Portrait d'Anaïs Gauthier, auteure, conférencière et fondatrice de l’école d’écologie personnelle

Anaïs Gauthier est membre de L’ADN Le Shift, le collectif du média L'ADN, son prolongement humain.
Si vous deviez raconter votre parcours en quelques lignes… quel fil rouge relie vos différentes vies professionnelles et personnelles ?
A.G. : L’empreinte en nous des lieux habités (espaces, territoires), n’a jamais cessé de m’intriguer. J’ai toujours été fascinée par l’appréhension de nos relations avec notre environnement au quotidien. J’explore l’influence de celui-ci sur notre santé physique/mentale et le sens de la vie depuis presque vingt ans suite à des expériences d’épuisement et une errance médicale. La phénoménologie du corps était déjà au centre de mon travail de designer lorsque je dirigeais mon studio parisien d’architecture d’intérieure. Début 2020, j’ai fait disparaitre la membrane que formait le bâti pour me concentrer sur les relations directes entre l’humain et la biosphère. J’ai ainsi fondé l’Ecole d’Ecologie Personnelle pour offrir une approche pluridisciplinaire à la rencontre du mieux-être individuel et des enjeux écologiques planétaires.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous occupe l’esprit ou vous fait vous lever le matin (en dehors du café) ?
A.G. : Avec la sortie de mon livre « La stratégie du repos » chez Eyrolles en Janvier 2026, je suis mue par cette question :
Comment respecter les limites de la biosphère si nous sommes incapables d'honorer nos propres besoins et limites d'êtres vivants ? La question devient alors : comment faire en sorte que notre mode de vie ne soit plus délétère pour nos organismes mais régénérant ? Il me semble qu’en apprenant à honorer notre besoin de régénération, nous nous engageons dans les transformations indispensables à échelle individuelle pour tendre vers une société respectueuse du vivant.
Y a-t-il une rencontre, une date ou un moment qui a changé votre manière de voir le monde ?
A.G. : Mon expérience en solitaire en Alaska, alors que je tentais désespérément de me sortir d’une crise existentielle, a totalement transformé ma façon de voir le monde. M’extraire de mon environnement, me dépouiller de mes attributs sociaux, suspendre la frénésie pour habiter le temps, cesser de lutter contre les besoins de mon organisme, abandonner l’exigence de faire constamment. Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie à ma place, au bon endroit, au bon moment. Cette expérience intense me fi retrouver mon chemin. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’aller loin, j’aurais pu aller sur le plateau du Cézallier ou dans le Jura. L’Alaska s’est imposée en réveillant les braises de mon coeur de petite fille alors que je ne trouvais plus l’énergie de rien.
D’une manière générale, les gens radicaux m’inspirent. Les personnes qui saisissent leurs questionnements à bras le corps, qui explorent ce que signifie que d’être terrestre, qui défrichent pour nous offrir de nouvelles voies, modifient le regard que je pose sur le monde. Parmi eux, l’artiste sculpteure Evelyne Adam, la famille Barronnet pionnière en autonomie, l’auteur Mark Boyle. Ma découverte des mouvements anglo-saxons de l’embodied activism et du spiritual activism, ainsi que de philosophes comme David Abram, a été structurante pour moi.
Les œuvres (romans, films, expositions, séries, BD, musiques…) qui vous ont retournée ou que vous glissez volontiers dans les mains de vos amis ?
A.G. : Récemment, le récit autobiographique d’Adèle Yon « Mon vrai nom est Elisabeth » dans lequel elle aborde la question de la santé mentale des femmes et du tabou que cela peut représenter au sein de la famille, m’a particulièrement marquée.
« Tresser les herbes sacrées » est mon livre de chevet depuis plusieurs années, je ne me lasse pas des écrits de R. W. Kimmerer et j’en lis souvent des extraits lors de mes accompagnements.
Le récit de Mark Boyle sur son année sans aucune technologie m’a profondément touchée : « L’année sauvage ». En fiction, je recommande souvent « Un psaume pour les recyclés sauvages » de Becky Chambers tant il m’a laissée une impression de douceur.
Mutation ou transformation : quel grand changement (sociétal, technologique, culturel…) vous semble le plus déterminant pour votre secteur ?
