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Une main cherche à s'emparer de son smartphone
© Suebsiri via Getty Images

On a testé : abandonner son appli favorite pendant une semaine

Le 22 nov. 2019

Sensation de manque, sevrage à l’aide d’une autre application, culpabilité, rechute… Quatre cobayes de la rédaction ont essayé d’arrêter Instagram, WhatsApp, Vinted et Twitter pendant une semaine. Ils racontent leur abstinence, plus ou moins réussie.

On connaît bien le tableau. Dans le métro, en attendant son plat au resto, devant un film… les yeux sont rivés sur de petits écrans et l’index est fébrile. Scroller Twitter, répondre à une conversation WhatsApp, poster une story sur Instagram, commander un t-shirt sur Vinted… Tous les prétextes sont bons pour passer un peu plus de temps avec son smartphone chéri. Sommes-nous tous accros aux applis ? Elles ont en tout cas été conçues pour. Ou sommes-nous juste trop paresseux pour ne pas se laisser distraire ? Force est de constater que pour beaucoup d’entre nous, il est difficile de maîtriser son activité numérique. Pour mieux comprendre cette source de distraction permanente, voire d’addiction, j’ai demandé à quatre de mes collègues de jouer les cobayes et d’abandonner leur application préférée pendant une semaine. Ou au moins d’essayer.

David-Julien et Twitter : « J’ai ressenti la même sensation de sevrage que lorsque j’ai arrêté la cigarette »

« Je suis connecté sur Twitter en permanence au bureau. Je regarde mon fil dès que je fais une pause. C’est un outil de veille. À la maison, je le consulte dès le réveil pour faire une revue de presse. Je suis vraiment accro de chez accro. D’après mon appli de gestion du temps d’écran, j’utilise Twitter 5 heures et 40 minutes par semaine. Et c’est sans compter les heures que je passe sur le réseau via mon ordi. J’ai quand même désactivé les notifications sur mon smartphone. Une très bonne chose pour ma santé mentale.

Twitter est aussi une distraction. Ce qui me plaît ce sont les petites histoires qui s’y passent, façon feuilletons de télé-réalité pour intello journaliste parisien. Il y a aussi des infos assez insolites qu’on ne trouve pas forcément ailleurs, des threads intéressants… Ce sont plein de petites infos rapides à lire et pertinentes. Ça génère toujours ce petit boost de dopamine dans ma tête.
Mais je culpabilise de trop l’utiliser, notamment quand je suis avec mes enfants ou ma femme. En fin de journée, j’ai parfois une sensation de dégoût. Surtout quand je passe une demi-heure dessus sans avoir appris grand-chose parce que les tweets ne m’intéressaient pas. C’est la théorie des machines à sous. On ne sait pas sur quoi on va tomber donc ça incite à ouvrir l’application le plus souvent possible. Ça, j’en étais conscient. Mais essayer d’arrêter m’a aussi fait prendre conscience qu’il y avait un côté physique lié à mon addiction.

J’ai désinstallé l’application de mon téléphone et j’ai tenu quatre jours. Dès le premier jour, j’ai vraiment eu la même sensation de sevrage d’une personne qui arrête la cigarette. J’étais fumeur il y a quelques années donc je connais cette sensation de craving, ce manque qu’on ne peut pas satisfaire. C’est très désagréable et frustrant. Je prenais machinalement mon téléphone 5 à 6 fois par jour et je le reposais ensuite en me rendant compte que je n’avais pas Twitter. Pendant le week-end, j’ai réussi à tenir. Mais au bureau c’était trop difficile. J’ai eu besoin d’aller sur la messagerie de Twitter pour lire la réponse d’une personne que j’avais contactée pour un article. J’ai essayé de ne rester que sur la messagerie, mais je voyais les notifications, de nouveaux tweets qui sortaient… Trop dur de résister. Il me manquait ma petite dose de news. J’ai essayé de compenser avec Google Actualités, ça n’a pas du tout marché. »

Margaux et WhatsApp : « Je suis revenue par culpabilité »

« Je ne suis pas vraiment accro aux réseaux. Je l’ai été un peu plus jeune avec Facebook. J’ai aussi eu une période Instagram où je postais des photos d’endroits sympas où j’allais, comme s’il fallait que les gens le sachent... Mais je me suis un peu éloignée de ça. Les réseaux que j’utilise le plus aujourd’hui sont plutôt des messageries : WhatsApp majoritairement. Il y a un groupe du côté de ma mère, un autre du côté de mon père, encore un autre avec mes cousins… Je reçois une trentaine de messages par jour, pas mal de photos de voyages aussi…
Je ne me sens pas forcément coupable d’utiliser WhatsApp car c’est essentiellement pour rester en contact avec ma famille. Ce n’est pas comme sur Instagram où il y a un côté narcissique et où on a l’impression d’être enfermé dans une bulle marketing.

Mais parfois WhatsApp donne une sensation de trop-plein. Surtout lorsqu’on voit les petits points rouges s’accumuler sur l’icône. Et comme je suis un peu maniaque s’il reste un point rouge à la fin de la journée, ça me stresse. J’ouvre l’application pour qu’il disparaisse même si je n’ai pas envie de lire le message à ce moment-là. Avec la multiplication des messageries –WhatsApp, Slack, Messenger  il y a aussi cette injonction à être partout tout le temps. C’est très fatigant.

