Sphère en soie Sericyne

Sericyne invente le « ver à soie imprimante 3D »

Le 22 juin 2017

Avec Sericyne, Clara Hardy et Constance Madaule se fixent un objectif : relancer la filière de la soie en France. Ceci grâce à un processus de fabrication inédit, qui simplifie les procédés utilisés jusque-là.

Elles avaient un pari fou. Relancer, en France, une filière totalement disparue : la sériciculture, soit l’élevage de vers à soie. L’insolence paie. Deux ans après le lancement de Sericyne, ses deux cofondatrices ont accumulé prix et distinctions - neuf au total -, et viennent de lever 680 000 euros auprès de business angels prestigieux : Xavier Niel, Didier Rousseau, Jacques-Antoine Granjon, ou encore Thierry Gillier. Tous ont misé sur un procédé inédit : le « ver à soie imprimante 3D », pour reprendre la métaphore utilisée par Constance Madaule, cofondatrice avec Clara Hardy de Sericyne.

Simplifier la production de soie

Aujourd'hui, Sericyne produit des pièces en soie pour des secteurs tels que la mode, la décoration et le packaging. Ceci, grâce à une petite révolution dans la façon de produire la précieuse matière. Il faut trente jours pour que le ver à soie multiplie son poids par 10 000 et atteigne 6 à 7 centimètres. « Au bout du trentième jour, commente Constance Madaule, il va arrêter de se nourrir. À ce stade, une hormone va déclencher la production de soie. »

Si l’entreprise souhaite réaliser un corset, par exemple, elle va confectionner un moule de l’objet. « Pendant trois-quatre jours, le ver va se promener sur le moule et y déposer sa soie. » Le ver, d’ordinaire ébouillanté dans le processus de fabrication traditionnelle, reste vivant. Permettant ainsi de garder une protéine essentielle à la « tenue » de la soie : la séricine (oh, tiens !), une sorte de colle naturelle.

Robe Sericyne

Exit, donc, les fastidieuses étapes normalement nécessaires à la production de la soie. D’ordinaire, explique Constance Madaule, « les éleveurs de vers à soie produisent un cocon, lequel va être vendu à une filature. La filature va ébouillanter le cocon pour récupérer le fil. Le moulineur prend la main et assemble plusieurs fils pour en obtenir un plus solide. » Charge, ensuite, au tisseur et à l'ennoblisseur d'achever le travail.

Un cocon dans le 19ème

L'idée de Sericyne est née lors du projet de fin d’études de Clara Hardy. Alors étudiante à l’école de design Boulle à Paris, elle décide de s’intéresser à la filière de la soie. Elle rencontre, pour cela, plusieurs acteurs de la filière, dont Bernard Mauchamp, un ancien chercheur à l’Inra, l'Institut national de recherche agronomique, spécialiste de la soie. Ce n’est qu’en 2014 que Constance Madaule, passée par l'école AgroParisTech, rejoint l’aventure et apporte ses compétences d’ingénieur agronome.

Demi Sphère Sericyne

Aujourd’hui, c’est dans le magnifique établissement culturel « Centquatre-Paris », dans le 19ème arrondissement, qu’est implantée une partie des activités de Sericyne, qui bénéficie d'un programme d'incubation. « Ici, glisse Constance Madaule, on s’occupe surtout de la partie commerciale. » L’autre partie, réservée à la production, se trouve dans les Cévennes (une région historique pour l'élevage de vers à soie), à Monoblet, où l’entreprise vient d’ouvrir son premier atelier. « On a quatre personnes de chez Sericyne qui reçoivent tous les jours plus de 1 000 vers à soie pour produire notre matière », détaille Constance Madaule.

Route de la soie

Et il fallait aller les chercher, ces personnes aptes à travailler la soie. Après un âge d’or au XIXème siècle, la filière de la soie périclite. Si, en 1853, on comptait 63 départements producteurs de soie en France*, la sériciculture est aujourd’hui l’apanage de « quelques passionnés », confirme Constance Madaule. La faute, notamment, au développement des matières synthétiques. « On a fait une véritable enquête pour retrouver ces personnes-là, rembobine la jeune entrepreneure de 27 ans. J’ai appelé tous les musées de la soie en France pour avoir des contacts. Avec Clara, on est parties faire la route de la soie pour rencontrer ces personnes, leur présenter nos objets, et convaincre ces agriculteurs de se relancer. » Au total, Sericyne est parvenu à relancer cinq agriculteurs qui fournissent l'entreprise en vers à soie.

Flacons de parfum Sericyne

La croissance de Sericyne fut exponentielle. Cette année, la startup devrait être en capacité de produire environ 250 000 vers à soie, en sachant qu'un ver tisse, en moyenne, 36 centimètres carrés de soie. « Quand on a commencé dans la chambre de mes parents, se souvient Constance Madaule, on recevait juste des colis d’une centaine de vers à soie. » Un changement d'échelle, donc, caractérisé par cet objectif ambitieux :  parvenir à dégager quatre millions d'euros de chiffre d'affaires en cinq ans.

*Source : « L'élevage en France : 10 000 ans d'histoire », de Roland Jussiau et Louis Montméas.

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