Portrait de Candice Robert, Directrice service Electrification chez ABB France

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    Candice Robert est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    C.R. : Mon parcours traverse plusieurs mondes — les événements chez Ducati, le sponsoring chez Fiat Groupe et la transformation digitale du marketing avec des postes de direction Marketing-Communication — mais un fil rouge relie tout : accompagner et faire vivre des transformations.
    Que ce soit à travers une expérience mémorable à un MotoGP, en naviguant dans la révolution digitale du marketing, ou aujourd'hui en guidant mes équipes face aux mutations de nos sociétés — ce qui m'anime, c'est la certitude que les gens et les organisations peuvent se transformer et progresser.
    Aujourd'hui je dirige le Service Electrification chez ABB en France. ABB est un leader technologique mondial en électrification et automatisation : les équipements qui font fonctionner les usines, qui alimentent les bâtiments et permettent à l'industrie de consommer moins et mieux. Des technologies souvent invisibles — mais absolument essentielles à la transition énergétique.
    Et la transformation que je porte maintenant ? C'est celle du Service lui-même : passer d'une logique réactive — le SAV — à un rôle proactif au cœur de la transition énergétique. Accompagner nos clients à faire mieux, plus durable, plus intelligent.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    C.R. : Ma fille Alix, très matinale ! Et puis, une conviction profonde : apprendre quelque chose chaque jour et le transmettre. Ce mouvement perpétuel entre absorber, comprendre et partager est ce qui me structure.
    Dans mon quotidien professionnel, cela se traduit par une question que je porte en permanence : comment accompagner mes équipes à appréhender les transformations profondes de nos sociétés — technologiques, environnementales, économiques — pour les intégrer dans notre travail et dans notre façon de répondre aux enjeux de nos clients ? Et c'est dans la réussite collective que je trouve le plus de sens.

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    C.R. : Le Covid. Cette période a été pour moi un basculement.
    Je l'ai vécue à Paris. Et pour la première fois de ma vie, j'ai ralenti. Une slow life que je n'avais jamais connue. Ce qui m'a le plus frappée ? Notre capacité d’adaptation, notre résilience et la puissance de la nature qui a repris ses droits… pendant un temps. Des canards qui marchaient sur les trottoirs de mon quartier parisien — pas si proche des bords de Seine — comme si la ville leur avait enfin rendu ce qui lui avait été emprunté.
    Mais ce moment a aussi été celui d'une prise de conscience plus sombre : face à la crise, la réponse des États a révélé une tension réelle entre protection collective et libertés individuelles. Cette période m'a profondément interrogée sur la capacité de nos sociétés à traverser les grandes ruptures — et sur ce que chacun d'entre nous peut y apporter.
    C'est précisément à ce moment-là que j'ai changé d'environnement professionnel et rejoint ABB, convaincue que les enjeux énergétiques sont au cœur de la réponse aux grandes mutations de notre époque.

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retourné·e ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    C.R. : Le Boléro chorégraphié par Maurice Béjart et interprété par Sylvie Guillem — vu à Istres quand j’avais 15 ans, qui fut pour moi, danseuse amateur, une révélation : la perfection technique de Guilhem alliée à une émotion totale, m'a ouvert à cette chose que je ne savais pas nommer à l'époque : la beauté comme état de grâce. Sirāt (Oliver Laxe, Prix du Jury à Cannes 2025). Un film qu'on ne quitte pas indemne. Ce n'est pas un film que l'on regarde, c'est une expérience que l'on traverse. On suit la descente aux enfers d'un père et de son fils, embarqués dans un convoi de ravers à travers le désert marocain sur fond, ou plutôt sur prédominance de techno ! Sirāt, en arabe, désigne le pont entre l'enfer et le paradis. On comprend pourquoi. Une œuvre existentielle, viscérale, dont les images et les sons continuent de résonner longtemps après la séance.

