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    Portrait d'Ariane Dalle, Directrice Artistique Textile chez Elitis

    Arianne Dalle
    © DR

    Ariane Dalle est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    A.D. : Je suis née dans le sud de la France, au cœur d’une magnifique ferme provençale du XVIIIe siècle, en Camargue, entourée de champs de lavande aux reflets bleutés. Très tôt, j’ai été fascinée par les films de western, leurs grands espaces et leurs silhouettes libres. Élevée parmi les meubles anciens et les tableaux, j’ai développé très jeune un goût profond pour l’élégance nostalgique et le vestiaire masculin de qualité. Je collectionne des pièces authentiques, habitées par une histoire humaine — pour moi, les textiles sont un véritable langage, celui du savoir-faire et du temps. Parmi elles, une précieuse collection de bandanas, des vestes d’ouvriers en toile bleue des années 1920 patiemment rapiécées, et de remarquables chemises en chanvre du XIXe siècle. Je suis profondément sensible à la beauté de l’imperfection, à la patine laissée par les années. Petite-fille d’un ancien tisserand de lin dont la manufacture se trouvait près de la frontière belge, je nourris un lien intime avec cette fibre, fil conducteur de toutes mes collections. J’aime sa texture, son tombé, son odeur, et par-dessus tout sa délicate fleur bleue, dont l’éclosion fragile ne dure que quelques heures. Je suis également fascinée par l’histoire des peuples autochtones d’Amérique et leurs cultures. J’ai imaginé plusieurs collections textiles pour différentes maisons, inspirées par l’esprit du peuple Navajo. L’un de mes livres fondateurs est Touch the Earth, un recueil bouleversant de paroles de chefs amérindiens. Je dévore les livres sans fin ; la lecture est l’une de mes plus grandes passions. Mon refuge, ce sont ces longues heures contemplatives passées dans les musées, absorbée par l’art et l’architecture. J’ai eu la chance de beaucoup voyager, et je reviens toujours de mes périples avec de beaux objets, des trésors choisis, qui continuent de nourrir mes collections et mon imaginaire. Je porte souvent cravate et veste, dans un esprit qui évoque Mia Farrow, avec une touche de Ralph Lauren, particulièrement inspirée par sa ligne Double RL, où se mêlent pièces tailleur et vêtements vintage. Car si une part de soi infuse toujours le travail, la véritable direction artistique réside dans la force de créer des mondes qui ne soient pas le reflet de son esthétique personnelle, mais l’expression fidèle et sensible de l’identité d’une marque. J’ai eu la chance de diriger les plus belles maisons d’ameublement qui appartiennent au cercle très fermé des éditeurs textiles de luxe, où ma direction artistique joue un rôle central dans l’identité, les collections et le positionnement international.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    A.D. : Embrasser mon arbre le matin au Luxembourg.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    A.D. : L'Inde m’a fait changer mon regard sur le monde. Non pas l’Inde des cartes postales, mais celle de la couleur, du silence, de la poussière, des regards profonds et des questions sans réponses toutes faites. À travers la philosophie de Krishnamurti, j’ai commencé à comprendre que le véritable voyage n’était pas géographique, mais intérieur. Krishnamurti ne proposait ni méthode, ni dogme, ni chemin tracé. Il invitait à regarder.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    A.D. : Oui le film japonais très singulier réalisé par Hirokazu Kore-eda, sorti en 1998. C’est un drame contemplatif, à la fois doux et profondément philosophique, qui invite à une réflexion intime sur la vie, les souvenirs et ce que nous emporterions avec nous au-delà de la mort.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    A.D. : Créer ne devrait plus être un acte qui détruit la planète. Aujourd’hui, l’industrie textile est l’une des plus polluantes au monde : surproduction massive, fibres synthétiques issues du pétrole
    teintures chimiques toxiques… J'aimerais un engagement réel dans le retour du fait main et l’utilisation dès matières naturelles. Créer moins, mais mieux.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?

    A.D. : Ma collection Racines avec la fondation Luma dont je vous avais envoyé un dossier. Revenir aux racines, c’est revenir à une création respectueuse du vivant.
    C’est concevoir avec la mémoire de la terre, pas contre elle…

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    A.D. : Ma curiosité part toujours en vadrouille. Elle se faufile entre les musées, s’attarde dans les lignes de l’architecture, observe le monde comme l’œil d’un photographe. Je glane des idées partout, dans une lumière, une matière, une ombre, un détail presque invisible.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    A.D. : La pensée de Clément Rosset influence profondément ma manière de voir et de créer. Son rapport au réel, à l’acceptation du monde tel qu’il est sans illusion, sans détour résonne dans mon travail de designer textile.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    A.D. : La diversité culturelle et les mondes inconnus. Le Shift me sort de ma zone de confort et tisse des idées en moi, faisant de chaque rencontre une source brute de créativité.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    A.D. : Je rêve de créer des tissus entièrement naturels, où chaque fibre raconte une histoire de terre et de lumière. Des textiles qui respirent, qui vivent, qui respectent le monde dont ils sont issus. Créer ainsi, c’est faire de la beauté un acte de soin, et du design une célébration de la nature plutôt qu’une exploitation.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    A.D. : « Le travail n’est rien sans son devenir. » Hegel

     

     

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