A.G. : L’infiltration de nos vies par l’IA déjà employée à titre de thérapeute ou de coach par beaucoup de citoyens me semble une transformation importante : augmentation de l’isolement des personnes en difficulté, mauvaise orientation, concurrence à laquelle les accompagnants doivent faire face. A cela s’ajoute la distance entre la nature et la population qui ne cesse de grandir quand la recherche documente de mieux en mieux l’importance d’une relation concrète à un environnement riche de vivants pour notre santé et notre épanouissement.
Enfin, le désintérêt pour l’écologie combiné à la crise économique impacte directement les organisations d’intérêt général, les associations et les artistes c’est-à-dire ceux qui sont les mieux placés pour décaler notre regard, insuffler de nouveaux récits, nous proposer un futur désirables.
Une collaboration, un projet ou une initiative dont vous êtes particulièrement fière ?
A.G. : A l’occasion de la parution de mon livre, débute un partenariat avec le fonds de dotation Nouveau Monde qui finance et accompagne des projets d’intérêt général favorisant le bien-être mental par la diffusion de pratiques de régulation émotionnelle et relationnelle. Les projets qu’ils soutiennent agissent pour faire bouger les choses sur le terrain de l’éducation, du travail social, auprès des soignants. Ils soutiennent notamment : l’Association Méditation Laïque pour l’Éducation qui déploie le programme européen WISE-UP (Erasmus+) centré sur la prévention en santé mentale et les enjeux de bien-être numérique en milieu scolaire ; le programme TCD (Thérapie Comportementale et Dialectique) déployé à l’hôpital Robert-Debré auprès d’enfants et d’adolescents présentant des risques de passage à l’acte suicidaire ; la formation à la pleine conscience à destination des équipes du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme visant à soutenir la qualité de présence, la clarté décisionnelle et la prévention du stress dans des contextes de forte responsabilité.
Notre collaboration s’inscrit dans l’intention commune de favoriser le bien-être mental et donnera lieu à la création de contenus croisés et de rencontres sur l’année 2026.
Votre manière d’innover : comment cultivez-vous la curiosité ou la créativité dans votre quotidien professionnel ?
A.G. : Mon quotidien intègre des espaces dédiés à assouvir ma curiosité et à nourrir ma créativité. Je préserve des temps non productifs dans mon agenda, des moments sans objectifs et c’est souvent de ces espaces de lenteur et de régénération qu’émergent les idées, les liens inattendus, les envies. Je lis beaucoup dans des domaines variés (sciences, philosophie, sciences sociales, écologie, arts) et je me forme très régulièrement à de nouvelles pratiques/approches ce qui m’aide à décaler mon regard.
Une personnalité ou un courant de pensée qui influence votre manière de voir le monde du travail ?
A.G. : Les travaux de James Suzman sur la place du travail pour l’humanité m’ont beaucoup influencé ainsi que les écrits de Laurent Eloi et de David Abram.
Vous faites partie de L’ADN Le Shift, ce think tank un peu hors-norme : qu’avez-vous envie d’y trouver, ou d’y apporter ?
A.G. : J’aime particulièrement y découvrir des univers et expertises qui me sont inconnues, qui alimentent mes réflexions et permettent de sortir de ma « bulle de sujets ». Je suis heureuse de pouvoir y apporter mon grain de sel sur les sujets où je me sens légitime.
Votre ambition ou vos rêves pour demain : quel impact aimeriez-vous avoir sur votre organisation, votre secteur ou la société ?
A.G. : Je rêve d’une société où nous aurons abandonné la cadence infernale de nos technologies pour renouer avec un rythme humain. Une société qui réhabilite le repos car cela signifiera que nous aurons basculé d’un système qui exploite, extrait jusqu’à épuisement à une société qui nourrit et régénère. Je rêve que nos liens avec le
Vivant soient au coeur de notre attention quotidienne : honorer nos limites de mortels, prendre soin des êtres et des territoires. J’espère contribuer à ma petite échelle à l’enrichissement de notre perception scientifique du monde d’un savoir sensible et intuitif. Je suis mue par la volonté de réparer nos relations au Vivant.
Enfin, si vous deviez résumer votre raison d’être en une phrase, une maxime, une réplique culte ou même une punchline… Ce serait ?
A.G. : Fascinée par ce qui nous lie à la Terre, je développe des projets qui nous réconcilient avec nos savoirs sensibles et contribuent à une société respectueuse des Vivants.
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