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    C.R. : Le trilemme énergétique : sécurité d'approvisionnement, durabilité environnementale, accessibilité économique. Trois impératifs qui s'affrontent et qui redéfinissent l'ensemble de nos stratégies industrielles.
    La demande mondiale d'électricité croît à une vitesse sans précédent, portée par l'IA, l'électrification des usages et la croissance industrielle. Le défi n'est plus seulement de produire davantage — c'est de repenser l'architecture même des systèmes énergétiques qui la supportent.
    L'IA joue ici un double rôle paradoxal : elle amplifie la demande, mais elle est aussi l'un des outils les plus puissants pour optimiser et piloter intelligemment les réseaux. En parallèle, la commoditisation croissante des équipements électriques pousse les acteurs du secteur à se réinventer : la compétition ne se joue plus seulement sur le produit, mais sur la capacité à créer de la valeur par le service, la donnée et l'expertise. Ce n'est pas qu'une question technique — c'est une question de design systémique. Et c'est ce qui rend ce moment fascinant.

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fier·e ?

    C.R. : Nous étudions actuellement un projet de rénovation chirurgicale du système d’alimentation et de distribution électrique dans une ancienne centrale nucléaire toujours en activité. Plutôt que de remplacer l'ensemble des installations, l'approche consiste à mener des études approfondies pour identifier précisément ce qui est strictement nécessaire de remplacer, et ne toucher qu'à cela.
    C'est plus exigeant intellectuellement, cela demande davantage de préparation et une coopération rapprochée avec le client. Mais c'est infiniment plus vertueux : moins de matériaux consommés, moins de déchets, une empreinte bien plus raisonnée. C'est à la fois un exemple de vrai progrès environnemental et une illustration du type de service que je veux incarner : rigoureux, responsable, sur-mesure.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    C.R. : Je cultive la curiosité sur plusieurs fronts — leadership, sujets techniques, vie culturelle — parce que je suis convaincue que l'innovation naît rarement dans une seule discipline. Elle naît des croisements. Deux choses sont pour moi absolument fondamentales : prendre de la hauteur — ce qui demande beaucoup de discipline dans nos quotidiens sur-sollicités cognitivement — et écouter véritablement chacun dans mon équipe, sans hiérarchie de parole. Le collectif et la diversité sont des sources foisonnantes d'idées. Encore faut-il créer les conditions pour qu'elles s'expriment. Et puis il y a quelque chose de profondément ancré en moi : je refuse le statu quo. Faire quelque chose parce qu'on l'a toujours fait ainsi n'est pas une raison suffisante. C'est même souvent une raison de tout remettre à plat.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    C.R. : Mes mentors. J'ai la chance d'entretenir des échanges réguliers avec des personnes qui ont construit des trajectoires singulières, et qui ont la générosité de partager leur regard sans complaisance. Ces dialogues m'ont appris que les meilleures décisions ne viennent pas de la certitude, mais de la capacité à rester en questionnement — tout en continuant à avancer.

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    C.R. : Ce qui m'attire dans l'ADN Le Shift ? D'abord, la diversité. Des profils, des sujets, des perspectives que je n'aurais pas forcément explorés seule. C'est une véritable prise de hauteur.
    C'est aussi un espace qui fait du bien. Notre monde suit une trajectoire inquiétante, on le sait. Mais à l'ADN Le Shift, je rencontre des gens qui ne se contentent pas de constater — ils proposent, ils créent, ils construisent des solutions.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    C.R. : Diriger le changement avec des individus épanouis. Mon ambition est de contribuer à mon échelle à un futur où nos clients — ceux qui fabriquent, qui transportent et alimentent le monde — et bien sûr la population, n'auront pas à se soucier de la disponibilité d'une énergie fiable, durable et accessible.
    Pour y parvenir, je veux continuer à intégrer l'IA de manière intelligente — non pas pour rendre les gens moins experts, mais pour les rendre plus puissants, en libérant du temps pour la réflexion, la créativité et la décision. L'IA au service de l'expertise humaine, pas à sa place.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    C.R. : Commence par faire le nécessaire, puis fais ce qu'il est possible de faire et tu réaliseras l'impossible sans t'en apercevoir. De Saint François d'Assise.

     

     

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