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L'humain doit-il hacker son cerveau pour survivre ?

Le 6 déc. 2018

Parce que nous en savons plus sur le fonctionnement du cerveau des rats et des singes de laboratoire que sur le nôtre, Christian Clot a mis à l’épreuve ses hémisphères dans des conditions extrêmes en Patagonie, en Amazonie, en Sibérie. Il en revient optimiste sur la faculté de l’humain à s’adapter.

Échanger 150 milliards de mails par jour, être dérangé en moyenne toutes les six minutes par une notification, vivre en une année ce qu’un humain vivait en une vie il y a 100 ans… Aujourd’hui, un déluge de données numériques nous submerge, partout et à tout moment. L’humanité produit autant d’infos en deux jours qu’elle ne l’a fait en 2 millions d’années. Des quantités tellement énormes qu’elles en deviennent abstraites et risquent bien de nous saturer le cerveau.

« Nous évoluons tellement vite que nous ne sommes pas tout à fait sûrs que notre cerveau pourra suivre. Il va falloir trouver de nouvelles solutions », estime ainsi Christian Clot, explorateur, chercheur et écrivain franco-suisse, invité à partager son expérience lors du Mastercard Innovation Forum, le 13 novembre dernier, à la Gaîté Lyrique à Paris.

Trois façons de hacker son cerveau dans le futur

Pourrons-nous améliorer notre cerveau pour rivaliser avec les machines, si elles venaient à être plus intelligentes que les hommes ? Certains imaginent déjà différentes méthodes pour hacker le cerveau et repousser ses limites :

  • Manipuler ses souvenirs façon Total Recall

Et si vous pouviez avoir des souvenirs de vos vacances aux Seychelles, sans y avoir mis les pieds ? Ou effacer les souvenirs douloureux ? Des chercheurs du MIT ont réussi à implanter de faux souvenirs dans des cerveaux de souris, ouvrant la voie à la manipulation de la mémoire.

  • Augmenter sa mémoire

Un implant cérébral pour booster la mémoire humaine a été conçu et testé avec succès par des chercheurs de l'université de Californie du Sud. Grâce à une puce implantée dans l’hippocampe, siège de l’apprentissage et de la mémoire, les performances de la mémoire à court terme et de mémoire du travail auraient significativement augmenté.

  • Le cerveau connecté

Un cerveau connecté à tout moment à une machine, capable de contrôler un bras robotique ou un drone par la pensée, via des interfaces cerveau-machine jamais vues... Ces projets semblent sortir tout droit d’un livre de science-fiction. Pourtant, ils sont déjà expérimentés en Allemagne, en France et aux États-Unis.

La fusion avec la machine est-elle l’avenir de l’homme ? Pas forcément. Car le cerveau humain n’a pas dit son dernier mot. C’est la conviction de Christian Clot, qui estime que pour l’instant, l’humain n’a pas besoin de s’augmenter. « Je pense qu’on a encore pas mal de choses à faire grâce à notre cerveau, qui fonctionne de manière exemplaire ». De récentes études montrent qu’un individu n’active pas les mêmes zones du cerveau selon ses activités. Une situation aussi banale que le fait de travailler seul ou en groupe peut avoir des effets différents, par exemple.

Le cerveau testé en conditions extrêmes

Pour tester son cerveau, Christian Clot l’a mis à rude épreuve. Entre septembre 2016 et mars 2017, il a accompli quatre traversées en solitaire d’un mois chacune : dans le désert iranien (jusqu’à 60 °C à l’ombre), en Patagonie, en Sibérie et en Amazonie. Il a ainsi enduré aridité, humidité, froid ou chaleur extrême. « J’ai décidé de monter des programmes d’études pour questionner le cerveau en milieu réel et en milieux extrêmes pour voir comment il s’adapte, évolue quand il est challengé», explique-t-il.

Cette expédition, dont il s'est inspiré pour l'écriture de son livre Au cœur des extrêmes (Robert Laffont), a permis à Christian Clot de se forger une certitude : le cerveau humain est une machine extraordinaire qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. « Malgré la technologie dont nous disposons - l’intelligence artificielle par exemple - nous sommes toujours incapables de savoir ce qui se passe dans un cerveau humain : quelle connexion électrique s’y fait, quel neurone est en action, quelle synapse est en train de se créer… Personne ne peut répondre aussi précisément parce qu’aucune machine ne permet de le faire. Nous ne connaissons pas encore réellement ce que nous sommes en tant qu’humain parce que tout ce que nous savons de nous, nous le savons à partir de simulations, exécutées à 95% sur des rats ou des singes».

Gym de cellules grises

Selon l'explorateur, il est possible d’entraîner son cerveau. Comment ? « En se confrontant le plus souvent possible à quelque chose de nouveau. Naturellement, le cerveau n’aime pas trop le changement, il va essayer d’aller contre. Mais ce faisant, il s’épuise. » Du coup Christian Clot préconise de s’entraîner à fonctionner différemment. « Pour faire face à une situation qui change rapidement, la seule chose à faire, c’est de la prendre telle qu’elle est». Par la suite, le sujet doit devenir leader de la situation poursuit-il. Il doit la prendre en main. Un enseignement utile pour penser le futur, l’innovation. « Dans cette perspective, c’est à nous humains, de rester en maîtrise de ce que nous faisons. Tous les systèmes digitaux, tout ce qu’on crée sont des outils qui nous viennent en aide. Mais fondamentalement, c’est nous qui décidons et restons en capacité de construire notre monde futur ».

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