livre des tendances 2026
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    Portrait de Marc Dannaud, Artiste plasticien

    Portrait d'homme
    © DR

    Marc Dannaud est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.

    Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?

    M.D. : Aujourd’hui artiste-plasticien, mon fil rouge a toujours été une dynamique créative dans un esprit de partage et de service. Après l’École Boulle, (je ne me sentais pas encore prêt pour une vie d’artiste) j’ai travaillé pendant 20 ans comme Architecte d’Intérieur de l’environnement de Travail… Ce rapport serviciel aux contextes et aux contraintes a profondément influencé la relation que j’ai aujourd’hui comme artiste à mes clients et aux lieux pour lequel l’œuvre est créée. L’enjeu n’est pas de partager « ma » vision du monde mais d’être le médiateur de la vision des commanditaires à travers des œuvres pensées pour un espace et un usage précis. Cette approche servicielle, en laissant de la place au commanditaire, a attiré mon attention sur un « désir d’art » universel et naturel que j’ai voulu aborder à travers des performances collectives, accessibles à tous.tes. Depuis 9 ans, les Actions Artistiques Collectives mettent en œuvre ce besoin de partage collectif, autrement que par des mots et des éléments de langages, en s’appuyant sur cette part artistique indissociable de notre humanité.

    Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?

    M.D. : La conviction que l’expression sensible, l’art et la poésie constituent un ciment collectif et un moteur universel : nous avons plus que jamais besoin de ce langage qui va au-delà des mots dans un monde qui nous force à nous comporter de plus en plus comme des machines, à coup d’interfaces procédurales et statistiques. "Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément" (William Bruce)

    Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?

    M.D. : A 17 ans, une expérience mystique qui m’a fait comprendre à quel point nous sommes liés les uns aux autres, et que chaque maillon de la chaine peut entrainer ses voisins, vers le haut ou vers le bas….

    Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?

    M.D. : Ces derniers temps, je repense souvent à divers films de science-fiction parce que notre trajectoire actuelle ressemble terriblement à ces futurs dystopiques cinématographiques comme ceux d’Elyseum ou de Matrix. En ce moment, je lis avec délectation « Petit Eloge de la Médiocrité » de Guillaume Meurice qui souligne avec humour, la mégalomanie et le narcissisme toxique ambiant : si nous étions simplement nous mêmes : ni des génies, ni des super-héros, ni des milliardaires ?

    Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?

    M.D. : Il y a tellement de changements impactants pour mon activité ! !! Je pense que la plus dommageable est l’accélération induite par les progrès technologiques et notamment sur la sphère relationnelle… De moins en moins de temps de cerveau disponibles. L’accélération, nous rend progressivement indisponible les uns aux autres, voire à nous-mêmes, et nous fait traverser notre environnement en éludant toutes les interactions qui faisaient la saveur de la vie… On n’a jamais eu autant d’outils de mise en contact mais il est devenu quasiment impossible d’arriver à établir un contact avec personne potentiellement intéressée…Il est aujourd’hui plus facile d’obtenir une réponse d’une interface procédurale que d’un humain : c’est problématique. Je crois que l’essentiel de la vie se joue dans l’instant de respiration libre, qu’elle soit physiologique ou poétique, or l’accélération actuelle lui laisse de moins en moins sa place…

    Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?

    M.D. : A chaque fois qu’un commanditaire s’approprie l’œuvre créée pour lui ou avec lui, au point d’oublier mon rôle quand il présente l’œuvre… Ou quand comme Hystra, l’œuvre murale devient un authentique objet de culture commune au fil des années et que c’est un creve-cœur quand ils doivent s’en séparer pour cause de déménagement.

    Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?

    M.D. : Quand on adopte une démarche servicielle authentique, l’innovation est obligatoire car, c’est toujours un sujet ou un contexte qu’on n’avait pas imaginé ni rencontré jusque là… La contrainte est pour moi un formidable levier d’innovation.

    Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?

    M.D. : Des penseurs divers qui m’aident à comprendre ce qui se passe : Guy Debord qui décrit l’inversion de la vie, où la personne n’est plus actrice mais spectatrice de sa propre vie – Paul Virilio qui met en garde contre les risques de la vitesse et de l’acceleration qui crééent des accidents aussi bien relationnels que technologique – Jung et la notion d’inconscient collectif, de synchronicité, Nicolas Bourriaud et l’art comme état de rencontre…

    Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?

    F.S. : La qualité des intervenants est remarquable : les formats d’échanges à table sont des moments rares… J’aimerai pouvoir y trouver plus de collaborations et de projets en communs qui aillent dans le bon sens.

    Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?

    M.D. : Je crois fermement que les entreprises et organisations ont besoin d’un autre rapport au réel, que celui que la technologie nous apporte aujourd’hui et qui dénature des pans entiers de l’expérience quotidienne. L’art fait partie de notre humanité mais est actuellement reléguée au statut de simple secteur économique. J’aimerai pouvoir contribuer davantage à la diffusion de ce que certains appellent « l’Arthinking » qui est plus une manière d’être que de penser et qui peut corriger les travers relationnels et intellectuels actuels… On retrouve dans cette approche sensible tout ce que les machines ne peuvent pas y apporter et qui font justement la richesse de l’intelligence humaine… Je crois que si nous ne mettons pas plus d’art, de poésie et d’expériences sensibles, nous allons assez rapidement perdre de vue ce qu’est une vie humaine réussie.

    Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?

    F.S. : Créer du lien, faire du bien et partager du sens à travers l’expression artistique

     

     

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