Pour cartonner sur les médias sociaux, partagez de la frustration ou de la colère !

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L’injonction est bien connue, et l’excellent article paru cette semaine dans The Guardian en refait la démonstration. Le journaliste Simon Parkin est allé à la rencontre des équipes des maitres du mème : l’agence “Social Chain” de Manchester.

« Les émotions à faible niveau d’excitation, telles que le contentement et la relaxation, sont inutiles dans l’économie virale », explique sans faiblir Hannah Anderson, jeune collaboratrice de l’agence. Bref. Pour créer de l’engagement, la recette est simple comme un like : on a intérêt à faire dans l’extra bold, l’épidermique.

Et pendant que les émotions nous emportent… que font les idées ? Très généralement, elles reculent, discrètement mais sûrement, elles se font la malle…

L’illustration nous en a été donnée vendredi dernier, tout juste au réveil. On sortait de cette longue et lumineuse « nuit des idées », initiative réjouissante proposée par l’Institut français. Depuis 3 ans, dans une trentaine de villes en France et plus de soixante pays, des conférences sont ouvertes gratuitement, en libre accès à tous. L’événement a été créé pour célébrer la circulation des idées entre les pays et les cultures, les disciplines et les générations. Et cela fonctionne, prend de l’ampleur.

Mais de la Nuit des idées, le jeune média 100% vidéo en ligne Loopsider a décidé de ne garder qu’une question. Une seule question posée lors du débat d’ouverture qui réunissait, sous les ors du quai d’Orsay, plus de 600 personnes autours de l’écrivaine nigériane internationalement reconnue Chimamanda Adichie. « C’était un moment incroyablement beau de voir dans cette salle un public d’une mixité rare » raconte Mathieu Potte-Bonneville, philosophe et coordinateur de l’événement.

L’entretien, animé par Caroline Broué, dura plus d’une d’heure. Il y fut essentiellement question de littérature. Mais la journaliste a posé une question, LA question qui a fâché une partie du public, et Loopsider qui la propose désormais ad libidum en vidéo : « Est-ce que vous avez des librairies au Nigéria ? ». Caroline Broué voulait souligner ici la représentation, souvent grossière qu’un certain nombre d’entre nous a de l’Afrique en général et de ce pays en particulier. Caroline Broué fut-elle maladroite ? Sans doute puisqu’elle n’a pas été comprise. Clairement mal informée ? Mathieu Potte-Bonneville le réfute sans l’ombre d’un doute.

« Elle venait de relire l’intégralité de l’œuvre de Chimamanda Adichie. Comment peut-on imaginer qu’elle puisse ignorer qu’à Lagos, plus grande ville du Nigéria qui compte plus de 12 millions d’habitants, il y a des librairies ? Cela n’a pas de sens. » Et Mathieu Potte-Bonneville de conclure sobrement : « C’est triste. »

Triste en effet qu’un événement incroyablement riche et stimulant soit réduit à une petite phrase livrée à la vindicte du clic. Alors, si on ne veut pas que les idées tombent dans la nuit et finissent au bûcher, il serait bon de les laisser se déployer en dehors des logiques extra bold de l’émotion si chère à « l’économie virale ».