J’ai essayé pendant deux jours de ne plus du tout envoyer de nouvelles sur WhatsApp. Mais je me suis vite retrouvée avec mille messages non lus. Je les voyais défiler via les notifications. Ça me stressait. L’application ne me manquait pas plus que ça, mais ce qui m’embêtait c’était de laisser ma famille sans nouvelles. Surtout que mon père m’a récemment fait remarquer que je ne répondais pas assez vite aux messages. Je suis presque revenue par conscience familiale, par culpabilité. Personne ne s’est vraiment inquiété de mon absence, puisque d’autres personnes de ma famille alimentaient les discussions, mais je me suis dit qu’il fallait quand même leur envoyer un petit message pour leur signaler que j’étais là. Même si ce n’était que deux petites phrases type "Ah super !" ou trois smileys. »

Mélanie et Instagram : « Je me suis rendu compte que c’était la première chose que je faisais le matin »

« Dans la journée, j’utilise Instagram de manière ponctuelle pour ne pas m’ennuyer : quand mon ordi bug, en attendant de me faire servir au restaurant… Pendant tous les petits moments d’attente de la journée, et ils sont nombreux. Avant le test, je passais environ trois heures par jour sur lnstagram, même si j’essayais déjà de diminuer. Une application me prévient quand je dépasse deux heures de réseaux sociaux par jour. Souvent je dépassais cette limite à cause d’Instagram.

En arrêtant 5 jours complets, je me suis rendu compte que c’était la première chose que je faisais au réveil. Je me moque de mon mec qui ne peut pas commencer sa journée sans boire de café, mais en fait je fais exactement la même chose. J’ai senti que ça me manquait d’arrêter de consulter l’application le matin. Je me demandais quoi faire à la place.
Au départ j’ai compensé les moments sans Instagram en allant sur Twitter. Mais je me suis vite dit que ce n’était pas très intelligent de me reporter sur un autre réseau.
Finalement l’arrêt m’a plutôt apaisée. Je me suis rendu compte que je vivais très bien sans les contenus auxquels j’étais accro et dont j’avais l’impression d’avoir vraiment besoin. Les posts d’influenceurs et d’influenceuses dont j’aime bien le style et la manière de penser, ou les comptes humoristiques de mèmes par exemple. Des contenus chronophages qui ne m’apportent finalement pas grand-chose. J’avais déjà entamé cette réflexion il y a un mois en faisant un gros tri parmi les comptes que je suis, et en arrêtant d’utiliser l’application le soir. Mon fil est aujourd’hui beaucoup plus ciblé et thématisé, autour du véganisme notamment.

J’ai quand même fini par réutiliser Instagram au bout de 5 jours d’abstinence pour pouvoir publier des stories pendant mon week-end en Tunisie. Les stories de voyage sont la principale raison pour laquelle j’utilise l’application aujourd’hui. Cela me permet de faire une sorte de carnet de voyage et de garder un souvenir. Je suis contente de me servir d’Instagram de cette façon, même si c’est assez chronophage. Il faut parfois se couper de son voyage et prendre une heure par jour pour compiler les photos et les vidéos, ajouter des infos et les partager. »

Vincent et Vinted : « Ce n’est pas possible d’arrêter cette application d’un coup »

« Je suis un hyper addict de Vinted. En l’espace d’un an et demi, j’ai quasiment refait 80 % de ma garde-robe via l’application. Je suis par exemple passé de 5 paires de chaussures à 150. J’achète une bonne dizaine d’articles par mois et j’en vends quelques-uns aussi. Vinted est l’une des principales applis que j’utilise. J’y passe en moyenne une heure par jour. Ma façon de vivre c’est le double écran : si je regarde la télé, je reste sur mon smartphone pour regarder l’application, quand je visionne une vidéo YouTube le soir dans mon lit, je suis aussi sur Vinted en parallèle.

J’ai une utilisation de l’application assez précise, à la manière d’un chineur. J'ai créé une quinzaine de fils de recherche. L’un s’appelle par exemple "PSG-Opel", il me permet d’être alerté dès qu’un maillot des années 1990 du PSG est mis en vente. J’avais aussi un fil "Eastpak bordeaux" pour essayer de trouver une réédition de 2015 du sac de Marty dans Retour vers le futur.
Ma grosse consommation de l’application peut devenir problématique d’un point de vue budget, car il n’est pas illimité. J’ai un enfant, des charges à payer… C’est pour ça que je me suis fixé une limite de 35 euros par article. Mais je n’ai pas l’impression que Vinted atteigne mon moral ou ma vie sociale. Je ne m’en sers pas à table, ni en soirée, ni en famille. Encore moins avec mon fils.

Je n’ai pas réussi à arrêter d'utiliser complètement l’application pendant une semaine. C’est le genre d’application qu’il n’est pas possible de suspendre d’un coup. J’avais des articles en cours de vente, donc j’ai dû répondre aux messages des acheteurs potentiels. Sinon j’aurais perdu des étoiles sur ma notation. Par contre, j’ai arrêté de consulter la partie achat. Cela ne m’a pas réellement posé de problème. Enfin sauf quand j’ai vu que j’avais trois notifications dans le fil "PSG Opel", j’ai eu une petite frustration quand même. Ce sont des maillots qui valent normalement 150 euros, mais ça arrive parfois que des utilisateurs pas forcément avertis les proposent à 30 euros. Et dans ces cas-là, il faut être rapide, ça se joue à la minute. Quand j’ai recommencé à acheter au bout d’une semaine, j’ai eu un peu le même effet qu’à la fin d’un régime. Généralement on ne continue pas à manger raisonnablement, on se rattrape. Et là c’est ce qu’il s’est passé : j’ai dépensé 80 euros, mon budget mensuel en moyenne, en quelques jours seulement. »

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