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un homme et une femme traversent deux portes lumineuses violettes
© Mike_Kiev via Getty Images

Pour le président de Blablacar, la parité dans la tech n'est pas envisageable avant 25 ans

Le 16 mai 2019

Frédéric Mazzella, le président de Blablacar rencontré au salon VivaTech, était présent au sommet Tech for Good organisé par Emmanuel Macron mercredi 15 mai 2019. Son entreprise a pris des engagements pour améliorer la mixité dans la tech et diminuer l'impact du numérique sur l'environnement. Interview. 

Aux côtés d'une quarantaine d'entreprises de la tech, vous vous êtes engagé à avoir 30 % de femmes dans les équipes de direction d’ici à 2022...

Frédéric Mazzella : Oui, mais il se trouve que nous sommes déjà à 30 % chez Blablacar. Nous avons 33 % de femmes dans nos équipes de direction. Dans la tech, le pourcentage est plutôt autour de 15 %. Cela a toujours fait partie de notre ADN d’avoir une forte politique de mixité.

Si vous êtes déjà à 30 %, à quoi vous êtes vous engagé, alors ?

F.M. : À aller au-delà. Il n’y a pas d’objectif chiffré.

Ça paraît peu ambitieux, alors que la parité est déjà atteinte dans les écoles de management.

F.M. : Oui mais nous travaillons dans la tech. Dans ce secteur, les managers sont très souvent des ingénieurs. Or il y a très peu de femmes au sein des formations scientifiques. Et même sans être ingénieur, il faut avoir une appétence pour la tech. Manager une marque de cosmétique et manager une équipe tech, ce n’est pas la même chose quand même. Il faut accroître l’attirance des jeunes filles pour la technologie. Je pense qu’on a besoin de beaucoup plus de role models féminins pour inspirer les femmes. Car si elles n’ont pas envie de faire de la tech, c’est compliqué pour nous de les recruter. On fait avec les candidats disponibles...

Viser la parité en 2022 ne vous paraît pas envisageable ?

F.M. : Non. Pour corriger ce problème, il faut plus que trois ans malheureusement. Il faut compter une génération, donc 20-25 ans.

À part les efforts sur la mixité, quels autres engagements ont été pris pendant le sommet Tech for good ?

F.M. : J’étais dans le groupe qui travaillait sur les questions environnementales. La proposition qui est ressortie est de diminuer l’impact environnemental des data. L’énergie consommée par les données représente environ 4 % des émissions de CO2 mondiales. Et le volume de data double tous les deux ans. Donc il faut faire quelque chose... L’engagement commun que nous avons pris est de trouver des solutions pour réduire la consommation énergétique des données et diminuer le volume des données dont on a besoin pour nos activités. La problématique c’est que les données sont extrêmement précieuses pour faire tourner nos activités. Quand il faut être le plus précis possible, le plus compétitif possible, la donnée est cruciale. Sinon, chez Blablacar, on continue ce qu’on a commencé : c’est-à-dire baisser les émissions de CO2. En 2018, 1,6 million de tonnes de CO2 ont été économisées grâce aux usagers de Blablacar. C’est plus que les émissions du trafic routier d’une ville comme Paris sur une année.

Il y a une volonté politique de créer des licornes européennes, jugées insuffisamment nombreuses. La course à la croissance est-elle le bon modèle à suivre ?

F.M. : Quand on crée une société, vouloir restreindre sa croissance pour s’arrêter en milieu de parcours, c’est compliqué. Soit on veut créer une petite entreprise, soit une grande. On ne peut pas être à moitié ambitieux. Une grande entreprise n’est pas nécessairement quelque chose de mauvais. Ce qui est mauvais ce sont les situations monopolistiques.

Il y a une grosse problématique d’emploi derrière les licornes. Aux États-Unis, entre un tiers et la moitié des emplois créés sont en relation directe et indirecte avec l’économie numérique. En France, on est loin de ces proportions-là. Il faut plus de licornes parce que les start-up créent très peu d’emplois. Les licornes emploient des milliers de personnes et les géants du numérique, des dizaines de milliers.

Quel modèle d’entreprise de la tech européenne peut-on imaginer pour proposer une alternative aux GAFA et rétablir la confiance des utilisateurs dans la tech ?

F.M. : La problématique, c’est la donnée et la manière dont elle est traitée. Si elle est utilisée pour améliorer l'expérience de l'utilisateur, elle est légitime. Si elle utilisée par d’autres acteurs pour servir des objectifs différents, ça ne l’est plus. Il faut réinventer les modèles économiques. Je suis pour les services payants. Car si vous n’achetez pas un produit, c’est que vous êtes le produit. À chaque fois qu’on bénéficie d’un service et qu’on ne paie pas, il faut se poser la question. Aujourd'hui encore, des sociétés valorisées à mille milliards qui proposent des services gratuits se rémunèrent avec la publicité - et donc les données des utilisateurs. Et ça n'a rien d'étonnant.

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Commentaires

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  • Complètement idiot. Vouloir mettre des femmes à tout va pour atteindre une pseudo égalité alors qu'elle représente une minorité des diplomés de la french-tech. On va droit dans le mur

    • Je ne suis absolument pas d'accord. Et pas non plus avec ce propos précis de Frederic Mazzaella : "Et même sans être ingénieur, il faut avoir une appétence pour la tech. Manager une marque de cosmétique et manager une équipe tech, ce n’est pas la même chose quand même. Il faut accroître l’attirance des jeunes filles pour la technologie." Dès que l'on dit "femmes", lui a pensé "cosmétiques"..... Cela en dit long sur sa manière de penser............

      Si il ne peut pas s'engager à court terme, pourquoi ne s'engage - t - il pas à monter un programme de formation avec 42 ou LION dédié au management des femmes dans la tech par exemple ? Le management ne s'apprend pas uniquement dans les écoles d'ingénieurs. À l'heure de la pollinisation croisée, il a peut-être tout intérêt justement à aller chercher des femmes ailleurs, de les former à la culture de son entreprise et de la tech en générale pour atteindre ses objectifs.

      En effet, si il a réussi à imposer un nouveau business modèle en France pour faire du chiffre, ce challenge me semble bien plus faisable car les femmes à former, sachant que nous sommes 52% de la population de la planète, elles existent !