Portrait de Sophie Paisant, Responsable communication interne et projets éditoriaux chez Fnac Darty

Sophie Paisant est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
S.P. : Mon parcours se construit à l'intersection de la culture et de la technologie, deux univers que j'ai toujours aimé explorer en profondeur. Après une formation en journalisme, j'ai poursuivi une réflexion académique à l'EHESS autour de la sociologie de la musique — en particulier les mécanismes de reconnaissance des artistes et le rôle de la critique. C'est à la Fnac que j'ai découvert la réalité du commerce de la culture, avant d'être saisie par la dynamique du Retail et de rejoindre les équipes web pour concevoir des sites marchands et structurer des dispositifs data autour de l'offre culturelle. Une formation complémentaire en ingénierie de l'information au CNAM m'a ensuite conduite vers la communication interne, où j'ai retrouvé avec plaisir mes premières amours éditoriales. Fil conducteur de toutes ces expériences : une soif d'apprendre et de comprendre qui ne m'a jamais quittée.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
S.P. : En ce moment, c'est le chant des oiseaux qui me réveille avec sa poésie simple et ressourçante. Vient ensuite le petit-déjeuner en famille, et l'envie de comprendre le monde dans lequel je vis (merci Guillaume Erner).
La question qui m'occupe en ce moment touche au lien social : comment le consolider ? Quelles sont les croyances partagées, les récits fondateurs qui nous unissent, comment ils naissent, et comment ils se propagent.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
S.P. : À 17 ans, une année à l'écart du rythme scolaire m'a offert un cadeau inattendu : le temps. Celui de pousser chaque jour la porte du cinéma Art & Essai du quartier et de voyager en grand format à travers les époques et les cultures du monde entier.
Cette parenthèse a été un vrai départ, au sens propre comme au sens figuré.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
S.P. : Trop pour tenir ici. Les vraies recommandations se méritent, on en parlera de vive voix.
Mais pour donner le ton : Billie Holiday, Elvis Costello, Gardel, Dostoïevski, Mauvignier, Goffman, Morin, Toni Morrison, Scorsese, Depardon, la série Treme… et une liste de podcasts et chaînes YouTube qui n'attend qu'une occasion.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
S.P. : La coexistence de nos vies numériques et physiques est sans doute le changement le plus déterminant pour notre secteur. Non pas comme une tension, mais comme une réalité nouvelle à habiter intelligemment.
Dans ce contexte, le spectacle vivant et l'événementiel, des lieux comme l'ADN le Shift, prennent une valeur renouvelée. Se retrouver dans la même pièce, partager un repas, vibrer ensemble devant un spectacle, laisser une conversation se prolonger… Ces moments portent quelque chose d'irremplaçable. C'est là que se construit le collectif : cette expérience d'appartenir à quelque chose de plus grand que soi, de partager non seulement un espace, mais des émotions, des références, une mémoire commune. Ce qui fait qu'on est une société.
Le lien au sensible, c'est notre humanité même. Dans un monde de plus en plus médiatisé par les écrans, préserver et cultiver ces expériences partagées est non seulement précieux, c'est une responsabilité pour notre secteur.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?
S.P. : Ce qui me rend vraiment fière ? Mes enfants.
Deux personnes remarquables, radicalement différentes l'une de l'autre, qui m'épatent un peu plus chaque jour. Avec eux, j'apprends : ils m'ouvrent leurs univers, me font voir le monde autrement, et me rappellent que la curiosité n'a pas d'âge.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
S.P. : Dans mon métier il faut se renouveler en permanence. Je me nourris tous les jours sur les thèmes qui m'intéressent avec une pratique de veille quasi obsessionnelle, sur le web, via des expos, des conférences... J'ai aussi besoin de prendre du recul et je lis beaucoup, notamment des essais. C'est extrêmement important pour moi de partir de la big picture avant de me plonger dans l'opérationnel du métier, ça permet de réaligner les attendus, ce qu'on a tendance à perdre quand on va trop vite. La vision, le sens sont les moteurs de la créativité.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
S.P. : Les sciences humaines m'accompagnent depuis toujours. D'abord la sociologie de la culture qui est mon socle de base, puis les sciences de l'information et maintenant les sciences cognitives. Depuis peu, comme pour beaucoup d’entre nous, les enjeux géopolitiques s’invitent à la table.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
S.P. : Le Shift est un espace de conversation avec une grande qualité d'écoute et c'est déjà beaucoup. Avec des personnes venues d'univers très différents mais qui prennent ce temps pour sortir de leur bulle. On y découvre aussi des sujets inattendus, formidablement décryptés par l’équipe de l’ADN. C’est souvent dans cet inconfort qu’on apprend le plus. Les discussions font naître pas mal d’idées et l’envie de les réaliser, parfois de nouvelles collaborations professionnelles ou des mises en relation. C’est la puissance du réseau.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
S.P. : La notoriété, qu'elle soit celle d'une personne ou d'une marque, confère un pouvoir d'influence considérable. Ce pouvoir crée de la valeur, mais il implique aussi une responsabilité réelle envers la société.
Aujourd'hui, si les enjeux environnementaux commencent à être pris au sérieux, les enjeux sociétaux restent largement ignorés. C'est là que ce pouvoir d'influence peut jouer un rôle décisif : en fédérant et en soutenant des collectifs qui agissent positivement.
À mon niveau, j'essaie déjà d'ouvrir des pistes dès que l'occasion se présente. Mais je veux aller plus vite et plus loin. Le temps presse.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
S.P. : « I’ll Sleep When I’m Dead » Warren Zevon
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