur des projets aux impacts financiers plus importants et plus structurants, mais je retiens cette mission car elle a fédéré et synthétisé des métiers, des énergies et des talents variés dans une très belle et productive aventure humaine. Ça reste essentiel pour moi.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    T.O. : J’ai sans plus de canaliser ma curiosité que de la cultiver ! Ma manière d’innover, inconsciemment, c’est sans doute de m’éparpiller. Je veux toujours aller sur la ligne de crête suivante pour l’excitation de la découverte et de ce qu’il y a derrière. Avec les années et l’expérience, j’ai appris à m’entourer, mettre un peu de méthode. Mes collègues pourraient parfois encore me voir comme un pirate hors-la-loi ; je revendique rester un corsaire bienveillant, qui sait rentrer au port.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    T.O. : Il y a quelques années, un esprit sympa et brillant m’a demandé si je connaissais David Graeber… Je l’en remercie car ça a suffi pour que je m’y intéresse, le lise, et puisse des années plus tard en parler sans rougir avec ma fille ainée, qui l’étudiait alors en khâgne. Le hasard m’avait conduit au CES de Las Vegas de 2018, année où il sortait Bullshits Jobs sur les fonctions socialement inutiles. J’avais déjà commencé à le lire, et sans avoir encore entre mes mains son nouvel opus, la seule chose que j’avais ramenée du Nevada était un petit chevalet estampillé « no bullshit allowed ». Toutes celles et ceux qui viennent dans mon bureau peuvent encore le voir. Dans mon domaine, le monde du travail devient très attirable et épanouissant quand l’authenticité et la sincérité, que ce soit du projet ou de la relation, s’imposent.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    T.O. : Il faudrait que je lise tout Camus, Baudrillard, et d’autres. Que je voie tous les films d’Hitchcock ou du dernier palmarès des 10 plus grands réalisateurs de géni. Que je me forme à une écoute des grands opéras digne de ce nom… Il faudrait que je sois en veille permanente sur les tendances, les nouveaux risques à anticiper, les émergences à détecter. La liste est infinie. Les lignes de crête n’arrêtent pas de se superposer à l’horizon.

    Mon seul algorithme est développé par mes rencontres. Je dois mon amour du vin, ma pratique de l’ultratrail, mes courses d’alpinisme, mes lectures, mon soutien au PSG, et pratiquement toujours mon éveil à une menace ou une opportunité aux autres et aux rencontres que je peux faire. C’est exactement ce que proposes l’ADN Le Shift : une forme de scission avec un algorithme déshumanisé et subi pour une rencontre avec des passions et savoirs incarnés.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    T.O. : J’aimerai qu’on puisse dire de moi que j’ai apporté à mon entreprise voire à celles de mes partenaires en ayant apporté un élan, parfois un nouvel élan, aux personnes qui s’y trouvaient, idéalement de mon vivant si on considère la retraite comme une petite mort professionnelle.
    On me protège souvent par ce feedback à double tranchant : « tu as raison trop tôt ». Donc mon rêve pour demain n’est pas que les autres aient tort plus vite, juste d’aider un peu plus efficacement à ce qu’ils n’aient pas tort trop tard.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    T.O. : J’adore celle d’un de mes patrons, « faire de chaque jour une fête », qui s’associe bien à la mienne « on n’est jamais à l’abris d’une bonne surprise ». Les fêtes mémorables sont souvent celles auxquelles on ne s’attendait pas !

     

     

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