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Sommes-nous tous égaux face à l’adaptation ?

Sommes-nous tous égaux face à l’adaptation ?
Introduction
L’explorateur Christian Clot sort les neurosciences de leurs laboratoires pour mener des expérimentations in vivo, sur le terrain.

Et pas n’importe quel terrain : dans les milieux les plus extrêmes de la planète. Une expérience unique puisque aucune étude sur le cerveau n’a jamais été menée dans de telles conditions.

Enfant, Christian Clot se rêvait explorateur. Le genre de vocation qui ne vous lâche pas, mais qui ne s’apprend ni dans les livres, ni sur les bancs des écoles. Il expérimentera son goût de l’aventure en devenant comédien. Il tourne dans des films d’action, exécute des cascades… et dès qu’il peut s’échapper, il va gravir les montagnes. C’est en 1999, en préparant un trek, qu’il découvre une partie inexplorée du Népal et ses habitants qui n’avaient jamais vu d’hommes blancs. « Dès lors, j’ai arrêté de faire l’acteur pour me consacrer à l’exploration. Parallèlement, je me suis formé aux sciences – géographie, glaciologie, biologie, neurobiologie – car je suis convaincu que toute exploration est intimement liée à la question de l’apprentissage. » Une conviction qui le mène à considérer son activité, non pas comme un défi personnel, mais comme la possibilité de découvrir de nouveaux territoires. « Car contrairement à l’idée reçue, encore aujourd’hui, de nombreuses terres restent inconnues. » Mais il comprend surtout que la zone la plus mystérieuse, la véritable terra incognita, celle qui nous ouvre à toutes les autres, est à la portée de tous. Notre cerveau guide nos modes de préhension du réel, et pourtant on le connaît encore très peu.

Enfant, Christian Clot se rêvait explorateur.

Aussi, quand il traverse l’Amérique du Sud par les jungles, les déserts, les montagnes et les mers, fait le tour du Népal à pied, expéditions sous-marines et alpines, il couple ses expéditions à des travaux scientifiques effectués en laboratoires de recherche. Pour eux, il prélève des données terrain (entomologie, glaciologie…), mais aussi psychophysiologiques portant, notamment, sur la prise de décisions en milieu extrême et la capacité d’adaptation. Pour autant, il veut aller plus loin. Il se rapproche d’Étienne Koechlin, éminant spécialiste en neurobiologie, directeur du LNC (Laboratoire de neurosciences cognitives de l’école normale supérieure). Ce dernier est tout de suite emballé par le projet Adaptation 4´30 jours, dont Christian Clot est à l’origine : en solitaire, puis avec une vingtaine de personnes, celui-ci projette de traverser successivement les quatre milieux les plus extrêmes de la planète : Le chaud aride dans le désert du Dasht-e Lut en Iran ; le froid humide en Patagonie chilienne australe ; le chaud humide en forêt amazonienne brésilienne ; le froid aride dans les monts de Verkhoïansk en Sibérie orientale. Ensemble, l’explorateur et le scientifique étudieront les aptitudes physiologiques et cognitives à résister et à évoluer dans ces différents climats. « Étudier le cerveau humain en laboratoire a ses limites car on isole un certain nombre de facteurs qui en excluent beaucoup d’autres. En outre, le scientifique peut à tout moment appuyer sur un bouton pour arrêter une expérience. Dans cet environnement contrôlé, la portée psychologique et mentale ne sera jamais la même que celle éprouvée dans la vie réelle. »

Étudier le cerveau humain en laboratoire a ses limites car on isole un certain nombre de facteurs

Les volontaires prêts à vivre cette épopée qui leur fera découvrir des environnements extrêmes, soumis à des températures allant de – 60 à + 60 °C seront recrutés au second semestre 2016. Au total, une cinquantaine de personnes, entre 25 et 45 ans, en bonne santé physique et mentale, seront entraînées pendant six mois. Un programme de méditation leur sera proposé pour les former à la visualisation mentale du risque. Cette méthode permettra, à la fin de l’expédition, de déterminer si ceux qui l’ont pratiqué résistent mieux que ceux qui se sont formés essentiellement physiquement. « Nous allons traverser des milieux extraordinaires, voir des choses fabuleuses, mais les participants ne doivent pas perdre de vue qu’il y a aussi un travail concret et rébarbatif, un protocole à respecter. Nous avons conscience que, pendant cette période, il y aura des abandons. La science exploratoire est souvent éloignée de l’image que l’on s’en fait, elle a ses contraintes. » Seront mesurées quotidiennement des données physiologiques (température, rythme cardiaque, oxygénation du sang, taux de sodium dans les urines, taux de cortisol, taux d’adrénaline…) qui permettront d’évaluer comment le corps réagit ainsi que le stress physiologique. Le deuxième champ d’étude s’appliquera à tout ce qui est cognitif. IRM et doppler seront faits avant et après la traversée pour savoir dans quelle mesure la notion de l’espace et du temps des participants, ainsi que leur mémoire à court et à long termes, ont été impactées. Dernière source d’informations : les données environnementales et leur évolution d’heure en heure (températures, hygrométrie…) qui permettront de mesurer s’il existe une corrélation entre l’évolution des personnes et le climat. « Nous pensons par exemple que certains de nos résultats pourront aider les entreprises à mieux appréhender et former leurs équipes, à mieux gérer le changement. Ces quarante dernières années, en France, nous avons vécu dans un système assez stable. Nous devons réapprendre à nous challenger, à challenger nos neurones. »

Et quand on demande à Christian Clot si parcourir le monde l’a aguerri au changement, il répond avec beaucoup d’humilité : « En réalité, je pense que nous négligeons trop souvent la notion d’acceptation. Dans notre monde aseptisé, il est difficile d’accepter le changement quel qu’il soit. Moi, c’est quelque chose que je fais très bien. Ai-je acquis cela au fur et à mesure de mes expéditions ? Je ne saurais le dire. Ce que je sais c’est que je suis tout sauf un surhomme : je n’ai pas une cage thoracique et un cœur surdéveloppés… Mais sortir d’une situation difficile, se dépasser, ne dépend pas uniquement de nos capacités physiques. Le plus important reste le mental. Les grands explorateurs n’étaient pas forcément de grands gaillards, mais ils avaient une grande persévérance qui leur a permis de ne jamais accepter d’abandonner. »

Cet article est paru dans la revue 8 de L’ADN – Corentin de Christian Clot est un de nos 42 superhéros de l’innovation. Votre exemplaire à commander ici.

Copyright : @Christian

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